La Suisse et l'UE ont fait sauter une frontière artificielle
DSM-Firmenich est un groupe chimique de dimension mondiale. En plus de sa nationalité néerlandaise, il possède aussi une identité suisse. Son deuxième siège principal, aux côtés de Maastricht, se trouve à Kaiseraugst. Cette commune argovienne est également le lieu de résidence du directeur général néerlandais du groupe, Dimitri de Vreeze. Ce second siège n’a donc rien de symbolique.
Et pour cause: parmi les plus de 28 000 employés du groupe dans le monde, environ 4000 travaillent en Suisse. Avec l’acquisition du fabricant genevois historique de parfums et d’arômes Firmenich, annoncée au printemps 2022 et finalisée en mai 2023, DSM est devenu encore plus suisse qu’il ne l’était déjà depuis la reprise des activités vitamines de Roche il y a plus de vingt ans.
Un déficit d’identité pour DSM-Firmenich
Malgré cela, il manquait jusqu’ici à DSM-Firmenich un élément essentiel pour asseoir pleinement son identité suisse: même après le rachat de Firmenich, les actions du groupe restaient exclusivement cotées sur Euronext à Amsterdam. L’entreprise communiquait principalement avec des investisseurs non suisses. De nombreux investisseurs institutionnels helvétiques ne pouvaient pas acquérir ces titres pour des raisons réglementaires liées à leur cotation étrangère. Une double cotation était impossible en raison du conflit boursier opposant l’Union européenne et la Suisse.
Conflit boursier lancé par Bruxelles en décembre 2018 afin de faire pression sur la Suisse pour qu’elle signe rapidement l’«accord-cadre» avec l’Union européenne, un projet pourtant déjà politiquement enterré. La Suisse avait alors pris des mesures de rétorsion. C’est ainsi qu’est apparue, dans le domaine boursier pourtant par nature sans frontières, cette séparation artificielle inventée par les bureaucrates. La barrière n’a finalement été supprimée qu’en mai de l’année dernière, après sept ans.
Et depuis jeudi, les actions de DSM-Firmenich sont désormais négociées non seulement à Amsterdam, mais aussi à la SIX Swiss Exchange. L’ensemble de la direction du groupe s’était déplacé à Zurich pour célébrer cette étape. Dans les faits, cette double cotation ne change pas grand-chose. On estime qu’environ 80% des échanges continueront à être réalisés à Amsterdam, car là où les volumes sont les plus importants, les prix sont aussi les plus avantageux. C’est presque une loi économique.
Un avenir incertain pour de nombreux employés
Cette meilleure visibilité en Suisse, que la double cotation est censée offrir, devrait toutefois profiter à l’entreprise. D’autant plus qu’elle s’apprête à connaître d’importants changements. Le 9 février, le groupe a annoncé la vente de ses activités de vitamines et d’additifs alimentaires pour animaux et humains à la société d’investissement CVC Capital. Cette opération concerne environ 7000 employés dans le monde, dont près de 1700 sur les sites suisses de Sisseln et Lalden, ainsi qu’à Grenzach-Wyhlen, juste de l’autre côté de la frontière allemande.
CVC prévoit de scinder les activités reprises en deux entreprises distinctes:
- Un fabricant d’aliments concentrés pour animaux.
- Un producteur d’additifs alimentaires, incluant vitamines et arômes.
Les conséquences de cette transaction pour les employés restent incertaines. DSM-Firmenich prévoit toutefois de conserver provisoirement une participation de 20% dans la société contrôlée par CVC.
DSM-Firmenich espère que cette vente permettra de stabiliser ses résultats. Le secteur des vitamines, dominé par des producteurs chinois, est particulièrement marqué par de fortes fluctuations des volumes et des prix, qui ont pesé sur le groupe ces trois dernières années. Sur cette période, le cours de l’action a chuté de moitié pour atteindre environ 64 francs. L’entreprise, valorisée autour de 16 milliards de francs en Bourse, espère notamment obtenir une meilleure valorisation grâce à cette restructuration. (trad. hun)
