La vie des jeunes thaïlandais suspendue à un tirage au sort
Quelque 70 jeunes Thaïlandais patientent sur de fragiles chaises en plastique dans une salle de gym, les traits tendus en attendant le tirage au sort annuel qui désignera ceux qui iront faire leur service militaire.
La loterie de la conscription se tient chaque mois d'avril dans tout le pays. Mais cette année, elle est encore plus pesante, à la suite d'une série d'incidents frontaliers avec le Cambodge voisin, durant lesquels des dizaines de soldats et de civils ont été tués des deux côtés. Un fragile cessez-le-feu a été instauré en décembre, mais les tensions persistent le long de la frontière de 800 km entre les deux pays.
Mardi, dans le gymnase appartenant à un temple des environs de Bangkok, des conversations angoissées gagnent les groupes de recrues potentielles qui scrutent les soldats en uniforme chargés de superviser le tirage des noms.
Un par un, les hommes âgés de 18 à 29 ans s'avancent pour tirer une carte à l'intérieur d'un bocal opaque placé devant eux. Il n'y a que deux cas de figure: une carte noire signifie l'exemption du service militaire, tandis que la rouge indique la conscription.
Jessada Charoenkhao, 21 ans, parmi les premiers à tirer une carte noire, lève les bras en l'air, soulagé de ne pas avoir à rejoindre l'armée:
Selon lui, le service milliaire peut bénéficier à certains en leur apprenant la discipline, «mais ce n'est pas pour moi».
Plusieurs familles sont arrivées tôt le matin, pour observer le tirage et attendre, des heures durant, le moment de vérité. Taweepong Boonliang, un livreur à moto, se tient les genoux, tremblant, en attendant le tour de son neveu de 21 ans. «Il ne veut pas s'engager [dans l'armée] parce qu'il doit travailler et s'occuper de sa compagne»
L'oncle ajoute qu'il est favorable à un système militaire fondé sur le volontariat et à une augmentation des avantages pour les soldats, puisque «de nombreuses personnes souhaitent désormais rejoindre l'armée».
Certains hommes ayant tiré une carte rouge s'effondrent. Visiblement dépités, ils se couvrent le visage. D'autres acceptent leur sort en silence. Chakrit Kaewkum, 21 ans, employé à temps partiel dans un supermarché, reste impassible en s'avançant pour s'enregistrer, après avoir tiré une carte rouge.
Sa mère, Sawang Jaithum, l'observe avec fierté. «Pour un homme en Thaïlande, je pense que c'est honorable», déclare-t-elle.
Montée du nationalisme
Pour le seul district de Bang Sue, dans la capitale, les forces thaïlandaises ont besoin cette année de 36 recrues pour l'armée de terre, la marine et l'armée de l'air, selon un responsable militaire. Un chiffre qui fluctue chaque année en fonction des besoins. Une quinzaine de jeunes hommes se sont déjà portés volontaires, ce qui laisse 21 places à soumettre à la loterie, dans un groupe de 68 homme éligibles. Des exemptions peuvent être accordées pour charge de famille ou maladie.
Selon l'armée, sur l'ensemble du territoire, près de 30 000 hommes se sont portés volontaires pour le service militaire cette année. Ce chiffre correspond à une hausse de 50% par rapport à 2024, avant les incidents avec Phnom Penh de l'an dernier. D'après des observateurs, cette hausse est due à la montée du nationalisme liée aux affrontement avec le Cambodge.
L'analyste politique Yuttaporn Issarachai déclare à l'AFP:
Les appelés servent dans l'armée pendant deux ans – les diplômés d'université peuvent ne servir qu'une année et les volontaires six mois. Ils sont nourris et logés, et reçoivent un salaire mensuel d'environ 11 000 baht (295 euros), légèrement supérieur au salaire minimal en Thaïlande. (afp/tam)
