Voici pourquoi Israël ne peut pas s’arrêter à la trêve
Avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, les parties au conflit intensifient souvent leurs attaques à la dernière minute. L’objectif: peser davantage dans les négociations. Le régime de Téhéran peut ainsi continuer de tirer des roquettes sur Israël et les pays du Golfe, malgré son infériorité militaire.
Dans la nuit de mardi à mercredi, peu avant l’expiration de l’ultimatum fixé par le président américain Donald Trump, les sirènes ont retenti à plusieurs reprises en Israël. A 3h38, heure locale, les téléphones dans les abris à Tel-Aviv ont affiché une dernière levée d’alerte, en même temps que l’annonce du cessez-le-feu.
Deux gagants?
De son côté, le président américain parle d’une «victoire totale et absolue». Mais de nombreux éléments suggèrent l’inverse. Malgré une supériorité militaire écrasante et des milliers de morts, l’armée américaine n’a pas atteint ses objectifs de guerre. Les menaces de plus en plus radicales de Donald Trump se sont accompagnées d’un ultimatum repoussé à quatre reprises.
Téhéran revendique lui aussi la trêve comme une victoire. Au sein du régime iranien, des forces encore plus radicales ont remplacé les dirigeants tués. En bloquant le détroit d’Ormuz, elles ont démontré leur capacité à faire pression sur l’économie mondiale. La capacité de dissuasion américaine en sort affaiblie.
Comment Israël voit les choses?
Comment cette pause de deux semaines est-elle perçue en Israël? Contrairement aux Etats-Unis, plus de 90% des Israéliens juifs soutenaient la guerre contre l’Iran au début du conflit. Ce chiffre est récemment tombé à 78%. Car les quatre principaux objectifs d’Israël restent largement hors d’atteinte.
- L’avenir du programme nucléaire reste incertain. Selon Donald Trump, l’uranium enrichi iranien aurait été enseveli sous les frappes aériennes. Mais il ne serait pas surprenant que le premier ministre Benjamin Netanyahou revienne rapidement à son avertissement, répété depuis des décennies, sur une bombe atomique iranienne.
- L’arsenal de missiles et de drones a été sévèrement touché, mais pas détruit. La nouvelle direction iranienne cherchera probablement à le reconstruire.
- L’objectif israélien d’un changement de régime n’a pas été atteint. Au contraire, les éléments les plus durs des Gardiens de la révolution ont gagné en influence.
- Donald Trump comme le plan iranien en dix points prévoient des discussions sur une levée des sanctions internationales. Du point de vue israélien, c’est un revers.
Un point positif
Certains analystes et responsables politiques israéliens dressent néanmoins un bilan positif. Cela tient aussi au fait que les dirigeants israéliens cherchent de moins en moins des solutions politiques. Une solution militaire temporaire est déjà considérée comme un succès.
Les médias israéliens utilisent pour décrire cette doctrine, notamment dans les territoires palestiniens occupés, une expression macabre: «tondre la pelouse». Plutôt que de privilégier la diplomatie, les menaces sont éliminées régulièrement par la force. Un analyste du site Ynetnews estime ainsi que les objectifs militaires sont atteints, puisque la menace iranienne aurait été «peut-être neutralisée pour des années».
Benjamin Netanyahou peut sans doute présenter cela comme un succès en Israël. Pourtant, selon des médias américains, il n’a même pas été impliqué dans les négociations. Aux Etats-Unis, la pression s’était accrue sur Donald Trump pour trouver une issue au conflit. Le gouvernement israélien cherche précisément à éviter cela. Une partie de l’opposition partage cette ligne: Avigdor Lieberman, du parti nationaliste laïque «Israel Beiteinu», a déclaré que la trêve permettait simplement au régime iranien de «reprendre son souffle». Israël devra, selon lui, frapper à nouveau.
Il n’a donc pas fallu longtemps, mercredi, pour qu’Israël précise que le cessez-le-feu — contrairement à ce qu’affirmait le Pakistan — ne concernait pas le Liban, bien que la milice chiite ait annoncé suspendre ses attaques. Peu après, l’armée israélienne a annoncé la plus importante vague de frappes depuis le début de la guerre, visant plus de 100 cibles dans le pays voisin. Le conflit contre le Hezbollah, de plus en plus isolé sur le plan intérieur et étroitement lié à l’Iran, pourrait ainsi compromettre toute fin durable du conflit avec Téhéran. (adapt. jah)
