Quand Joe Biden s’est retiré de la campagne, Vladimir Poutine, le dirigeant du Kremlin, a ostensiblement affiché son soutien à Kamala Harris, tout en la tournant en ridicule. Lors du Forum économique en septembre à Vladivostok, Poutine a ironiquement évoqué son rire communicatif en espérant qu’elle limiterait les sanctions contre la Russie, à la différence de Trump.
Ce «trolling», comme disent les Russes, était voulu. Alexander Douguine, un idéologue russe d’extrême droite, traite régulièrement Harris de «folle irresponsable» au service du diable. Les médias d’Etat russes se plaisent aussi à diffamer la candidate potentielle, usant de commentaires sexistes et racistes similaires à ceux de Trump.
Les messages de Moscou sont volontairement ambigus. Bien que le Kremlin apprécie Trump pour sa façon de fragiliser les alliances occidentales, il reste méfiant. Un retrait américain de l’Otan serait un cadeau pour la Russie. Mais les Russes ne prennent pas au sérieux la promesse de Trump de mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 heures, la considérant comme une pure vantardise.
Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, attend avec impatience un second mandat de Trump, qui a récemment affirmé qu’ils parlaient presque quotidiennement. Mais pour l’Iran, une victoire de Trump serait un revers.
Les alliés comme les opposants de Trump dans la région ne croient pas que les Etats-Unis reprendront leur rôle traditionnel de stabilisateur au Moyen-Orient. Sous Barack Obama, les Etats-Unis ont commencé à se désengager, ce qui devrait se poursuivre après l’élection. Les experts régionaux, comme Sanam Vakil, affirment que l’Amérique se concentre désormais sur la rivalité géopolitique avec la Chine.
Des pays comme l’Arabie saoudite, stigmatisés pour leurs violations des droits de l’homme sous Biden, n’auraient pas à craindre un tel traitement avec Trump. Les ventes d’armes des Etats-Unis au Moyen-Orient se feraient probablement sans grandes restrictions sous le Républicain, contrairement à Harris. Même en Turquie, pays membre de l’Otan, Trump recueille plus de soutien que la candidate démocrate.
En Iran, certains dirigeants considèrent Trump comme un homme avec qui il est possible de négocier. Ils sont persuadés que les accords avec lui seraient plus stables que ceux avec d’autres administrations américaines.
Donald Trump et Kamala Harris sont aux antipodes l’un de l’autre. En Chine, pourtant, on pense généralement qu’il s’agit d’un choix entre la peste et le choléra. Selon Zeno Leoni du King's College de Londres, les stratèges chinois estiment que le vainqueur aura peu d’impact, car la Chine reste perçue comme la principale menace pour les intérêts américains.
La direction chinoise n’a montré aucune préférence pour un candidat, mais semble pencher légèrement pour Harris, car elle respecte les conventions diplomatiques et incarne la continuité, en accord avec le style prudent de Pékin. Trump, quant à lui, représente une carte imprévisible.
C’est Trump qui avait lancé la guerre commerciale avec la Chine lors de son premier mandat, et il poursuivrait sans doute cette ligne dure s'il était réélu. Paradoxalement, il est apprécié par une partie de la population chinoise apolitique, fascinée par ses manières excentriques et assurées. Trump est même célébré comme un personnage de bande dessinée, à travers des mèmes et des souvenirs à son effigie.
(Traduit de l'allemand par Tim Boekholt)