International
Angleterre

Une vague de vandalisme s'abat sur Londres

Protesters demonstrate outside the Downing Street against the Ultra-Low Emission Zone (ULEZ) expansion, in London, Tuesday, Aug. 29, 2023. The ULEZ comes into effect. London's Labour mayor Khan i ...
Des manifestants protestent devant Downing Street contre l'extension de la zone à très faibles émissions (ULEZ), à Londres, le mardi 29 août 2023. Image: AP

Une vague de vandalisme s'abat sur Londres

A partir d'aujourd'hui, les conducteurs de véhicules polluants devront payer de lourds suppléments dans l'agglomération londonienne. Les réactions à l'extension de la zone environnementale sont effrayantes.
31.08.2023, 11:5331.08.2023, 12:31
Jochen Wittmann, londres / ch media
Plus de «International»

Quand les citoyens se transforment en vandales: alors que la nouvelle zone environnementale controversée entre en vigueur ce mardi à Londres, des automobilistes en colère détruisent les caméras de surveillance censées contrôler le projet. Cela fait des mois que cela dure, mais la résistance devient de plus en plus militante.

Les auteurs de ces actes de sabotage agissent le plus souvent la nuit. Ils sprayaient de la peinture noire sur les lentilles des caméras ou coupent les câbles. Ils martèlent les caméras ou scient leurs barres de support, d’autres les incendient. Le lendemain matin, on peut voir les caméras de surveillance démolies sur le trottoir.

«Un mouvement de résistance acharné opère dans les banlieues»
sunday times

La mobilisation sur les réseaux sociaux

En effet, une petite armée d'activistes clandestins s'est donné pour mission d'éliminer les caméras. Sur les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook ou Instagram, des groupes se sont formés pour offrir leur soutien. Une page Facebook compte à elle seule plus de 30 000 membres.

On y trouve des conseils sur la meilleure façon de détruire les caméras et des cartes indiquant leur emplacement. Dans une zone du sud-est de Londres, le groupe Facebook Ulez cameras location group a fièrement annoncé que près de 90% des caméras avaient été retirées de la circulation et que seules 29 d'entre elles étaient encore en état de fonctionner.

L'élément déclencheur

Ce qui a déclenché cette situation, c'est la Ultra Low Emission Zone, en abrégé Ulez, que l'on peut traduire par «zone à émissions ultrabasses». Ulez est une zone environnementale que le maire de Londres et politicien du Parti travailliste (Labour Party) Sadiq Khan a étendue à l'ensemble de la ville à partir de ce mardi. Auparavant, elle n'opérait que dans le centre-ville, mais désormais, l'ensemble des 33 quartiers de Londres seront payants pour les voitures anciennes à fortes émissions.

Toute personne qui circulera sur le périphérique M25 avec un véhicule ne répondant pas à la norme Euro 4 pour les véhicules à essence ou à la norme Euro 6 pour les véhicules diesel devra payer 12,50 livres, soit 14 francs, par jour. Environ 850 000 véhicules dans l'agglomération londonienne sont concernés par l'extension. Ceux qui oublient de payer la taxe Ulez sont passibles d'une amende salée de 180 livres.

Bien que l'opposition soit forte, le maire Sadiq Khan ne compte pas assouplir son projet Ulez. L'homme de 52 ans estime:

«Nous n'acceptons pas l'eau potable sale, alors pourquoi accepterions-nous l'air sale?»
Sadiq Khan, maire de Londres

Il est personnellement concerné, puisqu’il a contracté de l'asthme à l'âge adulte à cause de la mauvaise qualité de l’air londonien, comme l'a attesté son médecin de famille. Depuis, il mène une campagne contre les automobiles qui polluent l'air.

Il soutient que les émissions d'oxyde d'azote provoquent chaque année 4000 décès évitables à Londres. Sadiq Khan n'a réagi au tollé que dans la mesure où il a décidé d'interpréter plus généreusement les conditions des primes à la casse pour les véhicules non conformes. Il a l'intention de débloquer 50 millions de livres supplémentaires à cet effet.

De violentes attaques contre le maire

Mais cela n'a pas atténué la colère de ceux qui considèrent qu'une taxe journalière de 12,50 livres est une aberration. De nombreuses manifestations ont été organisées pour réclamer la destitution du maire. Le conflit autour de la Ulez se révèle ainsi de plus en plus comme un catalyseur qui risque de conduire à un tournant dans la politique climatique britannique.

En effet, le conflit a déclenché un débat national sur la question de savoir jusqu'à quel point on peut encore se permettre de protéger l'environnement et le climat, à une époque où la crise du coût de la vie devient de plus en plus pressante.

Un événement survenu le 21 juillet a montré combien la politique est un sujet explosif. En effet, les résultats d'une élection partielle à la Chambre des communes ont été annoncés dans la circonscription d'Uxbridge, située à la périphérie ouest de Londres.

C'est précisément ici, dans le siège de l'ancien Premier ministre Boris Johnson, dont la gestion chaotique avait fait chuter les conservateurs dans les sondages, que le parti au pouvoir a pu remporter une victoire très mince de 495 voix devant le Labour Party. Le nouveau député tory Steve Tuckwell en a donné la raison dans son discours de victoire: «C'est la politique Ulez, coûteuse et néfaste, qui a coûté cette élection au Labour.»

Depuis lors, les politiciens ont changé d'avis sur la protection du climat. Le Premier ministre Rishi Sunak s'est découvert un amour pour les automobilistes et a ordonné une révision des programmes locaux controversés de réduction du trafic. Certes, on continuera à faire des progrès en matière de protection du climat, a-t-il promis dans une interview, «mais nous le ferons de manière appropriée et pragmatique, sans imposer davantage de problèmes et de coûts aux gens».

Le chef du Labour Party, Keir Starmer, est lui aussi de plus en plus sceptique quant à l'agenda vert. Il n'est certainement pas un tree hugger, soit quelqu’un qui fait des câlins aux arbres, a-t-il fait savoir publiquement. La seule chose qui compte pour lui est que le Labour gagne les élections prévues pour fin 2024. S'il le faut, les nobles objectifs de protection du climat devront être sacrifiés.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

Les incendies qui frappent le sud de l'Europe cet été 2023
1 / 15
Les incendies qui frappent le sud de l'Europe cet été 2023
Sur l'île de Rhodes, en Grèce.
source: sda / petros giannakouris
partager sur Facebookpartager sur X
Djoko n'a pas besoin de raquette pour jouer
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Bill Browder est de retour et ça ne va pas plaire à Poutine
Le financier américain Bill Browder sait comment taper sur les nerfs du président russe Vladimir Poutine et il a désormais un nouveau plan.

Bill Browder était autrefois le plus grand investisseur étranger en Russie avec son fonds Hermitage jusqu'à ce qu'il entre en conflit avec Vladimir Poutine. Sergueï Magnitski, avocat fiscal de Bill Browder, a accusé des fonctionnaires russes d'avoir détourné des millions de dollars d'impôts. En réponse, l'avocat a été emprisonné, brutalisé et laissé pour mort en détention. C'était en 2009.

L’article