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Cinéma

Bolloré: Canal+ boycotte 600 professionnels du cinéma

Canal+ ne veut plus bosser avec ces stars françaises à cause d'une lettre

Le conflit est ouvert entre une partie des professionnels du cinéma français et Vincent Bolloré, le patron de Canal+, le plus grand financeur de films. Après l'attaque, les représailles.
18.05.2026, 12:0218.05.2026, 13:35

Le 16 avril dans les colonnes de watson, l’historien des médias Alexis Lévrier, adversaire déclaré du catholique conservateur Vincent Bolloré, affirmait sur le ton du reproche:

«Le monde du cinéma a tort de se taire et de faire l’autruche, car il sera peut-être la prochaine victime de la bollorisation»
Alexis Lévrier, historien des médias

Alexis Lévrier a été entendu. Le 11 mai, veille de l’ouverture du Festival de Cannes, quelque 600 professionnels du secteur cinématographique attaquaient bille en tête le milliardaire breton, propriétaire de Canal+, premier financeur du cinéma français avec 480 millions d’euros investis sur trois ans (2025-2027).

«L’emprise grandissante de l’extrême droite»

Résolument inscrite dans la «bataille culturelle» qui fait rage en France à un an de l'élection présidentielle, cette prise de parole n'allait pas rester sans réponse. Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a annoncé, dimanche, en marge du festival cannois, que le groupe privé français ne souhaitait plus travailler avec les professionnels du secteur qui ont signé une pétition contre son actionnaire principal.

On rembobine. Le 11, les 600, parmi eux les comédiens Swann Arlaud, Juliette Binoche et Blanche Gardin, connus pour leur engagement politique à gauche, ont publié une tribune dans Libération pour dénoncer «l’emprise grandissante de l’extrême droite» sur le cinéma français, symbolisée par Vincent Bolloré, qui détient par ailleurs la chaîne CNews.

Extrait de la tribune:

«En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste de l’imaginaire collectif»
Les 600 signataires opposés à Vincent Bolloré

Dans leur intervention, les signataires rappellent que le groupe Canal+ «a acquis 34% du capital d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d’acquérir 100% des parts d’ici à 2028». Avec cette acquisition, Vincent Bolloré «sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran», selon eux.

On ne mord par la main qui vous nourrit, enseigne le dicton. De leur côté, les signataires de la pétition font valoir la liberté d’expression. Mais Maxime Saada, et derrière lui Vincent Bolloré, ne l’entendent pas ainsi.

«J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix. Et en conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition.»
Maxime Saada, président du directoire de Canal+, cité par l'Agence France Presse

Maxime Saada a assuré que cette tribune revient à qualifier les équipes de Canal+ de «cryptofascistes»:

«Eh bien, moi, je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste, la limite, pour moi elle est là»
Maxime Saada, président du directoire de Canal+

Les déclarations en forme de représailles de Maxime Saada, confirment les «craintes» des signataires, a réagi dans un communiqué le collectif «Zappons Bolloré», au rang des 600, qui demande: «Pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer?»

Ce lundi matin à la radio France Inter, le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Gaëtan Bruel, a dit «regretter» la réaction de Maxime Saada.

«Sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique, ça fait partie de ce principe fondamental»
Gaëtan Bruel, président du CNC

Dans un exercice de diplomatie, le président du CNC a critiqué la tribune des 600, appelant au calme et estimant qu’il est «factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma».

«Je ne me retrouve pas dans les faits qu’ils dénoncent et il faut faire attention aux prophéties autoréalisatrices»
Gaëtan Bruel, président du CNC

Le CNC, tout comme le groupe public France Télévisions, les plateformes de streaming et Canal+ au premier chef, sont les piliers du cinéma français. Ils financent les 200 longs-métrages qui sortent en moyenne chaque année en France.
(Avec AFP)​

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Video: watson
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