Cet émissaire de Poutine pourrait faire tourner court les négociations
Le matin, l’Iran, l’après-midi, l’Ukraine: Genève sera ce mardi le théâtre de deux négociations majeures. Dans les deux cas, les «couteaux suisses» diplomatiques de l’administration Trump, Jared Kushner (gendre du président) et l’envoyé spécial Steve Witkoff joueront un rôle central.
Les premières discussions sur l’Ukraine à Genève ont eu lieu en novembre dernier. Un document américain, qui reprenait alors presque toutes les revendications russes, avait suscité l’indignation. Grâce à une mobilisation conjointe des Ukrainiens et des Européens, ce «plan de paix» avait finalement été désamorcé. Deux rounds de négociations ont ensuite eu lieu à Doha, capitale du Qatar et à Abou Dhabi, celle des Emirats arabes unis, entre Russes, Ukrainiens et Américains.
Ce mardi et mercredi, les trois parties se retrouvent en Suisse romande pour explorer des pistes visant à mettre fin à la guerre.
Les négociations avec l’Iran, quant à elles, migrent d’Oman vers la Suisse. L’ambassade du sultanat à Genève est pressentie comme lieu de rencontre. La question d’un nouvel accord nucléaire est au cœur des échanges. Selon les médias, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, est déjà sur place. Il doit rencontrer le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, avant d’engager des discussions avec la délégation américaine.
Quelles perspectives pour l’Ukraine?
Les Ukrainiens veulent avant tout une chose: des garanties de sécurité. «La clé pour mettre fin à la guerre réside dans cette question», a déclaré le président Volodymyr Zelensky ce week-end, avant d'ajouter:
Pour la Russie, en revanche, la question territoriale est décisive: quelles parties de son territoire l’Ukraine est-elle prête à céder à Moscou? Le Kremlin exige que Kiev abandonne l’intégralité de la région de Donetsk. Cela inclurait des zones que l'armée russe ne contrôle toujours pas à ce jour. L’Ukraine rejette catégoriquement cette revendication.
Le fait que Zelensky fasse désormais des garanties de sécurité le point central des négociations laisse certains observateurs évoquer un changement de priorités. La marge de manœuvre réelle de ce sujet sera probablement sondée ce mardi. Pour ces garanties, l’Ukraine compte surtout sur les Etats-Unis. Le président Donald Trump en a esquissé l’idée, mais seulement pour une durée de 15 ans, comme l’a révélé Zelensky ce week-end à Munich. Pour Kiev, cette période devrait être de 20 ans, voire plus.
Qui Poutine envoie-t-il à Genève?
Dans la délégation russe, une personnalité attire particulièrement l’attention: le groupe de négociation est dirigé par Vladimir Medinski, conseiller de Poutine et ancien ministre de la Culture. Avec lui, le Kremlin mise sur l’un des idéologues de la «Russki Mir» (le «monde russe») de Poutine.
Cela laisse présager que les discussions à Genève porteront avant tout sur la redéfinition des frontières ukrainiennes après la guerre.
Medinski a dirigé la délégation russe lors des négociations de 2022 et 2025. En 2025, il avait déclaré que la Russie était «prête à se battre éternellement». Auparavant, il avait rédigé pour Poutine un article intitulé «Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens», dans lequel l’Ukraine était qualifiée «d’anti-Russie». Dans sa vision du monde, les Ukrainiens ne forment pas un peuple distinct.
L’expert de la Russie Fedor Krasheninnikov nous l'affirme:
Il se contentera donc probablement de transmettre les revendications de Poutine sans nuance.
La délégation russe compte aussi parmi ses membres le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Galouzine, l’amiral Igor Kostioukov, directeur du renseignement militaire, et Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Poutine pour la coopération économique avec l’Occident.
Côté ukrainien, la délégation est dirigée par Roustem Oumierov, ex-ministre de la Défense, Kyrylo Boudanov, chef de l’administration présidentielle, et David Arakhamia, qui a déjà participé aux précédentes négociations.
