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Le billet de Trump prend le contrepied de la BNS et de la BCE

Scott Bessent, secrétaire général du Trésor américain, présente le futur billet de 250 dollars à l'effigie de Donald Trump, un graphisme qui tranche avec ceux des billets suisses et européens.
Scott Bessent, secrétaire général du Trésor américain, présente le futur billet de 250 dollars à l'effigie de Donald Trump, un graphisme qui tranche avec ceux des billets suisses et européens.Image: Montage watson

Le billet de Trump prend le contrepied de la Suisse et de la BCE

La volonté de Donald Trump d'imposer son profil sur un billet de 250 dollars se place dans une direction opposée à celles suivies par la BNS et la BCE pour la création de nouveaux billets.
26.07.2026, 15:5426.07.2026, 15:54
Mathieu Bidaux / the conversation
Un article de The Conversation
The Conversation

Alors que Donald Trump souhaite imprimer sa signature et son visage sur un billet de 250 dollars américains, la Banque nationale suisse (BNS) présente sa nouvelle gamme de billets tandis que la Banque centrale européenne (BCE) a sélectionné deux thèmes pour ses nouveaux billets: «La culture européenne: un héritage commun» et «Fleuves et oiseaux: force et diversité». Alors, quel objectif poursuivent les banques centrales?

Le 27 mars 2026, le département du Trésor des Etats-Unis a annoncé que la signature du président Donald Trump allait figurer sur le billet vert. Si, jusqu'à présent, seuls le ministre des Finances et le trésorier signaient, c'était pour de bonnes raisons. Le modèle standard des banques centrales suppose qu'elles doivent mener leur action de manière indépendante, car ce qui est en jeu, c'est la confiance du public dans la monnaie fiduciaire.

Tout est une question de confiance

Le dollar est un instrument-clé de la puissance économique mondiale des Etats-Unis. Toucher aux symboles qui y sont imprimés comporte un risque. La raison? D'autres projets de monnaies fiduciaires ayant l'ambition de devenir ou de rester une devise concurrente existent, comme le projet UNIT des BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud – ou l'euro de l'Union européenne.

Quoi que l'on pense de la politique de Donald Trump et de sa personnalité, tout le monde peut convenir que sa figure est très loin d'être consensuelle. Or, les symboles imprimés sur les billets cherchent à susciter un minimum d'adhésion ou, du moins, à ne pas créer du rejet de la part des consommateurs. C'est pourquoi les banques centrales se méfient des symboles politiques contemporains. Si le billet n'est plus accepté comme moyen de paiement alors, in fine, il n'a plus de valeur.

Ma recherche sur la fabrication des billets montre que la confiance dans la monnaie s'incarne dans une double matérialité: le billet et les usines le fabriquant. C'est pour cette raison que les banques d'émission investissent autant dans l'appareil industriel.

Détourné par des artistes

Le billet de banque porte des images, des messages et circule beaucoup. Par conséquent, le graphisme du billet est scruté. C'est une forme de média de masse, comme le montre le chercheur Gilles Caire. L'industrie fiduciaire entoure la fabrication de ses billets de prudence; elle s'est toujours montrée attentive aux représentations qu'elle imprimait. La décrédibilisation de la monnaie est vite arrivée.

En parlant des billets de Trump 👇

La monnaie fiduciaire a souvent été l'objet de détournements. C'est le cas du billet de 20 francs français en circulation dans les années 1940 sur lequel un citoyen s'était servi de la corde du pêcheur pour donner l'impression qu'il étranglait Adolf Hitler; le visage du dictateur avait été récupéré via des timbres allemands et collé dans un des angles de la coupure.

Billet de 20 francs détourné et représentant le chancelier Hitler la corde au cou. Le site du collectionneur.
Billet de 20 francs français détourné et représentant le chancelier Hitler la corde au cou. Le site du collectionneur.Image: The conversation

En 1950, à l'aide d'une presse personnelle, l'écrivain et artiste normand Pierre Bettencourt avait imprimé sur des billets de la Banque de France des citations irrévérencieuses d'auteurs tels qu'André Gide ou Charles Baudelaire. «Familles, je vous hais!» peut-on lire sur ses 20 francs. L'institut d'émission l'avait alors prié de cesser son entreprise afin de ne pas susciter le rejet de la monnaie.

Les billets suisses, un exemple de démocratie

La personnalité de Donald Trump suscite un rejet profond de la part d'une partie de la population américaine et d'une partie de la planète. Le dollar prend donc le risque d'éroder la confiance dont il bénéficiait jusqu'alors. L'autorité avec laquelle Donald Trump impose son projet contraste avec les précautions et les sondages publics mobilisés par les banques d'émission européennes pour choisir leurs vignettes.

La Banque nationale suisse (BNS) a lancé un concours original de graphistes en octobre 2024 en impliquant la population afin de remplacer l'autre série en circulation actuellement en Suisse. Plus de trois cents candidats ont proposé leur projet. Douze ont passé la première sélection. La BNS a présenté publiquement sa nouvelle gamme de billets le 4 mars 2026.

A l'issue d'une nouvelle phase comprenant un sondage d'opinion et l'expertise de spécialistes du fiduciaire, six maquettes ont été choisies. Dans le processus de fabrication du billet, ce protocole, à cette échelle du moins, est inédit. La gamme «La Suisse, tout en relief» sera mise en circulation en 2031.

Derrière des choix esthétiques se cache un enjeu majeur: sécuriser les billets et gagner la confiance des porteurs. Un billet reste une promesse de valeur émise par les banques centrales.

L'Euro bientôt aussi avec des portraits?

Depuis 2002, les billets de banque en circulation en Europe ne comptent que la signature du président de la Banque centrale européenne (BCE). Le graphisme de la première gamme de l'euro «Epoques et styles», représentant des ponts, portails et fenêtres caractéristiques de l'architecture européenne, n'avait pas suscité l'enthousiasme, sans aller jusqu'à la décrédibilisation du billet.

La nouvelle gamme de l'euro appelée «Europa», émise depuis 2013, avait rehaussé le niveau de sécurité tout en s'inscrivant graphiquement dans la continuité de la gamme précédente. Pour sa troisième série, la BCE a lancé des groupes de discussion entre décembre 2021 et mars 2022 puis organisé des enquêtes publiques mobilisant jusqu'à 365 000 Européens.

De ces consultations sont sorties deux gammes «La culture européenne: un héritage commun» et «Fleuves et oiseaux: force et diversité», dont l'une d'elles propose le retour des portraits de personnalités, permettant de donner de la chair au billet, permettant de s'identifier. BNS et BCE mettent ainsi à profit les progrès techniques permettant de consulter les populations avant l'émission des billets afin de s'assurer l'adhésion des peuples à leurs monnaies.

La démarche de Donald Trump prend donc le contre-pied des banques d'émission attachées à leur indépendance dans le processus de fabrication des billets. Deux modèles coexistent. L'avenir dira si le dollar américain gagnera ou perdra en crédibilité.

Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original.

La BNS a choisi ses futurs billets de banque
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La BNS a choisi ses futurs billets de banque
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La Maison-Blanche veut un billet de 250 dollars à l’effigie de Trump
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