La Grèce a une nouvelle stratégie impressionnante contre les incendies
En Espagne et en France, les pompiers luttent contre des incendies de forêt d'une ampleur inédite. En conséquence, des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leur domicile ou leur lieu de vacances. Même dans de grandes villes comme Madrid et Bordeaux, la peur des flammes gagne du terrain.
La Grèce, longtemps considérée comme l'un des pays européens les plus touchés par les incendies de forêt, traverse jusqu'ici l'été sans incident majeur, et cela ne tient pas seulement au fait que les vagues de chaleur extrêmes ont, jusqu'à présent, largement épargné le pays.
La Grèce a aussi entièrement restructuré sa protection civile, et se dote de moyens de lutte contre le feu comme presque aucun autre pays européen.
Tirer les leçons du passé
Le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a fait de la protection contre les incendies de forêt une priorité personnelle. Les erreurs du passé ne doivent, selon lui, pas se répéter, car la Grèce a été frappée à plusieurs reprises par des catastrophes liées au feu:
- En 2007, 67 personnes sont mortes sur la péninsule du Péloponnèse (sud-ouest);
- En 2021, plus de 50 000 hectares de forêt et de terres agricoles sont partis en fumée sur l'île d'Eubée (centre);
- En 2023, un incendie majeur dans le nord de la Grèce a détruit environ 94 000 hectares. Cet événement fut le plus grand incendie d'un seul tenant jamais enregistré dans l'Union européenne.
La catastrophe de Mati reste particulièrement traumatisante. En juillet 2018, une tempête de feu a ravagé cette localité côtière située à l'est d'Athènes. 104 personnes y ont perdu la vie. Les alertes étaient parvenues trop tard à la population, aucune évacuation n'avait eu lieu, et les autorités avaient mal coordonné leur action. Cette tragédie reste, aujourd'hui encore, le symbole de la défaillance de l'Etat sous le gouvernement d'alors, dirigé par Alexis Tsipras.
La Grèce tire donc les leçons de cette tragédie. En réponse, le gouvernement a investi environ deux milliards d'euros (1,8 milliard de francs) dans le développement de sa protection civile. Jamais les effectifs mobilisés n'ont été aussi importants que cet été: 18 000 pompiers, 4300 véhicules d'intervention, 21 unités forestières comptant 1450 membres spécialisés, ainsi que 85 avions et hélicoptères de lutte contre le feu, sont sur le pied de guerre.
De nouvelles approches avec des drones et l'IA
La détection précoce joue un rôle clé dans la nouvelle stratégie grecque. Plus de 100 drones équipés de caméras thermiques surveillent les zones à risque. La Grèce mise en outre sur un système d'alerte précoce par satellite. Quatre d'entre eux fournissent des données en temps réel sur d'éventuels foyers d'incendie, et c'est ensuite à l'intelligence artificielle de filtrer les fausses alertes.
Ce système a été développé par la start-up munichoise OroraTech, en collaboration avec l'Agence spatiale européenne (ESA).
Sur le plan organisationnel aussi, le pays emprunte de nouvelles voies. Pompiers, police et protection civile relèvent du gouvernement central à Athènes. Cela permet une coordination à l'échelle nationale. La pièce maîtresse du dispositif est le centre de situation, actif 24 heures sur 24, du ministère de la Crise climatique et de la Protection civile, où convergent les données des pompiers, des drones, des satellites et des services météorologiques.
L'ampleur du défi qui subsiste se mesure dans la région d'Attique, autour d'Athènes. Depuis 2017, 13 incendies majeurs y ont détruit quelque 70 000 hectares de terrain, dont plus de 46 000 hectares de forêt. Cela représente 38% de la surface forestière de la région de la capitale. Et pour cause: les versants montagneux dénudés se réchauffent davantage. Les climatologues mettent en garde contre un cercle vicieux: moins il reste de forêts, plus le risque de nouveaux incendies augmente. Il en résulte une aggravation de l'érosion et du risque d'inondation.
L'expert en incendies de forêt Johann Goldammer le confirme également: en cas de fortes précipitations, des chutes de pierres et des glissements de terrain peuvent survenir. Des infrastructures critiques, comme les routes, peuvent ainsi être mises en danger.
La prévention des incendies comme point faible
De nombreuses forêts appartenant à l'Etat sont à peine entretenues, et de vastes terrains appartenant à l'Eglise retournent eux aussi à l'état sauvage. Dans ces zones, les sous-bois secs brûlent rapidement, et l'absence de chemins forestiers complique la lutte contre les départs de feu. C'est pourquoi la Grèce continue d'étoffer sa flotte d'avions et a commandé sept nouveaux bombardiers d'eau.
Les largages d'eau font baisser la température des foyers d'incendie et facilitent l'extinction pour les équipes au sol, précise Johann Goldammer.
Mais même la technologie la plus moderne ne peut empêcher les incendies de forêt. Selon les pompiers, environ 90% de tous les incendies sont d'origine humaine, le plus souvent par négligence, parfois aussi de manière intentionnelle. Le gouvernement a donc drastiquement durci les peines. Les incendiaires s'exposent désormais à au moins dix ans de prison, ainsi qu'à de lourdes amendes et à des demandes de dommages et intérêts.
Au ministère de la Crise climatique et de la Protection civile, on se montre prudemment optimiste. La nouvelle stratégie aurait, jusqu'ici, fait ses preuves. Mais la saison des incendies de forêt n'est pas terminée. En raison de la chaleur et des vents meltémis, souvent violents, août est considéré comme le mois le plus dangereux de l'année. La véritable épreuve du feu de cet été reste donc encore à venir pour Athènes. (trad. ysc)
