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Trump est engagé dans une course contre la montre en Iran

Feu le guide suprême Ali Khamenei. Téhéran, 5 mars 2026. Benyamin Netanyahou et Donald Trump en médaillon.
Feu le guide suprême Ali Khamenei. Téhéran, 5 mars 2026. Benyamin Netanyahou et Donald Trump en médaillon.image: afp
Analyse

Une course contre la montre est engagée pour Netanyahou et Trump

Dans la guerre menée par Israël et les Etats-Unis en Iran, le temps est compté tant sur le plan militaire que vis-à-vis des opinions.
05.03.2026, 18:4806.03.2026, 09:04

Pour les Iraniens? Pour les Israéliens? Pour Trump? Pour le gaz? Pour le pétrole? Pour tout cela à la fois? Au sixième jour des hostilités enclenchées le 28 février en Iran, on reste dans le flou sur les buts de guerre des Américains et des Israéliens. Certes, comme l’indiquait le géopolitologue David Rigoulet-Roze dès samedi à watson, l’attaque vise un objectif qui paraît évident: affaiblir au maximum la capacité de nuisance du régime en place.

Mais affaiblir le régime à quelles fins? Depuis le début de l’offensive, marquée par l’élimination spectaculaire du guide suprême Ali Khamenei, les objectifs stratégiques semblent fluctuer au gré des difficultés rencontrées par la coalition israélo-américaine. Un jour, il s’agit de renverser le régime, puis pas complètement le lendemain, avant de revenir à l’intention première.

Vers une durée indéterminée

Le discours de Donald Trump se fait d’autant plus martial que la partie adverse affiche sa détermination à en découdre. L’affaire, qui devait être réglée en quatre semaines, finalement durera le temps nécessaire, cinq semaines au moins.

Si un succès tactique – destruction des capacités nucléaires et balistiques de la République islamique – paraît logiquement atteignable étant donnée l’écrasante supériorité militaire d’Israël et des Etats-Unis, c’est sur un plan politique et médiatique que les choses pourraient se gâter pour Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Tous deux auraient probablement à perdre d’une situation enlisée en Iran lorsqu’ils affronteront les élections à l’automne, les midterms pour le premier, les législatives pour le second.

Certains préféreraient sans doute voir échouer le couple Trump-Netanyahou dans sa guerre contre la République islamique. A commencer par des soutiens – pas tous les soutiens – de la cause palestinienne, afin qu'Israël ne se prévale pas d'une victoire en termes de droits humains, par laquelle il pourrait chercher à détourner l'attention de ses propres exactions à Gaza et en Cisjordanie.

Plus favorables aux Palestiniens qu'à Israël

Un sondage réalisé en février aux Etats-Unis par l’institut Gallup auprès de 1001 adultes (marge d’erreur de plus ou moins 4 %), montre que, pour la première fois depuis 2001, les Américains se disent plus favorables aux Palestiniens qu’aux Israéliens, 41% contre 36%. Ils sont par ailleurs 57% à soutenir la création d’un Etat palestinien, selon le même sondage.

Le coup de sang d'un vétéran des Marines connu pour ses positions «antisionistes», mercredi lors d'une audience au Sénat, au cri de «personne ne veut se battre pour Israël!», est un indicateur, aussi, d'une exaspération à l'endroit de l'Etat hébreu.👇

Attaquer avant qu'il ne soit trop tard

Ce croisement des courbes était si l’on peut dire dans l’air, le coût humain de la guerre menée par Tsahal à Gaza après le 7 Octobre apparaissant comme disproportionné, sinon criminel – les accusations de génocide ont rempli leur office dans les opinions occidentales. Il n’est pas impossible que Netanyahou et Trump aient voulu attaquer sans plus attendre l’Iran des mollahs, l’ennemi juré de l’Etat hébreu, avant que cela ne soit «trop tard» ou plus difficile à mettre en œuvre.

Mensonge

Cette apparente précipitation pourrait expliquer que la Maison-Blanche soit partie au combat sans de solides justifications et encore moins munie d’un quelconque feu vert, mais visiblement préparée militairement à cette confrontation. Dans Le Monde, l’analyste Gilles Paris parle d’une «guerre justifiée à nouveau par un mensonge, celui de "menaces imminentes"», or les Etats-Unis ne sont pas eux-mêmes menacés par l’Iran – le mensonge n'a toutefois pas tenu longtemps.

En 2003, les Américains avaient produit de fausses preuves de la présence d'armes de destruction massive en Irak pour envahir ce pays alors dirigé par le dictateur Saddam Hussein.

L’Iran de 2026 pareil à l’Irak de 2003?

Mais l’Iran de 2026 est-il l’Irak de 2003? Si un nouvel enlisement n’est pas à écarter, la donne n’est manifestement pas la même. Sauf à considérer que la République islamique est un rempart contre l’«impérialisme israélo-américain», sauf à détester Israël et les Etats-Unis, il est difficile de contester que l’Iran théocratique, en tant que foyer idéologique entretenant sa propre flamme, est un persécuteur meurtrier pour son peuple et un facteur de déstabilisation internationale, non seulement pour Israël, mais pour tout le Moyen-Orient – ses missiles et drones tirés sur les Etats arabes de la région laisseront sûrement des traces.

Marre de l'Iran des mollahs?

Cette fois, il n’est donc pas impossible que, contrairement à l’humeur hostile à Israël et aux Etats-Unis observée en Occident, l’envie d’en finir pour de bon avec la dangerosité des mollahs l’emporte sur le rejet par principe de l’Etat hébreu dans les opinions arabes concernées, du moins chez leurs dirigeants. Les Libanais, par exemple, n’avaient jamais fait part d’un tel ras-le-bol face au Hezbollah. La milice chiite «est totalement discréditée au Liban», affirme dans une interview au Parisien Antoine Basbous, le directeur de l’Observatoire des pays arabe.

Ce proxy de la République islamique a repris ses tirs sur Israël après le 28 février. Résultat, il se fait pilonner par Tsahal, y compris dans Beyrouth, causant à nouveau l’exode momentané de dizaines de milliers de Beyrouthins, qui n’en peuvent plus de cette situation.

C’est donc, probablement, une course contre la montre qui est engagée, à la fois sur le plan militaire et vis-à-vis des opinions.

Êtes-vous du genre à regarder le téléphone des autres?
Video: watson
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