Donald Trump pourrait-il être poursuivi pour ses crimes?
En menaçant de détruire le réseau électrique de l'Iran et de renvoyer les 90 millions d'habitants du pays «à l'âge de pierre», Donald Trump s'affranchit des conventions sans prendre de gants: il n'exclut pas des actes considérés comme de possibles crimes de guerre.
Selon des experts, il est pourtant peu probable que le président américain, dont l'administration s'emploie activement à saper les institutions internationales chargées de faire respecter les normes, s'expose à des conséquences, au moins à court terme.
Des responsables militaires russes inculpés
Les Conventions de Genève, qui régissent les lois de la guerre, interdisent la destruction «d’objets indispensables à la survie de la population civile». En 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a inculpé quatre responsables militaires russes pour des frappes systématiques contre le réseau électrique de l’Ukraine.
Donald Trump semble n'en avoir cure. Si les Iraniens ne concluent pas avec lui un accord aux contours non spécifiés, les forces américaines «frapperont chacune de leurs centrales électriques, sans exception», a-t-il affirmé. Il a ajouté:
La guerre des mots
Jeudi, le président américain a publié des images de la destruction d’un pont emblématique près de Téhéran. «Bien d'autres à venir!», a-t-il claironné. L’Iran a signalé de son côté d’importants dégâts sur un centre de recherche médicale centenaire, l’Institut Pasteur.
Donald Trump a aussi menacé d’attaquer des puits de pétrole, en dépit de la condamnation internationale des forces irakiennes qui avaient incendié des installations pétrolières lors de leur retrait du Koweït en 1991, pendant la première guerre du Golfe.
Son ministre de la Défense, Pete Hegseth, s’est félicité de «la mort et la destruction venues du ciel toute la journée» sur l’Iran et a promis de rejeter des «règles d’engagement stupides».
Impact sur les civils
La destruction des centrales électriques aurait un impact «dévastateur pour le peuple iranien», en privant de courant des hôpitaux et en interrompant l'approvisionnement en eau et d’autres besoins vitaux, estime Sarah Yager, directrice de l'ONG Human Rights Watch à Washington. Elle poursuit:
Le droit international n’autorise les attaques contre des centrales énergétiques et d’autres cibles en apparence civiles que s’il est avéré qu'elles servent principalement à une activité militaire. Or, les déclarations de Donald Trump indiquent le contraire, estime Tom Dannenbaum, professeur à la faculté de droit de Stanford:
Attaquer les centrales serait «disproportionné»
Pour Robert Goldman, spécialiste des crimes de guerre à l’American University Washington College of Law, le président américain «ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre»:
Parallèlement, Robert Goldman souligne que les représailles promises par l’Iran pourraient aussi constituer des crimes de guerre, si par exemple elles visaient des usines de dessalement dans des pays arabes alliés des Etats-Unis souffrant de graves pénuries d’eau.
Poursuites improbables
Les risques immédiats en cas de crimes de guerre des Etats-Unis apparaissent cependant limités pour les responsables américains. L’administration Trump a cherché à neutraliser la Cour pénale internationale (CPI) à la suite du mandat d'arrêt délivré contre le Premier ministre israélien. Peu de gens s’attendent à ce que la Cour vise des Américains, d'autant qu'aucun des pays engagés dans le conflit en cours n'en est membre.
Tom Dannenbaum rappelle toutefois que les crimes de guerre relèvent de la compétence universelle et sont imprescriptibles. Cela signifie qu'à terme, n'importe quel pays pourrait théoriquement engager des poursuites. Il estime:
Robert Goldman juge pour sa part que le principal risque pour les Etats-Unis concerne leur réputation. Et que saper les Conventions de Genève pourrait avoir des conséquences dangereuses pour un pays fréquemment en guerre. Il conclut:
(btr/afp)
