Cette série va bouleverser votre vision de l'amour
Bromance, triangle amoureux, mort suspecte, application de rencontres pour coucher — DTF St. Louis se glisse dans les recoins, se dessine dans les ombres obliques et les silences de personnages qui préfèrent se lover dans le mutisme plutôt que de briser quelque chose de pur, de beau, de poignant.
Série à l'humour noir, mordant et délirant, qui vire au thriller rocambolesque, DTF St. Louis de Steve Conrad monte en puissance épisode après épisode — sept au total — grâce à une plume empreinte de justesse, qui charpente une histoire aussi étrange que touchante, aussi drôle que térébrante. Il y a de la noirceur ici, celle qu'on cache sous des couches de vernis pour digérer son mal-être.
Dans cette collision de genres, il est question de misère affective et d'ennui dans une banlieue américaine engoncée dans la monotonie. Et au milieu, Forrest Clark (sublime Jason Bateman), présentateur météo star dont le visage trône sur les panneaux publicitaires de la ville.
Il se sent seul, traverse son existence avec une certaine amertume. Il croise le chemin de Floyd (l'excellent David Harbour) lors d'un reportage — un homme bedonnant au pénis balafré après un malheureux épisode. Floyd apparaît désormais dans ses bulletins météo, à la télévision, comme une présence insolite et fidèle. Floyd partage la vie de Carol (Linda Cardellini), une femme qui use ses baskets sur les chemins de course à pied et arrondit les fins de mois en arbitrant des matchs de baseball pour les gamins du coin.
Trois pour une idylle et un qui passe l'arme à gauche
Carol va à son tour rencontrer Clark, lors d'une soirée, et entamer une relation extraconjugale — quelques parties de jambes en l'air dans un hôtel, jusqu'au jour où Floyd découvre l'adultère. Un triangle amoureux se noue alors, avant que l'un d'eux ne casse sa pipe. Pourquoi? Qui? Comment?
Les inspecteurs Homer (Richard Jenkins) et Plumb (Joy Sunday) sont en charge de l'enquête — laquelle s'efface progressivement pour révéler une histoire qui déborde largement le cadre policier. Le nœud se dénoue en douceur, et l'on découvre une équation émotionnelle qui ne ressemble à nulle autre: les mécanismes, les raisons, les sentiments, et ce lien si fort entre Clark et Floyd, une amitié naissante qui va rapidement devenir solide, puis unique.
L'esthétique, épurée et glaciale, convoque souvent le malaise d'une série comme Sharp Objects — si l'on reste dans la crèmerie HBO. Ces espaces vides — le skatepark, la piscine, un Jumbo Juice figé dans le temps — dessinent un monde en suspens, habité de personnages aux comportements étranges, parfois déviants. On songe aux fantasmes sexuels de Clark, à la posture de Carol, aussi froide qu'une psychopathe en pleine préméditation d'une tuerie de masse. Linda Cardellini y est passionnante.
Pourtant, DTF St. Louis célèbre avant tout une amitié qui scelle l'amour dans sa plus belle conception. La bromance entre Clark et Floyd est tendre et difficile, tissée de sentiments complexes, comme en témoigne ce moment d'interrogatoire où le présentateur météo répond simplement au duo de flics:
Il usera de sa fortune personnelle pour lui tendre la main, le surnommera «cœur de fou»; Floyd lui rendra la pareille avec «rayon de soleil». Dit comme ça, on frôle l'overdose de guimauve.
Mais non. Cette relation profonde renvoie à l'importance du partage, dans les bons moments comme dans les mauvais, et à la liberté d'avouer ses faiblesses et ses torts sans craindre le jugement.
DTF St. Louis — DTF pour «Down to Fuck», qu'on traduira pudiquement par «Chaud pour coucher» — décrit un trio dans le cynisme et la tristesse, mais avant tout dans la beauté de l'amour, le vrai. Et le casting sublime parachève l'œuvre de Steve Conrad.
DTF St. Louis est disponible sur la plateforme HBO Max.
