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Comment les Etats-Unis pourraient achever le régime iranien

Une image du rassemblement «Free Iran» à Los Angeles, le 11 janvier 2026. Les manifestants réclament de Donald Trump qu’il passe résolument à l’action contre le régime de la République islamique, dont ...
Une image du rassemblement «Free Iran» à Los Angeles, le 11 janvier 2026. Les manifestants réclament de Donald Trump qu’il passe résolument à l’action contre le régime de la République islamique, dont la répression aurait déjà fait des milliers de morts en moins de deux semaines.Image: Jonathan Alcorn / AFP

Comment les Etats-Unis pourraient achever le régime iranien

La possibilité de frappes américaines contre l’Iran est évoquée, mais leur efficacité reste incertaine. Washington pourrait miser sur des alliés locaux, au risque de tensions régionales.
16.01.2026, 20:4516.01.2026, 20:45
Pierre Firode / the conversation
Un article de The Conversation
The Conversation

Des frappes états-uniennes sur des cibles en Iran semblent possibles à ce stade, mais une simple série de bombardements ne suffira pas à faire chuter le régime. L’option la plus efficace consisterait, pour Washington, à approvisionner en armes des groupes locaux, à commencer par ceux des Kurdes, et à les appuyer par une campagne aérienne.

Il y a près de vingt-cinq ans, en Afghanistan, les Américains avaient soutenu leurs alliés locaux, qui avaient chassé les talibans et pris Kaboul. Cependant, si les Etats-Unis voulaient employer la même approche en Iran, plusieurs puissances régionales ne verraient pas d’un très bon œil une issue qui aboutirait à un net renforcement des Kurdes…

Alors que le régime des mollahs s'engage dans un massacre à huis clos de son propre peuple afin d'étouffer la révolution commencée dans le bazar de Téhéran le 28 décembre 2025, tous les observateurs guettent l'annonce d'une campagne de bombardements américains.

Ce qu'impliquerait une intervention de Trump

La réussite spectaculaire de l'enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela le 3 janvier et les déclarations récentes de Donald Trump – le régime iranien sera «frappé très durement, là où ça fait mal» – semblent en effet plaider en ce sens.

Trump pourrait profiter de l'extrême fragilité de la République islamique d'Iran pour lui porter le coup de grâce en frappant les lieux de pouvoir, décapitant ainsi le régime.

Toutefois, cette perspective abondamment relayée dans la presse présente plusieurs écueils évidents: même si une campagne de bombardement pourrait «décapiter» le régime, on voit mal comment des frappes aériennes pourraient permettre au peuple désarmé de tenir tête aux milliers de pasdaran, la milice des Gardiens de la révolution, bras armé du régime, et des bassidji, forces paramilitaires estimées à 600 000 ou 700 000 combattants, qui massacrent aujourd'hui les manifestants pour écraser la révolution.

Quelques indices sur la suite des événements

Seule une campagne de frappes très longue et massive, mobilisant sur la durée plusieurs centaines d'appareils, pourrait vraiment fragiliser ces milices au point de permettre aux civils, désarmés pour la majorité, de renverser un régime qui s'apparente de plus en plus à une dictature militaire.

Or, les déclarations de Trump suggèrent pour l'instant une opération courte et spectaculaire et rien n'indique que les Etats-Unis veuillent s'impliquer dans une campagne de longue durée, comme celles menées contre la Serbie lors de la guerre du Kosovo en 1999 ou contre les armées de Saddam Hussein au Koweït lors de la phase initiale de l'opération Tempête du désert en 1991.

Un autre indice semble aller en ce sens: pour l'heure, la Maison-Blanche n'a déployé aucun porte-avions au large du Golfe persique, ce qui réduit la masse d'appareils disponibles et semble confirmer l'hypothèse d'une offensive aérienne éclair sur le modèle de la guerre des douze jours de l'été dernier.

Dans ce contexte, on pourrait se demander si le type d'opération apparemment choisi par la Maison-Blanche est réellement de nature à renverser le régime. Quelles sont les autres options dont dispose Washington pour parvenir à cette fin?

Armer les minorités en lutte contre le régime

Les rares vidéos qui nous parviennent de la répression menée par les pasdaran et leurs auxiliaires bassidji montrent à quel point le peuple iranien manque d'armes pour se défendre et pour renverser le régime aux abois.

Equiper matériellement la résistance iranienne semble donc davantage répondre aux demandes immédiates des manifestants qu'une campagne de bombardements qui détruirait certes les centres du pouvoir, mais pas l'appareil sécuritaire et répressif qui maille tout le territoire iranien.

Dans cette optique, les Américains pourraient décider d'équiper des groupes armés déjà existants et opérationnels en Iran parmi les minorités iraniennes: les Baloutches, les Azéris et les Kurdes sont en lutte pour l'autonomie contre Téhéran depuis des décennies et disposent de milices comme le PJAK kurde ou Jaish al-Adl baloutche qui, si elles étaient correctement équipées, pourraient tenir tête aux pasdaran.

Les Kurdes seraient, dans l'optique américaine, la minorité la plus intéressante, puisque les Kurdes iraniens pourraient s'appuyer sur les bases arrière que leur fournit le Kurdistan irakien et ce, d'autant plus facilement que les Américains sont très présents dans cette région frontalière.

La base américaine d'Erbil pourrait servir de hub logistique pour équiper la résistance kurde iranienne depuis les provinces kurdes de l'Irak.

Emplacement de la ville d’Erbil, dans le nord de l’Irak, au Kurdistan irakien.
Emplacement de la ville d’Erbil, dans le nord de l’Irak, au Kurdistan irakien.carte: watson

Washington a récemment renforcé cette base pour lutter contre l'Etat islamique et y a déployé des unités d'élite, particulièrement la Delta Force et la 101e division aéroportée. Cette dernière unité possède une importante flotte d'hélicoptères CH-47 Chinook et UH-60 Blackhawk qui pourraient acheminer les armes depuis le carrefour d'Erbil jusqu'au Kurdistan iranien.

Sachant que les Kurdes ont joué un rôle très actif dans tous les mouvements de révolte contre le pouvoir des mollahs et notamment dans le mouvement «Femme, Vie, Liberté» en 2022, et que les Kurdes irakiens ont, ces derniers jours, largement fait part de leur soutien à leurs compatriotes iraniens, ce pari d'armer la minorité kurde pourrait s'avérer gagnant pour Washington.

Une guerre sur le modèle afghan?

Dès lors, les Américains pourraient mener une guerre par proxy sur le sol de la République islamique, sans envoyer d'importants contingents au sol, conformément aux promesses électorales faites par Trump à sa base MAGA.

Les Etats-Unis pourraient effectuer une campagne de bombardements en soutien à leurs alliés locaux comme ils l'avaient fait contre le régime des talibans en Afghanistan après les attentats du 11 Septembre. Pendant les mois d'octobre et de novembre 2001, les Américains avaient soutenu la minorité tadjique, organisée autour de la milice rebelle l'Alliance du Nord, formée en 1992 par le commandant Massoud, par une campagne de bombardements ciblés et par l'envoi de forces spéciales capables de coordonner les bombardements et les rebelles sur le terrain.

Il semble probable que les succès américains obtenus lors de cette première phase de la guerre d'Afghanistan constituent un modèle pour Trump: rappelons que Kaboul a été prise le 13 novembre 2001 par l'Alliance du Nord sans que les Américains ne déploient des contingents massifs au sol.

C'est bien l'occupation de l'Afghanistan dans un deuxième temps qui mobilisera beaucoup de troupes américaines, entraînera d'importantes pertes parmi ces militaires et se soldera par un échec cuisant. Fort de ce double enseignement, Trump pourrait soutenir les rebelles via des bombardements et l'envoi de forces spéciales, sans chercher à occuper l'Iran.

Une politique risquée… mais inévitable?

Il reste que la mise en œuvre d'une telle stratégie expose à plusieurs risques de déstabilisation régionale, ce qui pourrait dissuader Washington d'armer massivement les minorités iraniennes.

Trump pourrait se montrer réceptif aux craintes des puissances régionales, comme la Turquie ou la Syrie, qui ne veulent surtout pas voir une contagion sécessionniste se diffuser au Moyen-Orient. Il est probable qu'Ankara ou Damas puissent considérer le développement d'une guérilla kurde iranienne comme un danger nourrissant les velléités de leurs propres communautés kurdes.

De plus, les régimes autoritaires du Golfe comme l'Arabie saoudite ou le Qatar pourraient percevoir le succès de la révolution iranienne comme une menace pour le maintien de leurs propres systèmes, sachant notamment que l'Arabie est confrontée au mécontentement de la minorité chiite à l'est du pays, spécialement depuis le Printemps arabe et la révolte de Qatif en 2011.

Ces facteurs expliquent sans doute les hésitations de Trump ces jours derniers et le temps que prend Washington pour lancer ses frappes contre l'Iran. Cela dit, l'ampleur de la répression perpétrée par le régime de Téhéran est telle qu'un point de non-retour a sans doute été franchi et que la perspective d'une guerre civile entre les milices du régime et les franges les plus déterminées et les mieux équipés des révolutionnaires iraniens soit devenue presque inévitable.

Fort de ce constat, Washington pourrait accepter les risques qu'implique l'envoi d'armes en Iran et consentir à une opération armée plus longue que prévu, mais dont la perspective de gain reste énorme pour le président américain, lequel pourrait ainsi se prévaloir d'avoir apporté un appui décisif à une révolte populaire contre un ennemi déterminé des Etats-Unis et, aussi, de leur allié le plus proche dans la région, à savoir Israël.

Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original.

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source: epa / sedat suna
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