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Prix du pétrole: Trump a commis une erreur de calcul en Iran

President Donald Trump steps off Air Force One, Saturday, March 7, 2026, at Miami International Airport in Miami. (AP Photo/Mark Schiefelbein)
Donald Trump
La politique du milliardaire a fait grimper le cours du brut.Image: keystone

Trump tente de rattraper son erreur de calcul

Lundi, les prix du pétrole se sont envolés. Le monde a tremblé, puis Donald Trump a rétropédalé. Ce que ça cache.
10.03.2026, 11:5810.03.2026, 13:23
Niklaus Vontobel

Dix jours après le début de la guerre, les Etats-Unis et Israël continuent de bombarder l’Iran, qui continue de larguer ses drones dans tout le Moyen-Orient. Les infrastructures pétrolières et gazières restent donc menacées et les bateaux ne transitent toujours pas dans le détroit d’Ormuz. Le conflit évolue ainsi conformément aux pires craintes des analystes — le magazine britannique The Economist évoquait même d'un «scénario catastrophe».

Même Donald Trump semble désormais avoir pris peur. Il a soudain affirmé, dans une interview à la chaîne CBS, que la guerre contre l’Iran était «pratiquement terminée» et qu’il n’y avait «plus rien à faire militairement» dans le pays.

Les marchés de l’énergie ont immédiatement réagi. Les prix de Brent et de West Texas Intermediate sont rapidement retombés sous les 90 dollars le baril. A Wall Street, les marchés ont terminé en hausse, à la faveur du recul des prix du brut.

Avant ça, le marché pétrolier avait souffert. Le Brent avait temporairement grimpé jusqu’à 116 dollars le baril, avant de se stabiliser autour des 100 dollars. C'est environ 50% de plus qu’avant le début de la guerre. Si le détroit d’Ormuz devait rester bloqué longtemps, le choc pourrait dépasser celui de 2022. La Russie avait à l'époque envahi l’Ukraine et réduit drastiquement les livraisons d’énergie vers l’Europe. C’est probablement ce qui a effrayé Trump.

Le détroit d’Ormuz est en effet bien plus crucial pour l'économie planétaire que la Russie. Celle-ci produit environ dix millions de barils par jour, dont sept millions sont exportés, écrit Robin Brooks, expert financier du think-tank Brookings, sur la plateforme Substack. En revanche, près de 20 millions de barils transitent quotidiennement par le détroit d’Ormuz. Autrement dit, presque trois fois plus de pétrole arrive sur le marché mondial via ce passage. Selon le spécialiste:

«Ce qui se produit actuellement est d’une ampleur bien supérieure à 2022»

Comme à l'accoutumée, la crise iranienne a ses gagnants et ses perdants. Avant que le président américain n'annonce la fin imminente du conflit sur CBS, tout portait à croire qu’il pourrait lui-même tomber dans le second camp.

Vladimir Poutine se trouvait, à l'inverse, dans le premier, selon Robin Brooks. Avant la guerre, il y avait trop de pétrole sur le marché mondial. Le brut russe n'avait pas la cote, frappé de sanctions et vendu bien en deçà de son prix. Mais avec le blocage du détroit, environ 20% de l’offre mondiale a disparu du jour au lendemain.

Le pétrole russe est alors redevenu très recherché. Les Etats-Unis ont d'ailleurs déjà levé certaines sanctions contre Moscou. L’Inde a recommencé à acheter du pétrole russe - temporairement au moins. Mieux encore pour Poutine: la décote appliquée à son or noir a fortement diminué. Et notre expert de conclure:

«Pour Poutine, cela représente un gain énorme»

Ou plutôt «aurait représenté», si Trump ne s'était pas finalement mis à trembler.

Les Etats-Unis protégés en apparence

On a rapidement identifié d'autres gagnants, écrit un expert d'un autre think tank, le Chatham House. Il s’agit des pays qui exportent davantage qu'ils n'importent, et dont les ventes ne sont pas perturbées par la guerre. Outre la Russie, on peut citer la Norvège ou le Canada. Les perdants sont, par ordre décroissant, la Corée du Sud, le Japon, l’Inde et la Chine. Viennent ensuite les pays européens: la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

La Suisse se situe quelque part au milieu; avec un léger déficit énergétique, elle fait figure de petit perdant. Les Etats-Unis endossent, eux, le rôle de petits gagnants grâce à un léger excédent. Avec le développement du pétrole et du gaz de schiste, ils exportent depuis 2020 plus d’énergie qu’ils n’en importent.

Cette lecture reste toutefois simpliste. Certains économistes la jugent même «bâclée»

Elle néglige la répartition complètement inégale des bénéfices des exportations de pétrole. Aux Etats-Unis, les grandes compagnies en profiteront, alors que Monsieur et Madame Tout-le-Monde en pâtiront à la pompe. Car les prix du carburant ne se fixent pas sur un marché national, mais bien à l'échelle mondiale. Les tarifs ont d'ailleurs déjà fortement augmenté dans les stations-service américaines.

La situation est un peu plus complexe pour le gaz, explique l’économiste Dean Baker, du Centre de recherche Cepr. Pour ce combustible-là, il existe effectivement des marchés régionaux, car son transport coûte beaucoup plus cher. Les prix en Europe peuvent ainsi être jusqu’à quatre fois plus élevés qu’aux Etats-Unis.

La perte du gaz du Moyen-Orient porterait donc un coup sévère à l’Europe, tandis que les conséquences seraient plus limitées pour les Etats-Unis. En Europe, on constate déjà une augmentation de 80%. Elle se répercutera à son tour sur les prix de l’électricité.

La BNS relèvera-t-elle ses taux?

En Suisse aussi, les consommateurs seront touchés. Si le niveau de prix actuel se maintient, l’essence et le mazout augmenteront. Le prix du gaz grimpera, entraînant celui de l’électricité dans son sillage. Mais la Suisse dispose d’un avantage: elle dépend moins du pétrole que la plupart des pays industrialisés. La voilà par conséquent mieux protégée contre la flambée des prix.

Selon la banque J. Safra Sarasin, le pays ne devrait pas subir une forte poussée d’inflation. La Banque nationale ne sera probablement pas contrainte de relever son taux directeur. Elle pourrait donc encaisser le choc.

epa12796241 An American flag flutters in the wind in front of STS cranes at the Port of Los Angeles in Los Angeles, California, USA, 04 March 2026. Escalating conflict in the Middle East and the closu ...
Keystone

De son côté, Donald Trump pourrait devenir l’un des plus grands perdants de ce renchérissement. Celui-ci fâche évidemment les Américains. D’autant que leur dirigeant leur avait promis une baisse des prix à la consommation. Non seulement cette promesse n’a pas été tenue, mais les droits de douane ont même contribué à les faire augmenter. Selon les sondages, seuls 38% de la population se déclaraient encore satisfaits du chef d'Etat avant même le début de la guerre. En lançant l’offensive contre l’Iran, le républicain a aggravé la crise du coût de la vie.

Les élections de mi-mandat auront lieu en novembre. Le parti au pouvoir pourrait y perdre la majorité dans les deux chambres du Congrès. Or, les électeurs prennent généralement leur décision plusieurs mois à l’avance. Dans ce contexte, Politico révèle une inquiétude grandissante à la Maison-Blanche. Toujours selon le magazine, l’administration cherche désormais «toutes les idées possibles pour faire baisser le prix de l’essence».

La solution s'avère cependant simple. Le prix du pétrole chuterait immédiatement si Trump mettait fin à la guerre en Iran. Mais pour le moment, Trump préfère publier des messages furieux, affirmant que la hausse constituait «un prix très faible» pour «la sécurité et la paix» des Etats-Unis et du monde.

«Seuls les imbéciles pensent le contraire»
Donald Trump

Il a même récemment exigé de l’Iran une «capitulation sans condition». Il avait déjà formulé cette exigence lors de la guerre des «12 jours» en juin 2025. Téhéran n’avait alors pas capitulé, mais le milliardaire avait tout de même interrompu les attaques peu après. Les installations nucléaires iraniennes avaient été détruites ou «obliterated», affirmait-il alors, et cela suffisait.

Avant ce revirement, l’économiste de Raiffeisen, Alexander Koch déclarait:

«On peut au moins espérer que Trump adoptera à nouveau cette stratégie pour désamorcer la tête haute ce conflit "sans objectif clair"».

C’est apparemment ce qu'il a tenté ce lundi soir.

(Adaptation en français: Valentine Zenker)

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source: emphase
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