La droite change d'avis sur le F-35, et ça étonne
Un changement de cap se dessine dans le débat autour des avions de combat F-35. Des politiciens de droite spécialisés en sécurité remettent de plus en plus en question le jet, jusqu'ici largement considéré comme un incontournable militaire, rapporte le Tages-Anzeiger. En cause: la hausse des coûts, les problèmes de financement de l'armée et la situation sécuritaire globale tendue.
Le conseiller national UDC Markus Schnyder reconnaît qu'il existe des points d'interrogation concernant l'acquisition des F-35. Il déclare:
La conseillère nationale PLR Maja Riniker réclame elle aussi de nouvelles solutions face à la situation géopolitique, «sinon notre espace aérien sera bientôt sans protection». Les avions de combat actuels seront mis hors service d'ici le début des années 2030.
Tiger et F/A-18 devront rester en service
Schnyder a obtenu, au sein de la Commission de politique sécuritaire, que le maintien en service des F-5 Tiger soit réexaminé. La prolongation des F/A-18 doit également faire l'objet d'une nouvelle évaluation, en guise de concession au PS.
Le Parlement avait pourtant décidé l'an dernier seulement de mettre fin aux Tiger. Actuellement, 14 appareils sont encore en service, notamment au sein de la Patrouille Suisse. Schnyder met en garde contre l'idée de renoncer aux Tiger avant l'arrivée des F-35:
Ils pourraient continuer à être utilisés pour la police aérienne ou comme simulations de cibles d'entraînement, soulageant ainsi les autres jets. La conseillère nationale PLR Maja Riniker partage cette appréciation, selon le Tages-Anzeiger.
Des doutes sur la stratégie de flotte unique
Schnyder remet également en question la stratégie de flotte unique avec les F-35, jusqu'ici incontestée dans les rangs de droite. Il plaide pour l'utilisation de plusieurs types de jets afin de réduire les coûts et d'accroître la capacité opérationnelle de l'armée suisse. Une stratégie multi-flottes offrirait davantage de flexibilité en cas de crise, estime cet ancien officier de l'armée de l'air.
Le Centre et le PLR apportent également leur soutien. Le conseiller national du Centre Reto Nause juge possible une combinaison avec des jets européens, mais souhaite maintenir les F-35. La conseillère nationale PLR Maja Riniker n'exclut pas non plus une stratégie multi-flottes et souligne la priorité d'une coopération sécuritaire européenne.
Le DDPS rejette la prolongation des Tiger
Le Département fédéral de la défense exclut tout maintien en service des F-5 Tiger. Ceux-ci ne seraient ni financièrement ni sécuritairement judicieux. Les jets doivent toujours être mis hors service au plus tard fin 2027. Le Conseil fédéral invoque des investissements d'environ 500 millions de francs et des coûts d'exploitation élevés.
Si le conseiller fédéral Martin Pfister juge des types d'avions supplémentaires envisageables en principe, il met toutefois en garde contre des surcoûts.
Le PS se sent conforté par les signaux bourgeois
Le PS se dit surpris par les nouveaux signaux provenant de droite, qui envisage désormais une stratégie multi-flottes (soit une revendication que le parti défend depuis des années). La conseillère nationale Andrea Zryd évoque «l'espoir que quelque chose de plus grand puisse en découler».
Le PS milite depuis un certain temps déjà pour un maintien en service prolongé des F/A-18. Zryd considère un maintien des F-5 Tiger comme un «compromis» qui permettrait de gagner du temps pour planifier une défense aérienne moderne. Elle souligne l'importance de partenariats européens étroits et d'une défense fiable contre les drones, et laisse entendre que la Suisse pourrait à l'avenir avoir besoin de moins d'avions de combat. (hkl)
