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Elle raconte comment elle a fui les sbires de la Corée du Nord

Elle a échappé à la traque des sbires de Kim Jong-un, elle raconte
Kim Yumi s'est échappé de Corée du Nord en 2023.Image: watson

Elle a fui les sbires de Kim Jong-un: «On a jeté des objets pour les semer»

Une jeune mère raconte la faim, la peur et le contrôle total dans son pays natal, la Corée du Nord. Elle explique aussi la fuite de sa famille de l'un des régimes les plus brutaux au monde.
08.03.2026, 18:5508.03.2026, 18:55
Fabian Hock

Lorsque Kim Yumi monte dans le bateau en bois, cette nuit-là, la tempête fait rage. Il est presque 22 heures. A ses côtés: son mari, leurs deux jeunes enfants, sa mère, son frère, le frère aîné de son mari, l’épouse de ce dernier, enceinte jusqu’aux derniers mois, ainsi que sa belle-mère. Neuf personnes – dix avec le bébé à naître. Derrière eux, la Corée du Nord; devant eux, la mer ouverte. Ils le savent: si leur tentative de fuite échoue, ils ne survivront pas.

«Nous avons délibérément choisi l’obscurité et le mauvais temps», explique-t-elle aujourd’hui. C’était, selon la famille, la seule manière d’échapper à la surveillance du régime de Kim Jong-un.

Kim Yumi lors de sa rencontre.
Kim Yumi lors de sa rencontre.

Mais les garde-côtes nord-coréens les ont repérés. «Nous avons été poursuivis pendant toute la traversée», raconte Kim Yumi. Ils ont multiplié les détours, changé sans cesse de direction.

«Nous avons jeté des objets à la mer pour les semer»
Kim Yumi

Puis, peu avant la frontière maritime avec la Corée du Sud, l'inattendu s’est produit. Les lumières derrière eux ont ralenti. «Probablement à cause de l’un des filets de pêche que nous avions jetés à l’eau et qui s’est pris dans leur moteur», dit-elle. Peut-être est-ce précisément ce filet qui leur a sauvé la vie.

Elle affirme calmement ne pas avoir eu peur de se noyer durant la traversée. «Si je tombe par-dessus bord, cela me laisse au moins une chance de survivre», se disait-elle. Se faire attraper, en revanche, aurait signifié une mort certaine:

«Si les soldats nous avaient capturés, nous serions morts»
Kim Yumi

Kim Jong-un a douché les derniers espoirs

L’ONU a récemment invité la Nord-Coréenne à Genève. En marge du Sommet pour les droits humains et la démocratie, elle nous confie non seulement les détails de sa fuite spectaculaire, mais aussi les conditions effroyables qui règnent dans son pays – et l’étincelle d’espoir qu’elle avait encore nourrie il y a quelques années.

La Nord-Coréenne lors de son intervention au sommet genevois.
La Nord-Coréenne lors de son intervention au sommet genevois.image: UN watch

Quand Kim Jong-un est arrivé au pouvoir au début des années 2010, certains sont pourtant redevenus optimistes. Il avait étudié en Suisse, et beaucoup croyaient à des réformes prudentes. Le mari de Kim Yumi a, lui, longtemps envisagé la possibilité d’une évolution du système.

Le tournant survient en novembre 2022. Kim Jong-un présente publiquement sa fille – un signal clair que la dictature est appelée à se transmettre à la génération suivante. «A partir de ce moment, nous avons compris que rien ne changerait», affirme Kim Yumi. Dès la même année, la famille commence à planifier concrètement sa fuite; en 2023, elle passe à l’action.

Les services de renseignement sud-coréens estiment désormais eux aussi que le dirigeant entend faire de sa fille, Kim Ju-ae, son héritière.

Des injustices flagrantes

Kim Yumi a grandi dans un petit village côtier. «En Corée du Nord, les inégalités sociales sont extrêmes», explique-t-elle. Une petite élite peut manger à sa faim, y compris de la viande régulièrement. Les couches inférieures, en revanche, doivent souvent se contenter d'un repas par jour ou moins. «Parfois, il ne s’agit que de farine de maïs mélangée à de l’herbe – une sorte de soupe à l’herbe.»

Sous Kim Jong-un, la vie est devenue encore plus dure, assure-t-elle. Le père du dirigeant avait au moins toléré des possibilités limitées de gagner de l’argent à titre privé.

«Aujourd’hui, beaucoup n’ont pratiquement plus le droit de travailler. Cela conduit à une situation inhumaine»
Kim Yumi

Alors, comment ne pas ressentir un profond décalage en écoutant le discours prononcé vendredi par le dirigeant de Pyongyang? Kim Jong-un ouvrait le congrès du Parti, qui n'a lieu que tous les cinq ans. Il y a affirmé que l’économie nord-coréenne avait surmonté les difficultés ces cinq dernières années et s’était «fondamentalement transformée». Les habitants du pays n’en perçoivent toujours rien.

Le congrès du parti dans la capitale.
Le congrès du parti dans la capitale.image: kcna

Ce qu'on sous-estime souvent en Occident, c’est l’absence totale de liberté, souligne Kim Yumi. «Même pour se rendre dans une autre ville, il faut une autorisation». Beaucoup ne quittent quasiment jamais leur lieu de naissance. Il n’existe ni médias libres, ni internet ouvert, ni information indépendante. «J’avais l’impression de vivre dans une société archaïque et isolée». Son arrivée en Corée du Sud a été vécue «comme si l’on était catapulté d’un vieux village vers un monde ultramoderne».

Trois générations punies

A l’extérieur, le régime affiche une loyauté inconditionnelle. Mais ce n’est qu’une façade, affirme-t-elle.

«La plupart des gens sont mécontents. Mais personne n’ose critiquer ouvertement»
Kim Yumi

En cause: un système de punition collective. Quiconque s’oppose au régime met en danger non seulement sa propre vie, mais aussi celle de ses parents et de ses enfants. Trois générations peuvent ainsi se retrouver dans des camps.

Kim Yumi qualifie son pays natal de «prison». Or, dit-elle, les prisonniers ne parviennent que rarement à se libérer tout seuls. «La plupart du temps, quelqu’un doit leur ouvrir la porte». Elle se tourne donc vers la communauté internationale – et vers les habitants de son ancienne patrie. «Je leur souhaite de ne pas perdre espoir».

(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

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source: epa kcna / kcna
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On a des nouvelles de Kim Jong-un, il va bien, il fait du cheval
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