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Les Etats-Unis accusés de crime de guerre à Dubaï et Abou Dhabi

Ils accusent les Etats-Unis de crime de guerre à Dubaï et Abou Dhabi
Pour les protéger des missiles iraniens, les Etats-Unis déplacent leurs soldats dans des zones densément peuplées.Image: montage watson

Les Etats-Unis accusés d’utiliser des «boucliers humains»

L’armée américaine met ses soldats à l’abri dans les Etats du Golfe. Mais le choix de leurs nouveaux lieux d’hébergement et de travail suscite de vives critiques et pourrait constituer un crime de guerre.
07.04.2026, 18:5907.04.2026, 18:59
Tobias Schibilla / t-online
Un article de
t-online

Dans le contexte de la guerre avec l’Iran, des organisations de défense des droits humains et des juristes accusent l’armée américaine de violer le droit international humanitaire et le droit de la guerre des Etats-Unis. A l’origine de ces accusations, des informations selon lesquelles des forces américaines ont déplacé des soldats depuis des bases menacées du Golfe persique vers des hôtels et des immeubles de bureaux situés en zones urbaines civiles.

L’accusation est grave, car la présence d’objectifs militaires au milieu de civils peut accroître le risque que ces derniers deviennent eux-mêmes des cibles d’attaques ennemies. Sur le plan juridique, la question centrale est de savoir si les Etats-Unis ont manqué à leur obligation de séparer, dans la mesure du possible, les civils des installations militaires et si les faits atteignent le seuil d’un crime de guerre.

Des bases américaines insuffisamment protégées

Depuis le début de la guerre lancée contre l’Iran, les bases militaires américaines dans la région du Golfe — notamment aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït — constituent l’épine dorsale des opérations. C’est depuis ces installations que le commandement central des Etats-Unis dirige les missions, fait décoller les avions et organise la logistique complexe de la guerre.

Selon des responsables du département américain de la Défense, ces vastes installations ne disposent toutefois pas de systèmes de protection suffisants contre les missiles balistiques et les drones, largement utilisés par l’Iran. Les projectiles iraniens frappent régulièrement les bases, provoquant des incendies ou endommageant des modules radar.

Et ces attaques placent le commandement militaire américain face à un problème majeur: ses propres bases sont vulnérables. Selon le New York Times, de nombreux commandants ont donc adopté une solution pragmatique, mais juridiquement très controversée: ils ont transféré des soldats et des bureaux depuis les bases militaires vers des centres-villes densément peuplés, dans des métropoles comme Dubaï, Koweït City ou Abou Dhabi.

Pour un expert d’Amnesty, c'est «irresponsable»

Brian Castner, expert en gestion de crise auprès d’Amnesty International, critique vivement cette stratégie. Auprès du New York Times, il juge «irresponsable» que les forces américaines mettent sciemment des civils en danger en quittant leurs bases pour s’installer dans des centres urbains densément peuplés. Les commandants ayant ordonné ces transferts devraient faire l’objet d’enquêtes pour violation du droit de la guerre américain, ajoute-t-il.

L’Iran a encore aggravé la situation en appelant publiquement la population des pays du Golfe à signaler les positions des troupes américaines situées hors des bases militaires. Selon le New York Times, des attaques iraniennes ont depuis tué plusieurs civils aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït — preuve que le danger pour les populations civiles n’est pas une simple question juridique abstraite, mais une réalité dans la guerre opposant les Etats-Unis, Israël et l’Iran.

Le droit de la guerre américain impose la protection des civils

Pour comprendre la dimension juridique, il convient d’examiner les textes applicables. Tant le manuel du Pentagone sur le droit de la guerre que le premier protocole additionnel aux Conventions de Genève obligent les forces armées à séparer, dans la mesure du possible, les objectifs militaires de la population civile et à protéger celle-ci des effets des combats.

Le manuel américain du droit de la guerre, mis à jour pour la dernière fois en 2023, le précise clairement: les commandants militaires et les autres responsables de la sécurité des civils doivent prendre des mesures appropriées pour éloigner la population civile des objectifs militaires et la protéger des conséquences des hostilités.

Cependant, ce manuel prévoit également une exception: les troupes peuvent être hébergées dans des zones habitées lorsqu’il s’agit d’utiliser des infrastructures existantes — par exemple pour le logement, les soins médicaux, les communications ou l’approvisionnement énergétique.

Des zones grises juridiques

C’est précisément cette exception qui crée une zone grise sur le plan juridique. Kevin Jon Heller, professeur de droit international et de sécurité au Centre d’études militaires de l’université de Copenhague, qualifie ces règles d’«imprécises» dans le média new-yorkais, car toutes ces obligations ne s’appliquent que «dans toute la mesure du possible». Il souligne néanmoins que «les mesures américaines soulèvent des questions quant à leur conformité avec le droit de la guerre américain».

La notion juridique clé dans ce contexte est celle des «précautions passives», c’est-à-dire les mesures que les forces armées doivent prendre pour protéger les civils à proximité d’objectifs militaires contre les attaques. Michael Schmitt, professeur de droit international à l’université de Reading et professeur émérite au US Naval War College, fixe une limite claire: héberger des soldats dans des bâtiments civils encore occupés — comme un hôtel en activité ou un immeuble résidentiel — constitue une violation de ces obligations de précaution.

Une différence déterminante

Le premier protocole additionnel aux Conventions de Genève et le droit de la guerre américain accordent une certaine marge d’appréciation aux forces armées opérant parmi des civils dans des zones de combat actives. L’exemple souvent cité est celui de la défense ukrainienne de la ville de Marioupol en 2022: les troupes ukrainiennes s’y trouvaient au milieu de la population civile parce que les forces russes attaquaient directement la ville par voie terrestre, par l’artillerie et par des frappes aériennes. Dans une telle situation, les soldats combattaient là où vivaient les civils, faute d’alternative.

L’expert d’Amnesty Brian Castner souligne toutefois que cette exception ne s’applique pas à la situation actuelle des forces américaines dans la région du Golfe. Les soldats américains n’ont pas été déplacés dans les villes pour protéger la population civile. Au contraire, ils chercheraient à éviter les attaques en se réfugiant dans des hôtels qui, autrement, ne constitueraient pas des cibles militaires légitimes. Cette distinction est juridiquement essentielle: protéger des civils est conforme au droit international humanitaire; se dissimuler derrière eux constitue une violation.

La question va encore plus loin: un tel comportement pourrait-il être qualifié d’utilisation de «boucliers humains», une pratique considérée comme un crime de guerre? Il s’agit de l’usage délibéré de civils pour se protéger d’attaques. Des groupes de guérilla ont déjà eu recours à cette tactique face à des armées plus puissantes. Selon les experts cités, il reste juridiquement incertain que les actions des Etats-Unis atteignent ce seuil, mais l’accusation est désormais posée.

Une préparation insuffisante à la guerre contre l’Iran

Pour les experts militaires, cette affaire révèle des lacunes stratégiques plus profondes dans la préparation des attaques contre l’Iran. Kelly Grieco, chercheuse senior au think tank américain Stimson Center, décrit le conflit actuel comme la première guerre dans laquelle les Etats-Unis doivent faire face aux conséquences d’une «puissance aérienne démocratisée», c’est-à-dire la capacité d’un acteur régional de taille moyenne comme l’Iran à mener des frappes aériennes durables et à longue portée. Elle explique:

«Le manque de préparation ne concerne pas seulement ce théâtre d’opérations, mais aussi les bases américaines situées dans son rayon d’action.»

Un indice concret de cette impréparation: le Pentagone a récemment lancé un appel d’offres pour des bunkers préfabriqués pouvant être rapidement acheminés vers le Moyen-Orient et destinés à protéger contre les ondes de choc et les éclats. Le fait qu’une telle mesure intervienne en pleine guerre souligne l’insuffisance apparente des infrastructures de protection existantes. (trad. hun)

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