Le lynchage de Quentin pulvérise la stratégie de Mélenchon
La stratégie de conflictualisation du débat public poursuivie ces dernières années par La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon semble avoir atteint ses limites. Ou alors son but. Ce, avant même l’élection présidentielle de 2027, dont le leader Insoumis espérait qu’elle constitue une bascule en sa faveur face à la victoire présentée comme inéluctable du Rassemblement national. Le chaos dont devait jaillir la lumière d’une nouvelle France portée par LFI et son chef n’était pas prévu pour maintenant, mais pour dans un peu plus d’un an.
Le chaos a pris de l'avance
Le chaos a donc de l’avance. A priori, il n’est pas favorable à LFI. La mort violente de Quentin Deranque, le jeune identitaire d’extrême droite de 23 ans frappé à mort, jeudi dernier, à Lyon, par des antifascistes, impliquerait à ce stade l’assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, Jacques-Elie F. (un jeune homme dont on ignore précisément l'âge).
Raphaël Arnault est le cofondateur en 2018 du groupe antifasciste la Jeune Garde, dissous en 2025 par le gouvernement pour faits de violence. Jacques-Elie F. est également issu de la Jeune Garde, tout comme le seraient d’autres individus interpellés, onze au total, dans le cadre de l’enquête en cours sur la mort de Quentin Deranque. Sur ce nombre, six, dont Jacques-Elie F., seraient soupçonnés d’avoir pris part au tabassage fatal du jeune identitaire – les faits sont pour l'heure qualifiés d’homicide volontaire par le parquet de Lyon.
La Jeune Garde liée à LFI
Contrairement à ce qu’ont prétendu ces derniers jours des membres de LFI suite à la mort de Quentin Deranque, la Jeune Garde et La France insoumise sont proches. Une enquête réalisée par l’émission Quotidien atteste des liens entre le parti de Jean-Luc Mélenchon et l’organisation antifasciste, même après sa dissolution en juin dernier.👇
Quotidien dénonce les liens entre LFI et la Jeune Garde
— Jon De Lorraine (@jon_delorraine) February 17, 2026
Et met en difficulté Raphaël Arnault et Manuel Bompard.
Quotidien montre que Raphaël Arnault n'a pas lâché la Jeune Garde. pic.twitter.com/sDiUVzufVk
Quel sort pour LFI?
Si l’implication de Jacques-Elie F. dans le lynchage de Quentin Deranque devait être établie, cela augurerait mal de l’avenir parlementaire de son «patron» à l’Assemblée nationale, Raphaël Arnault, 31 ans, que La France insoumise a fait élire en 2024.
Quant à LFI, qui comptait gagner des mairies aux élections municipales de mars, dans un mois, notamment dans les territoires populaires à forte implantation musulmane, sa réputation, déjà écornée dans l'opinion, en souffrirait davantage encore. Après les événements de Lyon, il n'est pas impossible que certains demandent l'interdiction de La France insoumise au motif qu'elle encouragerait la violence.
Classé à l'extrême gauche
Nouer des alliances avec d’autres partis de gauche paraît en tout cas chose plus difficile aujourd'hui pour les Insoumis. Sans doute est-ce mission impossible avec le PS. Le député socialiste et ancien président de la République François Hollande l’a exclu, ce mercredi matin, sur BFM, «y compris au deuxième tour».
A propos de LFI, rappelons que ce parti qui prône l’avènement d’une VIe République, a été classé, ce mois-ci, par le ministère de l’Intérieur français, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, le Rassemblement national étant rangé à l’extrême droite.
Une chance pour la gauche de gouvernement?
Ce qui se joue avec la chute possible, mais non certaine, de LFI, visée ce mercredi par une menace à la bombe à Paris et dont des locaux situés en régions ont été pris pour cibles depuis le drame de Lyon, c’est la remise en selle d’une gauche de gouvernement. Certainement le secret espoir d’un François Hollande, qui n’exclut pas de se représenter à l’élection présidentielle.
Un avant-goût de guerre civile
On peut penser que les Français dans leur majorité aspirent à une France pacifiée et non pas en guerre civile, la mort de Quentin Deranque en fournissant un terrible avant-goût. Les discours d’ordre et d'union au nom des «valeurs de la République» devraient avoir la cote dans les semaines à venir et profiter, ou non, au Rassemblement national, déjà très haut dans les sondages. Mais les partis en sont-ils capables? Les débats ces jours-ci à l'Assemblée nationale sont d'une radicalité rarement atteinte, il est vrai dirigée vers les bancs LFI et venant d'eux aussi.
L’extrême droite, que le jeune tué de Lyon, converti au catholicisme traditionnaliste, fréquentait, indique une enquête de Libération, n’a en principe aucun intérêt à se faire justice, l’opprobre pesant à ce jour sur l’extrême gauche antifa. Le raid néofasciste qui a visé l’«espace autogéré» à Lausanne dans la nuit de mardi à mercredi en soutien à Quentin Deranque est peut-être une manière de défier l’extrême gauche romande.👇
L'échec des antifas
Se présentant comme un rempart face au «fascisme qui vient», certains antifascistes ont surtout donné l’impression, ces dernières années, par des alliances avec la mouvance islamiste décoloniale notamment, de considérer comme fasciste, ou complice du fascisme, tout ce qui se situe à leur droite, en France à la droite de LFI, ce qui fait beaucoup de monde. Ils se sont faits intimidants en occupant l’espace public, en décrétant qui avait le droit de participer à des débats et parfois qui avait le droit d’enseigner. Cette stratégie ne s’est pas révélée payante.
