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Le recrutement de Charles Sapin scandalise chez France Inter

Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs Actuelles. Les logos de France Inter et de Valeurs Actuelles.
Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs Actuelles. Les logos de France Inter et de Valeurs Actuelles. image: afp-montage watson
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Le recrutement de ce chroniqueur scandalise le personnel de France Inter

Les personnels de la radio publique France Inter, classée à gauche par ses détracteurs, s'opposent à la venue sur leur antenne d'un chroniqueur de la rédaction du magazine d'extrême droite Valeurs Actuelles. La direction dit défendre le pluralisme.
04.09.2026, 17:0505.09.2026, 10:04

Les personnels de la radio publique France Inter sont en émoi. Ils s’opposent à l’arrivée à l’antenne le dimanche pour un «édito politique» du directeur adjoint du magazine d’extrême droite Valeurs Actuelles, Charles Sapin, âgé de 34 ans. Réunis mercredi en assemblée générale, ils ont réclamé le retrait de sa chronique hebdomadaire et voté un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre, rapporte Le Monde, citant l’Agence France Presse (AFP). Le journaliste a tenu sa première chronique le 30 août. La deuxième est prévue pour ce 6 septembre.

Cette levée de boucliers dans une station de radio tour à tour décrite comme de centre gauche, d’extrême gauche ou macroniste, rarement de droite, prend pleinement place dans la présidentielle d’avril-mai 2027, dont la campagne est d’ores et déjà lancée. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République instaurée par le général de Gaulle en 1958, les commentateurs n’excluent pas la victoire d’un candidat d’extrême droite, en l’occurrence Marine Le Pen.

Les opposants à la venue une fois par semaine de Charles Sapin sur l’antenne de France Inter accusent la direction de la radio publique de vouloir donner des gages au Rassemblement national dans le cas où il gagnerait l’élection. Le parti nationaliste ne cesse depuis de nombreuses années de qualifier France Inter de radio de gauche. Il n’a pas caché qu’il envisageait sa privatisation en cas de victoire en 2027. Les personnels de l’antenne publique reprochent en substance à leur direction de «se coucher» devant l’extrême droite, possible future vainqueur du scrutin suprême des Français.

«Le service public appartient à tous»

Les menaces de grève et l’apparente unanimité des personnels de France Inter ne semblent pas devoir influer sur la décision de Sibyle Veil, la directrice générale de Radio France, qui chapeaute France Inter. Jeudi, au lendemain de la mobilisation des équipes de la plus importante radio publique française, elle a réaffirmé son engagement en faveur de la diversité des opinions. Elle a exclu toute possibilité de retirer Charles Sapin du micro de France Inter.

Sibyle Veil a rappelé que «le service public appartient à tous», ajoutant que celui-ci «n’est ni un champ de bataille ni un espace neutre et aseptisé».

«On ne dirige pas un groupe radiophonique en cochant des noms sur une liste»
Sibyle Veil, directrice générale de Radio France

Humoristes politiques

De fait, des sensibilités politiques et sociétales des plus opposées cohabitent sur France Inter. Les humoristes y font office de fous du roi, et leurs «papiers» sont souvent des chroniques politiques à peine déguisées. C’est le cas pour Sophia Aram, sur une ligne laïque et universaliste, qui dénonce l’antisémitisme de l’extrême gauche, comme pour Charline Vanhoenacker, plus proche de la gauche radicale, également présente sur Radio Nova, station financée par le «milliardaire de gauche» Matthieu Pigasse.

D’une certaine manière, Charles Sapin, passé par Le Figaro, Le Parisien et L'Opinion, et qui n’est lui-même pas catalogué à l’extrême droite, contrairement à Valeurs Actuelles, condamné pour racisme en 2024, fait pendant à un autre chroniqueur, celui-ci humoriste, Merwane Benlazar, à qui la direction de France Inter a confié la coanimation d’une nouvelle émission, également programmée le dimanche. L’exhumation d’anciens tweets de sa part dénotant une orientation islamiste, à l’occasion d’un passage dans l’émission de France 5 C à Vous le 1er février dernier, l’avait rangé dans le camp «islamo-gauchiste» par ses adversaires.

Le «cordon sanitaire» de Radio France saute-t-il?

Indépendamment du pluralisme des idées revendiqué par Radio France, la venue du directeur adjoint de Valeurs Actuelles sur France Inter marque un tournant: il allait de soi jusqu’ici que la radio publique française participait du «cordon sanitaire» face à l’extrême droite. Bien que Charles Sapin ait indiqué que la ligne de son magazine allait être recentrée, le symbole de son «embauche» est fort. Et peut, en effet, laisser penser que Radio France se prépare à toute éventualité au soir du second tour de la présidentielle.

Le premier édito politique du directeur adjoint de Valeurs Actuelles, dimanche 30 août, sans connotation extrémiste d’aucune sorte, était consacré à la dette publique française et rappelait les candidats à la présidentielle à leurs responsabilités en la matière.

«200 francs, ça suffit!» et RTS «trop à gauche»

Ce débat passionné sur l’orientation politique de Radio France, la Suisse l'a connu à sa façon dans les mois précédant la votation du 8 mars dernier – perdue par les initiants – sur l’initiative «200 francs, ça suffit!» relative à la redevance audiovisuelle. Sur les réseaux et dans une partie de la droite, principalement l’UDC, les critiques portaient sur une RTS «trop à gauche», un jugement partagé par une frange de la gauche, celle attachée à l’universalisme laïque et qui estimait ne pas toujours se retrouver dans le ton général de l’audiovisuel public romand.

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