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Donald Trump ne plaisante pas avec ses droits de douane

Trump beharrt auf seinen Zöllen. Donald Trump steht vor US/China Flaggen, die von einem Grenzzaun überblendet, ist.
Image: watson/keystone/imago

Donald Trump ne plaisante pas avec ses droits de douane

La politique économique du président élu regorge de contradictions.
22.12.2024, 15:56
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe
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«Il ne le pense pas vraiment ainsi», est le réflexe standard des partisans de Trump qui ne font pas partie du noyau dur de la meute MAGA mais le soutiennent tout de même. Cela fait également partie des nombreux mystères de la politique américaine actuelle que beaucoup de ceux qui ont voté pour Trump espèrent qu'il ne tiendra pas ses promesses.

Les marchés financiers ont également intégré cette thèse. C’est pourquoi il n’y a pas eu de réaction à l’annonce de Trump selon laquelle il voulait imposer des droits de douane de 25% sur le Canada et le Mexique, et de 60% sur la Chine. «Pourquoi s'en soucier autant?», se disent les analystes de Wall Street. Après tout, cela ne deviendra pas si grave. En fin de compte, le ministre des Finances nommé par Trump, Scott Bessent, a expliqué que les droits de douane seraient appliqués de manière graduelle, sur une longue période.

FILE - President-elect Donald Trump speaks during a Time magazine Person of the Year event at the New York Stock Exchange, Thursday, Dec. 12, 2024, in New York. (AP Photo/Alex Brandon, File)
Donald Tr ...
Donald Trump a été élu «personne de l'année» par le magazine Time.Image: keystone

Comme chacun sait, l'homéopathie est majoritairement une affaire de croyance. La communauté financière semble également s'être trompée. Dans son interview sur la «personne de l'année» accordée au magazine Time, Trump a clairement indiqué que c'était lui, et lui seul, qui prendrait en fin de compte les décisions importantes.

En ce qui concerne les droits de douane, le Wall Street Journal précise: «Les droits de douane menacés par Donald Trump ont déclenché une campagne de lobbying en coulisses visant à affaiblir les projets du président élu. Cependant, ces efforts se heurtent à un obstacle insurmontable: Trump ne veut pas céder.»

FILE - Republican presidential nominee former President Donald Trump, left, listens as investor Scott Bessent speaks on the economy in Asheville, N.C., Aug. 14, 2024. (AP Photo/Matt Kelley, File)
Scott Bessent, secrétaire au Trésor désigné, doit mettre en œuvre la politique douanière de Trump.Image: keystone

Le Washington Post, quant à lui, rapporte que l’équipe économique de Trump travaille déjà intensivement sur la manière de mettre en œuvre ces droits de douane le plus rapidement possible et d’éviter un fiasco cette fois-ci —comme cela avait été le cas avec l’interdiction d’entrée pour les musulmans. En matière de droits de douane, le président dispose de pouvoirs étendus, indépendants du Congrès. Selon certaines informations, Trump serait même prêt à déclarer l'état d'urgence pour atteindre ses objectifs.

Le président élu n'est pas seulement déterminé à mettre en œuvre les droits de douane déjà annoncés — il ne s'est d'ailleurs pas consulté avec ses conseillers à ce sujet — le plus rapidement possible, il a également évoqué d'autres mesures. Si les pays des BRICS tentaient de créer une alternative au dollar, il les frapperait d’un droit de douane de 100%, a récemment menacé Trump.

Il semble que Trump se soucie peu du fait que ces droits de douane touchent durement ses électeurs ruraux. En effet, les pays concernés réagiront très probablement par des mesures de rétorsion, en imposant eux aussi des droits de douane sur les importations américaines. Les Etats-Unis exportent une grande quantité de produits agricoles, notamment des céréales.

Pour maintenir le soutien des agriculteurs, Trump a dû les indemniser avec des subventions de 60 milliards de dollars lors de son premier mandat. Les agriculteurs avaient subi d'énormes pertes parce que la Chine n'importait plus de soja en provenance des Etats-Unis. Avec les droits de douane maintenant annoncés, ces subventions pourraient augmenter encore davantage.

Des contradictions

La politique économique de Trump est parsemée de contradictions. Dans le Financial Times, Gillian Tett en énumère quelques-unes:

  • Trump a promis d'éradiquer à nouveau l'inflation. Mais ce sont justement ses droits de douane punitifs qui devraient continuer à alimenter l'inflation. L'inflation est déjà remontée à 2,7%.
  • Récemment, Trump a promis de ne pas limoger le président de la Fed Jay Powell. D'un point de vue juridique, cela ne serait pas très simple. Mais en même temps, il veut contraindre «l'idiot Powell» à baisser les taux directeurs. L'original président de la Fed ne se laisse toutefois pas si facilement commander.
  • Trump veut un dollar faible. Or, sa politique de droits de douane punitifs provoque exactement le contraire et renforce le billet vert.
  • Trump rejette la théorie commerciale classique de David Ricardo, selon laquelle le commerce profite à tous les participants. Mais en même temps, sa politique renforce le dollar et favorise ainsi indirectement les importations. C'est pour cette raison que son calcul visant à équilibrer la balance commerciale ne fonctionne pas non plus.
  • Si l'économie américaine est en plein essor, c'est surtout parce qu'elle est alimentée par les dépenses de I'Etat dans le domaine des infrastructures. Le déficit s'élève actuellement à plus de 6% du produit intérieur brut (PIB). Trump veut ramener ce déficit à 3% du PIB. Mais il veut en même temps réduire massivement les impôts, surtout pour les riches et les entreprises, et combler ce déficit avec les recettes des droits de douane punitifs. Selon la plupart des économistes, il est extrêmement difficile, voire impossible, d'atteindre tous ces objectifs en même temps.

La plus grande contradiction de l'administration Trump réside, toutefois, dans le fait que les républicains se définissent depuis peu comme le nouveau parti des travailleurs. En revanche, le président élu a rempli son cabinet de milliardaires. Qui plus est, de plus en plus de signes indiquent que cette administration veut également réduire les dépenses de Medicaid, un programme dont bénéficient surtout les populations rurales les plus pauvres.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

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