Trump attaquera-t-il le Groenland? «Les gens sont nerveux»
Il ne voulait d’abord pas en parler. Mais le président des Etats-Unis a finalement déclaré que le Groenland deviendrait un sujet «dans quelques semaines». «Dans 20 jours ou dans deux mois», a déclaré Donald Trump avec un sourire, avant d’ajouter avec insistance:
Une affirmation qu’il répète régulièrement depuis un an. Mais depuis l’attaque des Etats-Unis contre le Venezuela, ces mots prennent un autre sens.
Au Groenland, territoire appartenant au royaume du Danemark, on se souvient avec effroi que des représentants de l’administration américaine ont, à plusieurs reprises, déclaré que Donald Trump n’excluait pas une annexion de l’île arctique par la force.
Comme au Venezuela, le Groenland dispose de vastes ressources naturelles, notamment des métaux rares dont dépendent les industries américaines de l’armement et de la technologie. Et comme au Venezuela, qui fournit du pétrole à la Chine, Donald Trump redoute le concurrent asiatique. Le Groenland, stratégiquement crucial, serait encerclé par des navires chinois et russes, «et le Danemark n’est pas en mesure de le défendre», affirme Donald Trump. Les Danois n’auraient récemment mis en service «qu’un nouveau traîneau à chiens», s’est-il moqué.
La population du Groenland s'alarme
A Nuuk, la capitale, personne ne trouve cela drôle. Ici, contrairement au Venezuela, il n’y a ni garde rapprochée pour le gouvernement, ni casernes, ni défense antiaérienne. «Les gens sont nerveux», explique Masaana Egede, rédacteur en chef du journal Sermitsiaq. Même s’il existe bien sûr des différences importantes entre la situation du Groenland et du Venezuela. Le Groenland n’est pas un Etat hostile aux Etats-Unis, mais un partenaire de l’Otan via le Danemark. Les déclarations de Donald Trump suscitent néanmoins une inquiétude palpable dans la population, selon le journaliste, car sa manière d’agir «semble ne connaître aucune limite».
Le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen a réagi avec fermeté:
Sa collègue danoise Mette Frederiksen a également déclaré que les menaces en provenance de Washington «doivent cesser». Tous deux ont souligné à plusieurs reprises, au cours de l’année écoulée, leur soutien mutuel étroit et ont tout tenté pour normaliser les relations avec l’administration Trump.
Mais cela semble avoir peu d’effet sur le président américain. En décembre, il a nommé un «envoyé spécial» pour le Groenland, le milliardaire du pétrole Jeff Landry, sans expérience en diplomatie ni dans l’Arctique. Son objectif: faire du Groenland une partie des Etats-Unis. A l’époque, cela donnait l’impression qu’il voulait convaincre les Groenlandais de se détacher du Danemark.
Le Groenland sous le drapeau des Etats-Unis
Donald Trump ne reconnaît pas non plus l’engagement militaire du Danemark. Le pays a annoncé un renforcement de sa présence au Groenland, non pas avec des traîneaux à chiens, mais avec des navires de guerre et des avions. En outre, le Danemark coopère étroitement avec les Etats-Unis pour la défense de l’île depuis des décennies. Ceux-ci exploitent leur propre base militaire dans le nord du Groenland, essentielle pour la surveillance de l’espace aérien face à la Russie. Ils peuvent également utiliser à tout moment les aéroports groenlandais.
L’argumentation de Trump reste pourtant la même, bien qu'erronée. Selon des experts en sécurité, rares sont aujourd’hui les navires russes et chinois qui sillonnent les mers autour du Groenland. En revanche, la fonte de la banquise pourrait, à l’avenir, attiser des rivalités économiques et militaires dans la région arctique.
Dimanche, la population du Groenland a réagi avec colère à une image publiée sur X montrant l’île colorée aux couleurs du drapeau des Etats-Unis. En dessus figurait le mot: «Bientôt». L’image provenait de Katie Miller, l’épouse du chef de cabinet adjoint de Donald Trump.
SOON pic.twitter.com/XU6VmZxph3
— Katie Miller (@KatieMiller) January 3, 2026
Pour des analystes politiques, de telles actions constituent des indices clairs de l’état d’esprit qui règne dans le cercle le plus proche du président des Etats-Unis. Ses déclarations répétées sur le Groenland pourraient aussi servir à préparer l’opinion publique à de futures étapes ou, du moins, à tester les réactions, comme il l’a fait dans le cas du Venezuela.
La plupart des experts estiment que l’architecture de l’Otan offre une protection efficace au Groenland contre une agression ordonnée par la Maison Blanche. Toutefois, souligne Jon Rahbek-Clemmensen, chercheur en sécurité arctique:
Les réactions internationales n’en sont que plus importantes. Elles sont venues lundi de Scandinavie, du Royaume-Uni, de France et d’Allemagne. Tous ont assuré le Groenland et le Danemark de leur plein soutien. Reste à savoir ce que cela vaudra réellement. Selon Mikkel Vedby, professeur de politique de sécurité, face à un petit Etat, la superpuissance reste en position de force.
Traduit de l'allemand
