«Une heure d'électricité par jour»: Ce Suisse qui vit à Cuba raconte
Les tensions entre les États-Unis et Cuba se sont à nouveau durcies ces derniers mois. Depuis décembre dernier, Donald Trump a coupé l’accès de l’île au pétrole, notamment en provenance du Venezuela. Une décision qui accentue la pression sur le modèle socialiste cubain, déjà fragilisé. Dans un entretien, Martin S., qui partage sa vie entre la Suisse et Cuba avec son épouse Maria, raconte les conséquences concrètes de cette situation.
Dans ce contexte, Martin S. décrit comment la population cubaine vit les pénuries de carburant, les coupures d’électricité et les tensions politiques. Le Suisse passe une grande partie de l’année à Cuba depuis 2022 avec son épouse Maria.
Le couple possède une maison et une chambre d’hôtes à Baracoa, à l’est de l’île, à environ 1000 kilomètres de La Havane.
Samedi dernier, une panne d’électricité a touché l’ensemble de Cuba. Comment est la situation chez vous?
Martin S.: Depuis environ deux ans, nous avons de l’électricité à peine une heure par jour, le plus souvent la nuit. Pour ma femme et moi, ce n’est pas un problème majeur, car nous avons installé des panneaux solaires avec une batterie pour les appareils essentiels.
Seulement une heure d’électricité par jour?
Oui, parfois même moins. Plus on s’éloigne de la capitale, plus la situation devient difficile.
Comment les Cubains font-ils face à cette pénurie?
Mes voisins se lèvent chaque nuit pour faire la lessive ou cuisiner. Le problème, c’est qu’on ne sait jamais exactement quand le courant va arriver ni combien de temps il va durer. Cela peut repartir après vingt minutes. On met une casserole de riz sur le feu et, avant que ça soit prêt, le courant disparaît.
Le manque d’électricité pose aussi problème ailleurs. Dans certains hôpitaux, ils doivent parfois opérer à la lampe de poche, faute de lumière.
N’y a-t-il pas de générateurs de secours dans les hôpitaux?
Si, mais il n’y a pas de carburant. Depuis que Trump a coupé l’accès au pétrole vénézuélien, les prix de l’essence et du diesel ont explosé. Pour faire le plein, il faut s’inscrire via une application. On reçoit un numéro, par exemple 1500 et quelques.
Le paiement se fait uniquement par carte et en dollars américains. Sur le marché noir, un litre d’essence coûte environ 3500 pesos, soit près de sept dollars, et le prix continue de monter..
A part cela, comment ressentez-vous la pénurie?
On la voit partout. Toute la chaîne d’approvisionnement est touchée et, quand les biens se raréfient, ceux-ci deviennent plus chers. C’est la logique du marché, même dans un système socialiste.
Pouvez-vous donner des exemples concrets?
Beaucoup dépendent de l’argent envoyé par leur famille à l’étranger. Sans cela, c’est pratiquement inabordable. Au-delà des prix, le manque de pétrole a aussi de fortes conséquences sur l’approvisionnement de base. L’électricité à Cuba est produite par des centrales thermiques, donc avec du carburant. Et comme les pompes à eau fonctionnent à l’électricité, beaucoup ne marchent plus actuellement. Les habitants doivent aller chercher de l’eau eux-mêmes.
Comment était la situation du système de santé auparavant?
La situation était déjà difficile avant l’arrêt du pétrole vénézuélien. Le pays dispose de médecins bien formés, mais les moyens de base manquent. Pour soigner une carie, il faut apporter soi-même l’anesthésiant et le matériau de remplissage. Lors d’une opération à l’hôpital, il faut trouver soi-même des gants, des perfusions, des seringues ou du fil pour recoudre les plaies.
Le mécontentement envers les responsables doit être immense.
Les critiques envers le gouvernement ont toujours été fortes, mais elles se sont encore accentuées récemment.
Mais personne ne s’exprime publiquement. Ceux qui le font finissent en prison. Et si tous les mécontents descendaient dans la rue, le gouvernement n’aurait pas assez de cellules pour les enfermer.
Et sur les réseaux sociaux, comment réagit-on?
Internet est contrôlé, même si ce n’est pas très strict, et il n’est pas possible de publier tout ce que l’on veut. Il n’y a pas de véritable opposition sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elle existe, elle vient surtout de Cubains en exil aux États-Unis.
Que percevez-vous des tensions entre les Etats-Unis et Cuba?
Pas grand-chose. Mais comme presque rien ne fonctionne ici, il est difficile d’imaginer que ce soit différent dans l’armée.
Comment les Cubains perçoivent-ils Donald Trump?
Les avis sont partagés. Un changement de système serait le bienvenu, mais pas Trump.
Êtes-vous en contact avec d’autres Suisses à Cuba?
À Baracoa, il y a quelques Suisses, mais aussi des Allemands et des Autrichiens. Je suis en contact avec la plupart d’entre eux.
Certains sont-ils rentrés dans leur pays en raison de la situation actuelle?
Oui, certains sont partis, mais pas à cause de la situation actuelle.
Pour ma part, je rentrerai en Suisse en juin, car il fait trop chaud ici à cette période.
Que souhaitez-vous pour l’avenir de Cuba?
Je suis venu à Cuba pour ralentir le rythme. Mais les problèmes semblent s’aggraver de plus en plus. Pour l’avenir, j’espère une amélioration de la situation économique et que des produits disponibles ailleurs dans le monde le soient aussi à Cuba, notamment pour les soins médicaux de base. Les Cubains le méritent.
