International
manifestation

Reza Pahlavi, fils du Chah d'Iran, ne parvient pas à rassembler

Reza Pahlavi, the son of Iran's toppled Shah Mohammad Reza Pahlavi, speaks during a press conference, Monday, June 23, 2025 in Paris. (AP Photo/Thomas Padilla)
Reza Pahlavi
Reza Pahlavi, le fils du chah, appelle depuis son exil aux Etats-Unis à manifester en Iran.Image: keystone

Il se présente comme le sauveur de l'Iran, mais son nom divise

Alors que les défenseurs des droits humains craignent un «massacre» de manifestants en Iran, Reza Pahlavi, le fils du Chah en exil, se présente comme le chef de l'opposition. Mais son nom ne fait pas l'unanimité.
12.01.2026, 11:5212.01.2026, 11:57
Thomas Seibert, Istanbul / ch media

«Je vais rentrer au pays», promettait Reza Pahlavi en 1986. Depuis les Etats-Unis, où il s'était exilé, Reza Pahlavi, le fils du dernier chah d’Iran donnait de l’espoir aux Iraniens, convaincus de pouvoir bientôt se débarrasser du pouvoir des chiites. A l’époque, la tentative n’avait rien donné.

Aujourd’hui, alors qu'une nouvelle vague de contestation secoue le pays, le prince héritier désormais âgé de 65 ans refait surface et se pose en chef de l’opposition iranienne. Là encore, il assure qu’il reviendra bientôt en Iran. Mais dans son pays, il divise profondément. Certains Iraniens le voient comme un sauveur, d’autres comme une marionnette des Etats-Unis et d’Israël.

👉 Notre direct sur la situation en Iran 👈

Une inquiétante escalade de la violence

Après le déclenchement des nouvelles manifestations, il y a deux semaines, le régime iranien a d’abord affiché une certaine compréhension face aux plaintes des manifestants concernant la hausse des prix et la baisse globale du niveau de vie.

Mais les rassemblements, réclamant également la chute du régime, n'ont pas été apaisés pour autant. Les autorités menacent désormais les protestataires de la peine de mort.

In this frame grab from footage circulating on social media shows protesters dancing and cheering around a bonfire as they take to the streets despite an intensifying crackdown as the Islamic Republic ...
Capture d'une vidéo filmée sur un téléphone portable, lors d’une manifestation à Téhéran, samedi.Image: keystone

Malgré cela, les Iraniens sont de nouveau descendus dans la rue dans la nuit de samedi à dimanche, comme ils le font chaque jour depuis deux semaines. Des défenseurs des droits humains en exil font état de 116 personnes tuées, dont 37 membres des forces de sécurité ou autres responsables, lors d’affrontements.

L'ONG Iran Human Rights (IHR) faisait quand à elle état vendredi dernier d'au moins 51 manifestants tués et de centaines de blessés.

Le bilan réel pourrait être bien plus lourd. Citant des médecins, la BBC a rapporté que rien que vendredi, 70 corps auraient été amenés dans une clinique de Rasht, dans le nord de l’Iran. Il est impossible de confirmer ces informations, car, depuis jeudi, l’accès à internet et de nombreuses liaisons téléphoniques sont coupés dans le pays. Le Centre américain pour les droits humains en Iran a mis en garde contre un «massacre» imminent.

Les manifestants gagnent du terrain

Sur X, Reza Pahlavi affirme avoir connaissance de «nombreuses» désertions au sein de la police. Dimanche soir, il a appelé à de nouvelles manifestations. Des experts occidentaux estiment eux aussi que, par endroits, les forces de sécurité iraniennes sont mises en difficulté par les protestataires. Dans certaines villes, les troupes auraient dû se retirer faute de renforts, selon l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW).

Protesters participate in a demonstration in Berlin, Germany, in support of the nationwide mass protests in Iran against the government, Saturday, Jan. 10, 2026. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Germany Ira ...
Ici, l'image d'une manifestation anti-mollahs et pro-Pahlavi à Berlin.Image: keystone

Vendredi, le chef du régime, Ali Khamenei, a assuré que l’Etat ne reculerait pas. Une déclaration qui laisse penser qu’il entend surtout s’appuyer sur l’unité d’élite du pouvoir, la Garde révolutionnaire.

Par le passé, celle-ci avait déjà écrasé plusieurs soulèvements. Le président américain Donald Trump, de son côté, a invité l'Iran a négocier, tout en menaçant d’une intervention militaire contre le régime. Selon le New York Times, le président américain a demandé à ses généraux de lui soumettre différentes options. Reza Pahlavi a, pour sa part, salué la volonté de Trump de venir en aide aux manifestants.

Activists from the Association of Anglo-Iranian Women in the UK show solidarity with the protests in Iran during a rally outside 10 Downing Street, in London, Sunday Jan. 11, 2026. (Stefan Rousseau/PA ...
«Pas de Chah ni de mollahs», scandent des manifestants à Londres.Image: keystone

Des décennies d'exil

Le prince héritier avait quitté l’Iran en 1978 pour se former comme pilote de chasse aux Etats-Unis. Un an plus tard, son père, Mohammad Reza Pahlavi, était contraint d’abandonner son trône et de partir en exil, où il était mort une année plus tard.

Après près de cinquante ans passés loin de son pays, Reza Pahlavi estime aujourd’hui que l’heure du retour a sonné. Lors des nouvelles manifestations, on a entendu à plusieurs reprises des appels à la restauration de la monarchie. Très actif sur les réseaux sociaux, Pahlavi encourage les protestataires. Selon lui, les Iraniens ne devraient plus se contenter de simples rassemblements, mais de «conquérir et tenir» des centres-villes entiers, a-t-il lancé ce week-end.

Reste à savoir de quel soutien il bénéficie réellement en Iran. Son père régnait avec l’appui des Etats-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël, et son régime s’est rendu coupable, en près de quarante ans de pouvoir, de nombreux actes de tortures et d'exécutions.

La révolution de 1979 contre le chah n’a d’ailleurs pas été portée uniquement par les chiites, qui se sont ensuite emparés du pouvoir, mais par de larges pans de la société iranienne. Autre point faible pour Reza Pahlavi: son long exil l’a tenu à distance de l’Iran d’aujourd’hui. Les Iraniens nés après la révolution de 1979 constituent désormais la majorité de la population.

In this frame grab from video obtained by the AP outside Iran, a masked demonstrator holds a picture of Iran's Crown Prince Reza Pahlavi during a protest in Tehran, Iran, Friday, January. 9, 2026 ...
Un manifestant à Téhéran brandit un portrait de Reza Pahlavi.Image: keystone

L'immense désespoir des Iraniens

«La société civile iranienne est très hétérogène», explique l’activiste germano-iranienne Daniela Sepehri. «Certains souhaitent un retour à la monarchie, d’autres rejettent Reza Pahlavi, en particulier les minorités ethniques», confie-t-elle. Selon elle:

«Chez beaucoup, le désespoir est tel que peu importe qui viendra après, pourvu que les mollahs disparaissent»

Selon elle, la chute du régime devrait être suivie d’élections libres afin que les Iraniens puissent décider eux-mêmes de leur avenir.

Reza Pahlavi affirme pour sa part ne pas vouloir restaurer une monarchie absolue, mais instaurer un système démocratique. Il y a trois ans, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, il assurait qu’un nouvel Iran coopérerait avec Israël et les Etats arabes.

Ses détracteurs le soupçonnent toutefois d’être l’instrument des Américains et des Israéliens. Sa visite en Israël, il y a trois ans, a renforcé ces soupçons. Selon le quotidien israélien Haaretz, Israël aurait soutenu le prince héritier l’an dernier via une campagne sur les réseaux sociaux.

Malgré cela, Reza Pahlavi n’est toujours pas parvenu à rassembler l’opposition. Les doutes à son égard sont si profonds que même Donald Trump, pourtant peu réputé pour sa finesse diplomatique, refuse jusqu’ici de le rencontrer.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

Des manifestations, en Iran et ailleurs
1 / 11
Des manifestations, en Iran et ailleurs
Des Iraniennes tiennent des photos de Mahsa Amini, les mains peintes en rouge, lors d'une manifestation devant le consulat d'Iran suite à la mort de Mahsa Amini, à Istanbul, en Turquie, le 17 octobre 2022.
source: epa / sedat suna
partager sur Facebookpartager sur X
- Iran: une vidéo d'une personne seule face aux motards de la police devient virale
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Depardieu et le «roi des paparazzi» font la paix
Gérard Depardieu et le paparazzi italien Rino Barillari ont trouvé un accord à Rome, mettant fin à un procès pour agression après des excuses publiques.
L'acteur français Gérard Depardieu, accusé d'agression physique contre le «roi des paparazzi» italiens, a fait la paix avec ce dernier lundi à Rome. Cela met un terme à un procès qui avait débuté en juin 2025.
L’article