Les premières manœuvres ont paru grossières: au début de l'année, le président américain a dépêché son fils Donald Jr. à Nuuk. Celui-ci a distribué des casquettes rouges et des billets de un dollar, avant d'inviter quelques sans-abri dans un restaurant de luxe.
L'objectif des Trump était de faire croire qu'une partie de la population groenlandaise souhaitait un rapprochement rapide avec les Etats-Unis, comme Donald Trump l'avait répété à plusieurs reprises:
A plusieurs reprises, le Groenland, territoire autonome relevant du royaume du Danemark, a rejeté fermement ces velléités. Mais une enquête publiée mardi par la radio-télévision danoise DR révèle que les Etats-Unis poursuivent leurs efforts, de manière plus discrète et prudente.
Selon DR, trois proches de Donald Trump seraient actifs au Groenland, où ils espionnent, infiltrent la société et mènent des campagnes de propagande. Le diffuseur public n'a pas révélé leur identité, afin de protéger ses différentes sources à Copenhague, Nuuk et aux Etats-Unis.
Il s'agirait de trois Américains œuvrant à ce qui pourrait s'apparenter à un mouvement séparatiste groenlandais, explique le journaliste de DR Niels Fastrup:
De plus, ils collecteraient des informations susceptibles de présenter le Danemark sous un jour défavorable dans les médias américains. Des experts rappellent depuis longtemps que le Groenland, avec seulement 58 000 habitants très actifs sur Facebook, est particulièrement vulnérable aux tentatives d'influence.
Il n'est pas clair si ces gens agissent de leur propre initiative ou sur ordre de Trump. Selon DR, une chose est certaine: leurs activités sont suivies de près. Le service de renseignement danois a confirmé qu'il surveille des campagnes de propagande sur l'île et discute avec le gouvernement groenlandais des mesures à prendre. Des puissances étrangères tenteraient de tirer parti des «divisions réelles ou inventées» entre le Danemark et le Groenland.
Le politologue Mikkel Olesen souligne que le Groenland reste très présent dans le viseur des Etats-Unis, malgré l'Ukraine et d'autres dossiers qui préoccupent Trump. L'enquête de DR confirme également ce qu'avait rapporté en mai le Wall Street Journal: le consulat américain à Nuuk aurait reçu de Trump, via la CIA, pour mission de renforcer l'espionnage au Groenland, en surveillant la population et en identifiant d'éventuels partisans des Etats-Unis.
Comme en mai, la réaction danoise est cette fois encore ferme: le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chef de l'ambassade américaine à Copenhague (le poste d'ambassadeur étant actuellement vacant), une démarche rare entre alliés proches et partenaires de l'Otan. La cheffe du gouvernement, Mette Frederiksen, a qualifié ces activités d'influence d'«inacceptables» et a dénoncé le fait que les Etats-Unis ne les aient pas clairement démenties, jugeant la situation grave.
Le ministre des Affaires étrangères, Lars Lokke, a déclaré que, si des instances officielles américaines étaient impliquées, il s'agirait d'une violation claire des règles internationales. Il a précisé que les Etats-Unis seraient clairement avertis que le Danemark avait connaissance de ces activités.
Parallèlement, l'analyste politique Ask Rostrup a évoqué un «jeu diplomatique délicat» pour le Danemark, qui doit composer avec les réactions imprévisibles du président américain tout en collaborant étroitement avec les Etats-Unis sur le plan militaire au Groenland. Dans un communiqué, l'ambassade américaine s'est contentée d'affirmer que le gouvernement américain «ne peut pas contrôler les actions de citoyens privés».
Mardi, la cheffe du gouvernement Frederiksen a également franchi une étape importante envers le Groenland. Après de longues hésitations, elle a présenté des excuses officielles au nom du Danemark aux centaines de filles et de femmes groenlandaises auxquelles les autorités avaient imposé, jusqu'aux années 1990, des dispositifs contraceptifs sans leur consentement afin de limiter la croissance démographique.
Ce scandale, révélé ces dernières années, contribue à la tension dans les relations avec l'ancienne colonie. Aujourd'hui, de nombreux Groenlandais aspirent à l'indépendance, mais en aucun cas à un rattachement aux Etats-Unis.
Traduit et adapté par Noëline Flippe