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Droite française: l'union sacrée ou le suicide

De gauche à droite: Bruno Retailleau, Edouard Philippe, Gabriel Attal et David Lisnard.
De gauche à droite: Bruno Retailleau, Edouard Philippe, Gabriel Attal et David Lisnard.image: watson

La droite française est à deux doigts du suicide

Ils sont quatre à droite et au centre à vouloir être président de la République. Primaire ou pas pour les départager? Laisseront-ils Le Pen et Mélenchon s'affronter au second tour? Le décryptage du politologue Bruno Cautrès.
05.11.2026, 18:5606.11.2026, 10:32

Ne rien faire est suicidaire, faire est terriblement risqué. Voilà le dilemme qui se pose à la droite et au centre, mis au défi de se qualifier pour le second tour de la présidentielle française d’avril-mai 2027. Alors, primaire ou pas primaire? Gabriel Attal, l’éphémère premier ministre d’Emmanuel Macron, s’est rendu le 28 octobre au «20 Heures» de TF1 pour en réclamer une, seul moyen, selon lui, d’empêcher un duel final entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Ils sont théoriquement quatre sur la ligne de départ, candidats à l’élection suprême: deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Gabriel Attal, l’ex-ministre de l’Intérieur de Macron et président du parti Les Républicains Bruno Retailleau, enfin, David Lisnard, maire de Cannes.

Heurs et malheurs de la primaire

Tous, sauf Edouard Philippe pour l'instant, sont partants pour une primaire devant désigner celui qui incarnerait la droite et le centre au premier tour de la présidentielle. La gauche socialiste a fait la sienne, remportée le 11 octobre par Raphaël Glucksmann.

Bruno Cautrès, politologue au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), pointe les avantages et les risques d’un tel scrutin:

«Une primaire permet de réduire les candidats et de départager les ambitions. Mais elle fait apparaître dans le même temps les divergences, et elles sont tout sauf minces chez les quatre papables.»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof 

Quelles divergences? Le politologue cite «l’immigration, l’Europe, la conception même de l’Etat».

«Gabriel Attal, qui représente le centre dans cette bataille interne, veut des Etats-Unis d’Europe, or quelqu’un comme Bruno Retailleau n’est pas sur cette ligne fédéraliste. Quant à David Lisnard, l’actuel président de l'Association des maires de France, à la tête du mouvement Nouvelle Energie, il plaide pour une grande autonomie communale, ce qui rompt avec la conception centralisée de l’Etat français.»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof 

Une primaire n’a d’intérêt que si les perdants s’alignent derrière le vainqueur. Rien n’est moins sûr dans le cas présent avec des profils aussi différents, selon Bruno Cautrès.

«Je vois mal les électeurs de David Lisnard voter Gabriel Attal, si celui-ci devait l’emporter. Leurs votes iraient plutôt à Marine Le Pen»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

Réussites et catastrophes

Dans l’histoire des primaires françaises, les réussites côtoient les catastrophes. S’il fallait en citer une de réussie jusqu’au bout, ce serait celle de 2012, poursuit Bruno Cautrès. Elle avait départagé des socialistes et un radical de gauche. Sorti vainqueur, François Hollande avait ensuite gagné la présidentielle face à Nicolas Sarkozy.

La primaire à droite de 2017 avait mis François Fillon sur des rails prometteurs. Mais des révélations du Canard Enchaîné sur l’emploi fictif de sa femme et des costumes qu’il s’était fait offrir avaient ruiné une dynamique qui aurait pu le conduire à l’Elysée. Emmanuel Macron avait été élu cette année-là pour un premier mandat.

Expériences désastreuses

Parmi les primaires désastreuses, il y a celle de 2017 chez les socialistes: battu, Manuel Valls, qui avait fait à l'époque le diagnostic des «gauches irréconciliables» qui se répète aujourd'hui, plutôt que de soutenir le gagnant Benoît Hamon, avait rallié Emmanuel Macron. Bruno Cautrès le rappelle:

«Manuel Valls, centre gauche, n’avait pour ainsi dire rien en commun avec Benoît Hamon, nettement plus à gauche»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

Autre ratage mémorable: la «primaire populaire» de 2022, à gauche toujours. Elle avait désigné Christiane Taubira, l’ancienne ministre de la Justice sous le quinquennat de François Hollande.

«Ses chances avaient explosé en plein vol lors d’un débat télévisé, où elle avait montré une totale impréparation»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

Revenons à la droite. Comment expliquer le refus d’Edouard Philippe de participer à la primaire voulue par Gabriel Attal? Bruno Cautrès:

«Des quatre, il est le plus haut dans les sondages, bien que loin derrière Marine Le Pen et à un point ou deux de Jean-Luc Mélenchon. Il fait le calcul que Lisnard, Attal et Retailleau seront contraints de se rallier à lui s’il demeure le premier d’entre eux début 2027, sauf à vouloir apparaître comme ceux qui n'auront pas tout fait pour empêcher un second tour Le Pen-Mélenchon.»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof 

Un problème majeur se pose à cette droite et centre de gouvernement, relève le politologue:

«Même une primaire à droite pourrait ne pas suffire à devancer Jean-Luc Mélenchon»
Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

Bruno Cautrès en veut pour preuve que, depuis plusieurs mois, aucun des quatre, quelle que soit la manière dont ils sont testés dans les sondages, ne parvient à se qualifier pour le second tour. «Cela veut dire que les voix de celui ou ceux qui ne sont pas testés dans les études d’opinion ne se reportent pas automatiquement sur celui ou ceux qui le sont.»

Cette stagnation augure mal d’un ralliement général au vainqueur de la primaire au premier tour de la présidentielle.

«Edouard Philippe n'est pas un animal de campagne»

Pour Bruno Cautrès, si Gabriel Attal, bas dans les sondages, veut à ce point d’une primaire, «c’est parce qu’il croit être capable de convaincre dans les débats télévisés face à ses adversaires de droite». A l’inverse, ajoute le politologue, «si Edouard Philippe y est réticent, c’est parce qu’il sait qu’il n’est pas un animal de campagne électorale. Il a un côté figé, un peu éteint, qui le dessert».

L’époque où l'énergie folle d’un Nicolas Sarkozy avait permis de siphonner le vote Front national au premier tour de la présidentielle de 2007 relève de l'âge d'or de la droite. Elle n'a plus jamais gagné le présidentielle après cela.

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