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La folie régnait dans les forts Maunsell anti-nazis

Les positions des forts Maunsell au large de l'estuaire de la Tamise
Un des avant-postes britanniques, photographié le 19 novembre 1943.Image: www.imago-images.de

La folie régnait dans ces forteresses anti-nazis

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques ont dû protéger leur île face à la Wehrmacht. Des forteresses en pleine mer devaient servir de remparts, mais pour les soldats qui y étaient postés, le service était un véritable enfer.
24.01.2026, 18:5924.01.2026, 18:59
Marc von Lüpke / t-online
Un article de
t-online

Ce sont des constructions pour le moins étranges que les Britanniques ont érigées durant la Seconde Guerre mondiale à l’embouchure de la Tamise. Des tours surgissant de l’eau, lourdement armées et occupées par de nombreux soldats.

Ces forteresses rappelaient des villages lacustres, à ceci près que l'acier y remplaçait le bois. D’autres ouvrages offshore construits à la même époque ressemblaient davantage à des plateformes pétrolières. Mais leur fonction n’avait évidemment rien à voir avec l’extraction d’or noir.

Les positions des forts Maunsell au large de l'estuaire de la Tamise
Les équipes antiaériennes scrutent le ciel depuis un fort maritime Maunsell dans l'estuaire de la Tamise, le 19 novembre 1943.Image: www.imago-images.de

Pourquoi l’armée britannique a-t-elle installé de tels postes défensifs? La réponse tient en deux mots: l’Allemagne nazie. Le 3 septembre 1939, après l’invasion de la Pologne, le Royaume-Uni, aux côtés de la France, déclare la guerre au Reich allemand. L’insularité du pays le protège certes d’une invasion terrestre, mais le Royaume-Uni reste vulnérable par les airs et la mer.

Un ingénieur du nom de Guy Maunsell a alors une idée pragmatique pour mieux défendre son pays, construire des forts avancés directement en mer. Le concept présente plusieurs avantages. D’une part, les soldats stationnés sur ces structures pouvaient donner l’alerte en cas d’attaque aérienne, comme le souligne l’historien Jean-Denis Lepage dans son ouvrage British Fortifications 1485–1945.

Mais, plus important encore, insiste-t-il, ces forteresses servaient à repousser les avions et les navires allemands qui larguaient massivement des mines marines pour perturber un trafic maritime vital pour le Royaume-Uni.

Ces bases militaires portent d’ailleurs le nom de leur concepteur, les Maunsell Forts. Guy Maunsell développe d’abord un type de fort maritime destiné à la Royal Navy. Celui-ci se compose de deux immenses cylindres en béton munis de pontons immergeables. Une plateforme est installée au-dessus, principalement équipée de canons antiaériens. En 1942, plusieurs de ces forteresses voient le jour sur des bancs de sable au large du sud-est de l’Angleterre, la Roughs Tower, la Sunk Head Tower, la Tongue Sands et la Knock John Tower.

Les positions des forts Maunsell au large de l'estuaire de la Tamise
Aujourd'hui, certaines plateformes subsistent encore aux assauts de la rouille et des éléments.Image: imago-images

Les forts Maunsell, des installations redoutées

Mais la Navy n’est pas la seule à s’intéresser à l’idée. L’armée de terre souhaite, elle, une autre configuration, une structure à deux étages reposant sur quatre piliers de béton au-dessus de la surface de l’eau. Plusieurs tours, reliées par des passerelles, forment une unité.

A partir de 1943, ces Army Forts prennent le nom de Nore, Red Sands et Shivering Sands dans l’estuaire de la Tamise. Trois autres forteresses similaires sont construites dans l’estuaire de la Mersey pour protéger Liverpool.

Pour les soldats affectés en mer, plus d’une centaine par forteresse, la vie sur ces îlots artificiels est extrêmement rude. Les conditions sont spartiates, souvent monotones, et psychologiquement éprouvantes. Les plus chanceux servent sur les forts de l’armée de terre, avec leurs blocs à deux étages bien au-dessus de l’eau.

Les forts de la Navy, en revanche, reposent sur des piliers creux comptant jusqu’à sept niveaux descendant sous la surface. C’est là que logent les simples soldats, sans le moindre confort. Les nuits, passées dans l’étroitesse, le froid et l’obscurité, devaient être particulièrement éprouvantes.

Les Maunsell Forts se forgent rapidement une réputation inquiétante. On parle bientôt de «Fort Madness», des forteresses où la folie guette. Des spécialistes recommandent même de véritables «thérapies occupationnelles» pour permettre aux soldats de supporter mentalement ces séjours de plusieurs semaines en mer.

Les positions des forts Maunsell au large de l'estuaire de la Tamise
Un excentrique transformera l'une de ces forteresses en micronation, ce sera la Principauté de Sealand.Image: imago-images

Malgré la pénibilité du service, ces forteresses ne sont pas inutiles sur le plan militaire. Selon Jean-Denis Lepage, les soldats postés dans l’estuaire de la Tamise ont abattu près de deux douzaines d’avions allemands. A cela se sont ajoutés environ trente missiles Fieseler Fi 103, plus connus sous le nom de V1.

Le choc de l’après-guerre

Après la guerre, les Maunsell Forts deviennent surtout un obstacle pour la navigation commerciale. En mars 1953, un navire suédois pris dans le brouillard percute le fort de Nore. Deux de ses tours sont détruites. A ce moment-là, ces installations ont déjà perdu toute importance militaire et les dernières garnisons sont progressivement retirées.

Voici l'histoire de ces étranges forteresses britanniques anti-nazis: carte des forts Maunsell
Les positions des forts Maunsell au large de l'estuaire de la Tamise.Image: t-online

Ce vide est toutefois rapidement exploité par d’autres. En 1964, le fort de Shivering Sands connaît une reconversion inattendue. David Edward Sutch, alias Screaming Lord Sutch, y installe une radio pirate qui diffuse ce que la vénérable BBC rechigne encore à proposer, du rock’n’roll.

Quant à Roughs Tower, son destin est encore plus singulier. En 1967, un certain Paddy Roy Bates s’en empare et proclame la construction «principauté de Sealand», se couronnant lui-même Prince Roy of Sealand. La forteresse devient ainsi une micronation, mais sans jamais obtenir la moindre reconnaissance internationale.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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