L'Ukraine juge ce canon développé en Suisse «extrêmement peu fiable»
Pour le fabricant, les choses sont pourtant claires. Sur son site internet, le groupe allemand d’armement présente son système Skynex en ces termes: «Le système est la solution la plus récente de Rheinmetall pour la défense aérienne à courte portée. Grâce à son architecture ouverte et modulaire, il établit de nouvelles références en matière de flexibilité et d’évolutivité.»
Mais cette présentation est désormais remise en question. Le magazine Stern a révélé des plaintes émanant d’Ukraine. Le média affirme avoir eu accès à un rapport interne ukrainien selon lequel Skynex aurait échoué lors d’une intervention le 1ᵉʳ avril 2026. D’après ce document, un drone russe Shahed n’a pas pu être abattu malgré plusieurs possibilités de détection. Il s’est finalement écrasé en explosant.
Toujours selon Stern, deux personnes impliquées, indépendantes l’une de l’autre, ont confirmé l’incident survenu dans l’ouest de l’Ukraine. Le rapport précise que deux systèmes Skynex, équipés au total de huit canons de 35 mm, de deux radars et de deux postes de commandement, étaient déployés pour protéger le site.
Développé en Allemagne et en Suisse, le système de défense aérienne Skynex est fabriqué par Rheinmetall et est également utilisé en Ukraine depuis 2023. Le document interne ukrainien fait état d’une combinaison de défaillances techniques et de problèmes de suivi des cibles.
Gros revers pour Rheinmetall
Selon ce rapport, trois des huit canons sont tombés en panne en quelques minutes seulement, notamment en raison de défaillances hydrauliques, d’une panne du radar de poursuite et d’un incident de chargement. Au final, seuls deux des huit canons auraient été en mesure de suivre la cible de manière stable. Le bilan dressé à Kiev est sévère: le système aurait affiché une «faible disponibilité technique», se serait montré «extrêmement peu fiable» et n’aurait pas répondu aux spécifications techniques annoncées par son fabricant.
Rheinmetall a rejeté ces accusations. Dans une déclaration transmise à Stern, l’entreprise affirme que Skynex «a démontré en Ukraine une efficacité et une fiabilité exceptionnelles». Le groupe a toutefois essuyé plusieurs revers importants ces dernières semaines.
La semaine précédente déjà, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, avait suspendu le controversé projet de frégates F126. Peu auparavant, le directeur général de Rheinmetall, Armin Papperger, avait publiquement présenté son entreprise comme le sauveur potentiel du programme naval et repris la division navale du constructeur Lürssen. Il avait également fait pression autour d’un nouveau projet de char. Désormais, l’Etat allemand entre au capital du constructeur franco-allemand KNDS, qui produit notamment le char Leopard et travaille sur son successeur. Une solution intermédiaire devrait également être fournie par KNDS. Là encore, Armin Papperger avait mis son entreprise en avant de manière prématurée.
Après ces revers, le titre Rheinmetall a nettement reculé en Bourse. La semaine précédente, l’action a perdu jusqu’à 20% de sa valeur au plus fort de la baisse. (trad. hun)

