«Euphoria» s'enfonce dans le vulgaire
Depuis 2021 et la diffusion de la deuxième saison d'Euphoria, il s'en est passé des choses. A commencer par le succès retentissant de ses acteurs principaux, Zendaya, Sydney Sweeney et Jacob Elordi, devenus des stars, et le décès prématuré de l'un des comédiens, Angus Cloud, 25 ans, disparu en 2023 d'une overdose de fentanyl.
Autre nom dans le carnet noir, l'acteur Eric Dane, qui incarne le père de Nate (Jacob Elordi) est également décédé en février dernier. Il apparaît néanmoins dans cette troisième saison. Quant à l'actrice Barbie Ferreira, elle a quitté la série, estimant qu'il n'y avait plus rien à raconter du personnage de Kat.
L'ambiance urbaine et nocturne qui faisait la spécificité de la série laisse désormais place au soleil de plomb qui brille sur les grands espaces désertiques californiens. Exit également la formidable bande originale de l'artiste britannique Labrinth, qui a claqué la porte en pleine production. Désormais, le ton est résolument western, autant sur le fond que sur la forme, marqué par la misère sociale, le vice et le pouvoir, le tout imprimé sur une pellicule aux couleurs criardes.
La bande-annonce:
Cette troisième saison, davantage revival que véritable suite, opère un saut de cinq ans dans le temps pour Rue (Zendaya) et ses camarades. Autrefois centrée sur des adolescents en quête d’identité, la série qui se voulait être l’étendard sombre de la génération Z suit désormais ces personnages devenus adultes, loin des couloirs du lycée.
Pour rembourser ses dettes, Rue est désormais une mule pour un cartel, dissimulant des boulettes de fentanyl dans son estomac pour franchir clandestinement la frontière entre les États-Unis et le Mexique. De son côté, Jules (Hunter Schafer) subsiste comme travailleuse du sexe en étant une «sugar baby» après avoir quitté les Beaux-Arts, sacrifiant sa passion pour la peinture au profit d’un train de vie plus facile. Maddy (Alexa Demie), employée par une exécrable agente à Hollywood (Sharon Stone), cherche encore sa voie et peine à s’y affirmer.
Tandis qu'en banlieue, Cassie (Sydney Sweeney) et Nate (Jacob Elordi) sont toujours en couple et vivent une vie de bourgeois dans une grande maison pavillonnaire. Lassée de son rôle de femme au foyer, Cassie tue l'ennui et se rêve en star de OnlyFans. Un choix qui ne plaît évidemment pas à Nate, qui a également d'autres chats à fouetter, puisque, après avoir fait sombrer l’entreprise de construction familiale, celui-ci se retrouve désormais endetté auprès d’individus peu fréquentables.
Un accouchement difficile
Lancée en 2019, Euphoria s’est rapidement imposée comme une série générationnelle, dans la lignée de la britannique Skins. Créé par Sam Levinson et co-produite par le rappeur Drake, il s’agit d’une adaptation libre de la mini-série télévisée israélienne du même titre, également basée sur la jeunesse de son créateur. Sam Levinson, qui a porté le projet à bout de bras à seulement 30 ans, est depuis encensé comme un génie. Levinson n'est autre que le népo-baby du réalisateur oscarisé Barry Levinson, à qui l’on doit notamment Rain Man (1988).
Il n'aura pas fallu très longtemps pour que le créateur voie son ego enfler après le succès critique et populaire de sa série. Euphoria a marqué par sa direction artistique assumée, ses thématiques profondes et dures, qui dressent le portrait d'une génération ayant grandi trop vite, en abordant ouvertement la pédophilie, l'exploitation sexuelle, la toxicomanie et la violence.
Sauf que depuis, l'auteur estimé semble être passé de la subversion vers la pure vulgarité au point de se demander si la qualité initiale d'Euphoria ne tient du miracle. Celui-ci a été accusé de brutaliser ses équipes en instaurant une ambiance toxique et de sexualiser ses actrices, comme ce fut le cas à l'écran avec Lily-Rose Depp, héroïne de son exécrable série The Idol sortie en 2023.
On veut bien croire que les choses se passent mal sur ses plateaux de tournage, puisque le compositeur Labrinth a claqué la porte durant la production et qu'aucun des acteurs principaux n'a participé à la promotion de cette saison 3.
Subversif ou vulgaire?
Cette saison d'Euphoria comporte bien des qualités, à commencer par sa photographie et sa mise en scène, qui renvoient à une forme de cinéma indépendant dont le grain de pellicule évoque certaines des meilleures œuvres subversives des années 1980 et 1990.
Les acteurs, évidemment, apportent leur lot à l'ensemble avec un casting impressionnant, puisque, outre Zendaya, Sydney Sweeney et Jacob Elordi, on retrouve Sharon Stone, Rosalía, Natasha Lyonne, Adewale Akinnuoye-Agbaje ou encore Eli Roth.
Il y a donc un sentiment satisfaisant devant cette nouvelle série de HBO, puisqu'elle donne l'illusion du cinéma à la télévision, du moins sur la forme. On sent par ailleurs une forte influence de Quentin Tarantino, notamment dans les dialogues et le pastiche de western qui ressort de ces nouveaux épisodes.
Sauf que du cinéma dont s'inspire Sam Levinson, on l'aurait préféré plus subtil, car cette saison 3 d'Euphoria semble prendre un malin plaisir à nous offrir du trash de manière frontale. A commencer par les fluides, où certaines scènes confinent au body horror, que ce soit lorsque Rue s'enfonce dans la gorge des paquets de fentanyl de la taille d'une balle de ping-pong, de la bave qui mousse lors d'une overdose, ou encore du sang et des excréments dans de nombreuses scènes qui ne servent en rien la narration.
On pourrait également croire que le réalisateur a dû assouvir quelques fantasmes tant le personnage que joue Sidney Sweeney est désormais réduit à un simple objet sexuel. S’il est évident qu’interpréter un modèle OnlyFans mène objectivement à un rôle sulfureux et qu’il s’inscrit dans la continuité logique du personnage de Cassie, certaines séquences renvoient à l’imagerie pornographique la plus crasse. Le fin équilibre entre la dénonciation des dérives et le voyeurisme qui flatte les bas instincts, dont Euphoria avait la maîtrise, semble s’être perdu en chemin.
Sauvé par Zendaya
Malgré ses outrances, la série tient en haleine, notamment grâce à Rue, redevenue le cœur battant d’une intrigue qui lui doit presque tout. Après avoir été reléguée au second plan par le personnage de Cassie dans la deuxième saison, Rue redevient l'épine dorsale de la série et livre une prestation admirable dans le rôle de cette toxicodépendante attachante, luttant pour sa survie.
Pour ce qui est des autres personnages, l’esprit choral s’est dissipé au point de réduire l’intrigue de Nate et Cassie au minimum, et de reléguer les autres à un simple sentiment d’apparition, du moins dans les trois premiers épisodes visionnés.
Seul le temps dira si cette saison d'Euphoria est à la hauteur des précédentes, mais pour le moment, on a plus l'impression de voir un spin-off centré sur Rue, filmé de manière à nous dire que la drogue, c'est mal, tout en nous mettant la tête dedans. A cela, on préfère quand même le retour de Malcolm.
Le premier épisode de «Euphoria» est disponible sur le plateforme HBO Max depuis le 13 avril 2026.
