Canal+ ne veut plus bosser avec ces stars françaises à cause d'une lettre
Le 16 avril dans les colonnes de watson, l’historien des médias Alexis Lévrier, adversaire déclaré du catholique conservateur Vincent Bolloré, affirmait sur le ton du reproche:
Alexis Lévrier a été entendu. Le 11 mai, veille de l’ouverture du Festival de Cannes, quelque 600 professionnels du secteur cinématographique attaquaient bille en tête le milliardaire breton, propriétaire de Canal+, premier financeur du cinéma français avec 480 millions d’euros investis sur trois ans (2025-2027).
«L’emprise grandissante de l’extrême droite»
Résolument inscrite dans la «bataille culturelle» qui fait rage en France à un an de l'élection présidentielle, cette prise de parole n'allait pas rester sans réponse. Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a annoncé, dimanche, en marge du festival cannois, que le groupe privé français ne souhaitait plus travailler avec les professionnels du secteur qui ont signé une pétition contre son actionnaire principal.
On rembobine. Le 11, les 600, parmi eux les comédiens Swann Arlaud, Juliette Binoche et Blanche Gardin, connus pour leur engagement politique à gauche, ont publié une tribune dans Libération pour dénoncer «l’emprise grandissante de l’extrême droite» sur le cinéma français, symbolisée par Vincent Bolloré, qui détient par ailleurs la chaîne CNews.
Extrait de la tribune:
Dans leur intervention, les signataires rappellent que le groupe Canal+ «a acquis 34% du capital d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d’acquérir 100% des parts d’ici à 2028». Avec cette acquisition, Vincent Bolloré «sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran», selon eux.
On ne mord par la main qui vous nourrit, enseigne le dicton. De leur côté, les signataires de la pétition font valoir la liberté d’expression. Mais Maxime Saada, et derrière lui Vincent Bolloré, ne l’entendent pas ainsi.
Maxime Saada a assuré que cette tribune revient à qualifier les équipes de Canal+ de «cryptofascistes»:
Les déclarations en forme de représailles de Maxime Saada, confirment les «craintes» des signataires, a réagi dans un communiqué le collectif «Zappons Bolloré», au rang des 600, qui demande: «Pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer?»
Ce lundi matin à la radio France Inter, le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Gaëtan Bruel, a dit «regretter» la réaction de Maxime Saada.
Dans un exercice de diplomatie, le président du CNC a critiqué la tribune des 600, appelant au calme et estimant qu’il est «factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma».
Le CNC, tout comme le groupe public France Télévisions, les plateformes de streaming et Canal+ au premier chef, sont les piliers du cinéma français. Ils financent les 200 longs-métrages qui sortent en moyenne chaque année en France.
(Avec AFP)
