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Carlson blâme Trump d'être soumis aux néoconservateurs et Israël

Bild zeigt Tucker Carlson vor Donald Trump in Gittern und Flaggen bei einer MAGA-Rally
Image: watson/getty/keystone/imago

«Trump est davantage un otage qu’un souverain»

Comment Tucker Carlson est passé du statut de groupie de Trump à celui de son critique le plus virulent.
06.05.2026, 20:5706.05.2026, 20:57
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe

Obtenir un entretien de deux heures dans le New York Times n’est pas donné à n’importe qui. Tucker Carlson a récemment eu droit à cet honneur. L’ancien présentateur vedette de Fox News y a longuement parlé de la guerre contre l’Iran, d’Israël, de l’antisémitisme, mais aussi des raisons pour lesquelles il a, une fois de plus, rompu avec Donald Trump.

Carlson est sans aucun doute un personnage haut en couleur. Sur ce point, tout le monde s’accorde. Les avis divergent en revanche lorsqu’il s’agit de savoir s’il sera un jour le prochain président américain ou simplement un opportuniste sans scrupules promis à l’oubli.

Une chose est sûre: il ne se dispute plus seulement avec Trump, mais aussi avec ses anciens collègues de Fox News. Il traite notamment Sean Hannity et Mark Levin de néoconservateurs. Levin lui répond en le qualifiant désormais de «gauchiste marxiste-islamiste». Quant au président, il s’est contenté de dire que Carlson était une «personne au faible QI».

Mark Levin listens as President Donald Trump speaks during a Hanukkah reception in the East Room of the White House, Tuesday, Dec. 16, 2025, in Washington. (AP Photo/Alex Brandon)
Donald Trump
Mark Levin soutient Trump.Image: keystone

Au cœur de cette violente querelle se trouve la guerre contre l’Iran. Pour Carlson, Trump a commis là une erreur historique qui a causé un immense tort aux Etats-Unis. Selon lui, le président n’a pas agi de sa propre initiative: il serait devenu «un esclave des néoconservateurs». Carlson affirme, dans son entretien au New York Times, que Trump a subi des pressions extérieures, à travers «des appels constants de donateurs et de personnes influentes».

Il cite nommément Sean Hannity, Mark Levin, mais aussi son ancien patron Rupert Murdoch ainsi que Miriam Adelson, la veuve d’un magnat des casinos qui a soutenu Trump à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars pendant la campagne électorale et qui est considérée comme une importante lobbyiste pro-israélienne.

Carlson est convaincu que le président ne voulait en réalité pas de cette guerre contre l’Iran. «J’ai la forte impression que, dans cette affaire, Trump est davantage un otage qu’un décideur souverain», affirme-t-il. Les véritables responsables seraient Benjamin Netanyahou et ses alliés américains. «Nous le savons parce que Trump n’a pas seulement commencé cette guerre le 28 février, mais parce qu’il n’a désormais plus aucune porte de sortie», explique Carlson.

Nick Fuentes
Nick Fuentes, la pomme de la discorde. Image: tiktok

Il n’est guère surprenant que de telles déclarations lui aient valu des accusations d’antisémitisme. D’autant qu’il a accordé, il y a peu, une interview particulièrement complaisante à Nick Fuentes, admirateur revendiqué d’Hitler et figure raciste de l’extrême droite américaine. Les accusations se sont encore renforcées lorsque Carlson a relayé dans son podcast une théorie du complot selon laquelle l’attaque israélienne contre l’Iran ferait partie d’un plan visant à détruire la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, pour reconstruire l’ancien temple juif.

«Tout cela est absurde», rétorque Carlson, qui assure n’être «ni antisémite ni raciste». Selon lui, l’entretien avec Fuentes prend une importance disproportionnée. Comparé à Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, ou au sénateur pro-israélien Ted Cruz, Fuentes ne serait qu’«un enfant de chœur inoffensif». Il s'explique:

«Ted Cruz est un sénateur en exercice qui a plaidé pour que des gens soient tués alors qu’ils n’avaient rien fait. Nick Fuentes est encore un gamin. En dehors de ses paroles, il n’a aucun pouvoir.»

Carlson reproche aussi à Israël d’exploiter les évangéliques à travers le thème du retour de Jésus-Christ. «Beaucoup de chrétiens évangéliques sont convaincus que Dieu veut qu’ils soutiennent Netanyahou», continue-t-il. «Je ne comprends pas cela.»

U.S. Rep. Marjorie Taylor Greene, left, Tucker Carlson, center, and former President Donald Trump, right, react during the final round of the Bedminster Invitational LIV Golf tournament in Bedminster, ...
Pendant un temps, Carlson et Trump étaient très proches.Image: keystone

La relation entre Carlson et Trump a toujours été compliquée. En 1999, alors qu’il écrivait encore pour des magazines, Carlson décrivait Trump comme «la personne la plus répugnante de cette planète». Lorsque Trump s’est présenté à l’élection présidentielle de 2016, Carlson et ses collègues de Fox News étaient persuadés qu’il était un idiot complet sans aucune chance de gagner. Après sa défaite face à Joe Biden, Carlson s’était même réjoui de penser être enfin débarrassé de lui.

Pendant la campagne présidentielle de 2024, Carlson est pourtant revenu aux côtés de Trump. Il peut même revendiquer avoir contribué de manière décisive à sa victoire. Avec Charlie Kirk, assassiné depuis, c’est aussi lui qui aurait convaincu Trump de choisir J. D. Vance comme colistier. Durant les premiers mois du second mandat de Trump, Carlson était un visiteur régulier du Bureau ovale.

Aujourd’hui, il affiche des regrets profonds. Dans son podcast, il a reconnu regretter amèrement d’avoir poussé des gens à voter pour Trump. Il est même allé jusqu’à suggérer qu’il voyait peut-être en Trump l’incarnation de l’Antéchrist. «C’était une réaction émotionnelle», a-t-il ensuite précisé. «Le fait que Donald Trump ait menacé de tuer des civils le jour de la résurrection de Jésus-Christ est un crime, un crime moral.»

Cela signifie-t-il que la rupture avec le président est définitive? Evidemment non. Carlson ne serait pas Carlson s’il ne se ménageait pas une porte de sortie. Dans un entretien accordé au Wall Street Journal, il affirme ainsi: «Je ne déteste pas Trump. Je me sens simplement trahi.»

Carlson fait aussi partie de ceux qui estiment être incompris. Selon lui, l’insistance autour de son entretien avec Nick Fuentes ne sert qu’à détourner l’attention. Le véritable sujet serait l’état de l’économie, qu’il juge mauvais pour la grande majorité des Américains. «Comment l’argent est-il distribué? D’où vient-il?», demande-t-il dans son entretien au New York Times, avant d’apporter une réponse surprenante:

«Le seul mouvement de gauche pour lequel j’ai jamais éprouvé de la sympathie est celui né après la crise financière, Occupy Wall Street. Je ne comprenais pas exactement ce qu’ils voulaient, mais je me disais: oui, nous devons être en colère contre les banques, parce que ce sont elles qui ont provoqué tout cela sans jamais être punies.»

Le Hamas ou le Hezbollah sont peut-être des enjeux centraux pour les Israéliens, mais pas pour les Etasuniens, estime Carlson. «La politique économique et la politique étrangère sont les deux sujets décisifs pour n’importe quel gouvernement», affirme-t-il. «Sur ces deux questions, les deux partis à Washington sont d’accord. Mais l’opinion publique n’en veut pas. Les gens rejettent le consensus actuel en matière de politique économique et de politique étrangère.» (trad. hun)

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source: corbis news / view press
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