28 février 2026: la deuxième chute du mur
Il y eut trois grands totalitarismes au XXe siècle. Un totalitarisme brun, le nazisme, un totalitarisme rouge, le communisme, et un totalitarisme vert, l’islamisme. Les deux premiers ont été vaincus, même s’ils peuvent toujours renaître sous une forme ou sous une autre. Le troisième subit en ce moment et depuis samedi 28 février les coups de boutoir des Etats-Unis et d’Israël. Il résiste, mais sa chute prochaine, à l'image du mur de Berlin en 1989, n’est pas impossible.
C’est en effet en Iran que le totalitarisme vert a fait souche à la faveur de la Révolution islamique de 1979, installant le pouvoir des mollahs. Très vite, il a annoncé la couleur de ses sentiments en désignant les Etats-Unis et Israël, le Grand et le Petit Satan, comme ses ennemis.
Ne pouvant se permettre d’être en reste face à son ennemi et concurrent chiite, le monde sunnite, emmené par l’Arabie Saoudite, développa un corpus islamiste des plus durs. Cela déboucha, sans forcément l'avoir voulu, mais en ayant tout fait pour que cela advienne, sur Al-Qaïda et plus tard Daech.
Les Frères musulmans ont inspiré les ayatollahs
Parallèlement et depuis la fin des années 1920, les Frères musulmans, la véritable matrice de l’islamisme, firent leurs armes au Moyen-Orient, y furent beaucoup réprimés, trouvant refuge au Qatar, à l'image de la direction du Hamas, aujourd'hui très affaiblie. C'est en Occident qu'ils trouvèrent une oreille particulièrement à l'écoute, essentiellement dans les milieux décolonialistes, profitant ces dernières années de la vogue de l'intersectionnalité des luttes promue par des féministes et des LGBT. Bien que d’essence sunnite, les Frères musulmans inspirèrent les ayatollahs iraniens, en particulier Khamenei, tué samedi aux premières heures de l'attaque.
Singes et porcs
Pour les Frères aussi, Israël fut l'ennemi à abattre, dès sa création. Dans certains livres politico-religieux, les juifs sont décrits comme des porcs et des singes, des êtres illégitimes à diriger quelque «terre d’islam» que ce soit. Cette littérature date de bien avant la répression féroce des Palestiniens de Gaza, à la suite des massacres du 7 Octobre. Ce jour-là, le Hamas a désigné son commanditaire, sinon son parrain, l’Iran. La guerre lancée ce 28 février par Israël et son allié les Etats-Unis contre le régime iranien trouve en partie son origine dans les événements du 7 Octobre.
Le tournant des 8 et 9 janvier
Mais ce sont d’autres massacres, ceux des 8 et 9 janvier de cette année, perpétrés par les forces de sécurité iraniennes sur la population, en colère après une faillite bancaire faisant redouter un effondrement de l’épargne, mais aussi révoltée par ce régime ne tenant plus que par la répression de son peuple, qui auront donné un argument moral aux Etats-Unis et à Israël.
Donald Trump et le prétendant à une transition démocratique en Iran, Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Chah, n’avaient-il pas poussé le peuple à descendre dans la rue début janvier? On connaît la suite: 6000, 10 000, 30 000 morts, plus? On ignore le bilan exact de la terrible réponse armée des gardiens de la révolution et des milices bassidjis.
Faillite morale
La chute du régime islamiste d’Iran, qui a fait du voile des femmes son étendard obligatoire, les islamistes sunnites lui emboîtant le pas à l’échelle mondiale en pressant les immigrations musulmanes de l'adopter, marquerait par la même occasion la faillite morale d’une certaine gauche. Celle qui, dans nos universités notamment, n’a jamais levé le petit doigt pour les Iraniennes persécutées, comme après la mort en 2022 dans un commissariat de Mahsa Amini, interpellée pour un voile mal porté.
Cette supercherie mortelle qu’est l’islamisme, dont les musulmans auront été, rappelons-le, les principales victimes au jour le jour, quand bien même nombreux parmi eux en furent les acteurs, s’achève en piteuse farce, chez nous, en Europe. Avec un Jean-Luc Mélenchon qui s’amuse de la sonorité d’un nom juif en plein meeting, avec un Alain Soral qui s’enfuie en Russie, certain d’avoir ouvert les yeux de la gauche sur les méfaits des «sionistes pédocriminels», avec des campus universitaires devenus des lieux d’intimidation contrôlés par des «antifas». C’est un désastre.
Les Palestiniens sont seuls
Les Iraniens vont peut-être se libérer du joug islamiste. Pour l'instant, c'est le chaos. Ce qui se joue en Iran est une bataille idéologique majeure à l'échelle du monde. Les Palestiniens, eux, sont seuls. Après le 7 Octobre, les soutiens qu’ils reçurent furent ceux des islamistes et de la gauche radicale voulant la disparition d’Israël. Il est temps d’envisager pour eux un soutien plus constructif, moins révolutionnaire, qui réunisse les parties arabe et juive attachées au droit de chacun à avoir son Etat. Il n'est pas contradictoire de vouloir la chute de la République islamique et un Etat pour les Palestiniens.
