Melenchon explose le dernier des tabous
Le dog whistle de trop? En meeting jeudi soir à Lyon, Jean-Luc Mélenchon n’a pas fait que pilonner la presse et défendre la Jeune Garde, le groupe d'extrême gauche antifasciste pointé du doigt dans le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque. Le leader des Insoumis a aussi parlé d’Epstein, le pédocriminel américain dont les «dossiers» font tomber des têtes parmi les puissants.
Reprochant à l’ancienne ministre française de la Justice Nicole Belloubet d’avoir «bloqué l'enquête» en France entre 2017 et 2020 sur cette affaire, il s’est ensuite interrogé sur la prononciation choisie par les médias et la classe politique pour aborder l'affaire Epstein.
Ses mots, sur un air ironique, jeudi soir à Lyon:
Écoutez attentivement : @JLMelenchon tient des propos similaires à ceux d’Alain Soral.#Antisémitisme pic.twitter.com/UaUZLAmXxG
— Vincent Lautard (@VLautard) February 26, 2026
Jean-Luc Mélenchon n’a jamais tenu de propos frontalement antisémites. Mais les sous-entendus, les dog whistles, ou encore appels du pied, chez lui, s’accumulent. En 2020, reprenant le schéma infamant des juifs peuple déicide, il déclare:
A propos du député français Jérôme Guedj, de confession juive, il déclarait en 2025:
«Piquet» et «laisse de ses adhésions»: mais quel genre de personnage parle ainsi?
Procès en fourberie
Rien n’est jamais explicite, tout est toujours suggéré, dans des formules rappelant les procès en fourberie fait aux juifs à travers les âges, en particulier dans les années 30 avec la montée des fascismes en Europe.
Jeffrey Epstein était juif comme l’on sait. Le dog whistle a ceci de pratique pour l’émetteur qu’il fait porter au récepteur la responsabilité de l’interprétation de la formule employée. Dans le moment «Epstein» de Jean-Luc Mélenchon jeudi soir à Lyon, il y a, on peut l'entendre dans les extraits vidés, les intonations exagérées associées à «Epstein» ou «Epstine», mais il y a surtout les mots de conclusion:
Tout est dans le «tout le monde» et dans le «il faut faire». «Tout le monde», c’est-à-dire nous tous, serions tenus de prononcer «Epstine» pour faire oublier qu’Epstein est… Au récepteur de compléter. Est juif, évidemment. Et qui commande «comment il faut faire»? Les juifs, bien sûr. Jean-Luc Mélenchon prétendra que ce n’est pas cela qu’il voulait dire. Sauf que la plupart d'entre nous, dans un contexte d’antisémitisme en hausse depuis le 7 Octobre, auront compris cela.
Alain Soral, la version originale
Plusieurs fois condamné pour antisémitisme, Alain Soral, lui, n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. Dans une vidéo, le polémiste franco-suisse résident du canton de Vaud, que la justice française vient de condamner pour «association de malfaiteurs», s’arrête, comme Jean-Luc Mélenchon, sur la prononciation des noms de Harvey Weinstein, le producteur américain condamné pour viol et agressions sexuelles, juif lui aussi, et de Jeffrey Epstein.
Soral avait insisté sur la prononciation « Epstein », Mélenchon a fait la même chose.
— MystereMister (@MystereMister) February 27, 2026
Dans le nom Melenc(h)on il y a une lettre en trop, le H….celle qui débute le mot Haine.
Ceux qui continuent de soutenir ça auraient pris le domicile des Lévy en 40.
pic.twitter.com/zxHHiy7wCL
Les réactions outrées pleuvent après la «prestation» lyonnaise du leader Insoumis. Mais on attendait la réaction de ses «alliés» à gauche, embarrassés de devoir leur élection aux législatives de 2022, puis à celles, anticipées, de 2024, à celui qui ne cesse de conflictualiser la société pour se poser en adversaire naturel de second tour à la présidentielle de 2027 face au Rassemblement national. Après le coup d'«Epstein-Epstine», les socialistes pourront-ils encore nouer des alliances au second tour des municipales des 15 et 22 mars prochains, cette fois?
Que vont faire les «alliés» de gauche des Insoumis?
Jusqu’ici ambigu sur la conduite à tenir, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a condamné le laïus de Jean-Luc Mélenchon, sans prononcer le mot d’antisémitisme mais en allant sur le terrain de l’Insoumis, l’antifascisme:
Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux https://t.co/50sfYQYY25
— Olivier Faure (@faureolivier) February 27, 2026
La dirigeante des Ecologistes, Marine Tondelier, y est également allée de sa réprobation, à défaut d’être explicite:
Non mais ça va pas non !
— Marine Tondelier (@marinetondelier) February 27, 2026
Vraiment, rien ne va dans ces propos. Rien.
Ça suffit maintenant. pic.twitter.com/j4CLfAi2yF
Qu’est-ce qui «suffit»? Les dog whistles de Jean-Luc Mélenchon ou les velléités d’alliances au second tour des municipales, au cas par cas, avec des Insoumis, dont le patron ose ce que plus personne n’osait en France depuis les formules antisémites de Jean-Marie Le Pen?
Jean-Luc Mélenchon nie tout antisémitisme
Comme attendu, Jean-Luc Mélenchon a réagi aux réactions, niant tout antisémitisme et, comme attendu là encore, le faisant endosser par ceux qui ont fait le lien.
J'ai ironisé sur la volonté de vouloir faire avec "Epstine" un nom pour "russifier" le problème. Consternante réaction de ceux qui y voient de l’antisémitisme.
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) February 27, 2026
Ça pose question sur leurs réelles motivations sur cette question. L'antisémitisme est du côté de ceux qui veulent… pic.twitter.com/LJmMPl8MU6
«Un synonyme de l'indignité politique»
Le président du CRIF (Conseil représentatif des associations juives de France), Yonathan Arfi, ne croit pas aux explications de Jean-Luc Mélenchon:
N'en déplaise à JL Melenchon, um élève de 5ème sait qu'en anglais, "Epstein" se prononce "Epstine". Les journalistes ne font donc que prononcer un nom américain... à l'américaine.
— Yonathan Arfi (@Yonathan_Arfi) February 26, 2026
Voir dans cette prononciation une manipulation est un délire complotiste aux vrais relents… https://t.co/HRBJN9JCIK
L'époque bascule, le barrage républicain s'écroule
Ces dernières décennies, l’antisémitisme était un tabou, une ligne rouge infranchissable pour qui voulait devenir président de la République. Aujourd’hui, l’antisémitisme – le racisme à l’extrême droite – est devenu un thème électoral porteur, y compris à gauche, voire surtout à gauche. Jean-Luc Mélenchon fait le calcul que le «barrage républicain» longtemps opposé aux extrêmes et qui les fit perdre à chaque élection est à présent de l'histoire ancienne. Il n’y a pas si longtemps infréquentable, Alain Soral reçoit à présent de nombreux suffrages, qui le décrivent comme un «lanceur d’alerte qui avait raison». L'époque bascule.
