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Samuel Samson mène la guerre culturelle de Trump en Europe

Voici le visage de la stratégie de Trump en Europe

L’administration Trump accuse plusieurs Etats de l’Union européenne de restreindre la liberté d’expression et cherche de nouveaux alliés. Une enquête révèle désormais un acteur central de cette stratégie.
02.05.2026, 18:5202.05.2026, 18:52
Nilofar Breuer / t-online
Un article de
t-online

Il s’est rendu à plusieurs reprises en Europe, avec une mission claire: Samuel Samson, Américain et conseiller principal au Bureau de la démocratie, des droits humains et du travail du département d’Etat, entend manifestement refonder en profondeur les relations transatlantiques établies après la guerre.

Officiellement, un plan stratégique du ministère pour les années 2026 à 2030 évoque la nécessité de «reconstruire» les alliances avec les Etats européens. Mais il ne s’agit visiblement pas de tous les pays, seulement de ceux qui partagent les positions du gouvernement américain.

Qui est Samuel Samson, le guerrier «civilisationnel» de Trump

A 27 ans à peine, Samuel Samson pilote la transformation des relations transatlantiques sous la présidence de Donald Trump. Poste qu'il n’occupe au département d’Etat que depuis début 2025. Peu après, en mai de la même année, il publie sur un canal officiel un texte intitulé La nécessité d’alliés civilisationnels en Europe, qui expose clairement sa vision.

Samuel Samson au Département d'Etat
Samuel Samson occupe une place très stratégique dans le gouvernement de Trump.Image: wikimedia

Il y affirme notamment que l’Europe est devenue «un foyer de censure numérique, de migration de masse, de restrictions de la liberté religieuse». Il poursuit en estimant que «la répression de la liberté d’expression, la promotion de la migration de masse, la lutte ciblée contre les expressions religieuses et l’érosion de la liberté électorale» menacent les fondements du partenariat transatlantique.

Pour se trouver de nouveaux alliés en Europe, il a rencontré au cours de l’année écoulée plusieurs responsables politiques et diplomates. Le quotidien américain The New York Times s’est entretenu avec de nombreux insiders, qui ont accepté de témoigner anonymement sur ces rencontres.

Samson défend l'extrême droite française

Dès mars 2025, Samson se serait rendu à Londres pour rencontrer Nigel Farage, figure majeure du populisme de droite au Royaume-Uni. Selon le journal, ils ont notamment échangé sur la question de la censure.

En mai, il rencontre à Paris des représentants de haut rang du Rassemblement National. Selon des sources internes, la discussion porte sur les moyens pour l’administration Trump de soutenir publiquement Marine Le Pen.

Toujours selon le journal, il tente également de convaincre une commission indépendante conseillant le gouvernement français en matière de droits humains que Marine Le Pen est innocente. En avril 2025, un tribunal l’a condamnée pour détournement de fonds européens; une procédure d’appel est en cours depuis janvier.

Samson aurait clairement présenté Le Pen comme une victime plutôt qu'une coupable, se souvient la Française Magali Lafourcade, présidente de la Commission des droits de l'homme, dans les colonnes du journal. Elle indique avoir signalé la visite au gouvernement en raison d’un possible risque d’ingérence étrangère. «Pour moi, cela ressemblait davantage à une tentative de désinformation», affirme-t-elle.

Le même jour, Samuel Samson se rend dans les bureaux de Reporters sans frontières à Paris. Son directeur, Thibaut Bruttin, explique que l'Américain a exprimé son opposition au Digital Services Act, qui oblige notamment les réseaux sociaux à lutter plus fermement contre les contenus illégaux, la haine et la désinformation.

Samson espérait peut-être trouver un soutien auprès de l’organisation. Son cofondateur, Robert Ménard, est en effet une figure de l'extrême droite en France. Maire de Béziers, il a quitté l'ONG en 2008.

Samson a reçu des députés de l’AfD à Washington

En septembre 2025, Samuel Samson reçoit à Washington des élus de l’Alternative für Deutschland (droite radicale allemande). Selon le journal, il rencontre avec d’autres responsables américains Beatrix von Storch et Joachim Paul dans un bureau proche de la Maison-Blanche. Les élus évoquent leur crainte d’une interdiction de leur parti et discutent de la régulation des réseaux sociaux et de la politique migratoire européenne. «J’ai eu l’impression – notamment en raison de la durée de l’entretien – qu’ils étaient très intéressés par ce que nous avions à dire», affirme Joachim Paul. «Ils ont pris beaucoup de notes.»

Le texte publié par Samson, en mai, révélait déjà sa proximité idéologique avec l’AfD. «En Allemagne, le gouvernement a mis en place, sous couvert de lutte contre la désinformation et les insultes, des systèmes sophistiqués de surveillance et de censure des opinions en ligne», écrivait-il. Il reprenait ainsi une rhétorique proche de celle de l’AfD, tous deux critiquant le cadre légal issu du Digital Services Act. Samson affirmait également que l’AfD était marginalisée en Allemagne comme Trump et ses partisans l’avaient été aux Etats-Unis.

Lors de son dernier grand déplacement en Europe, en décembre, il se rend en Autriche, en République tchèque, en Hongrie et en Slovaquie. Dans un discours à l’Institut hongrois des affaires internationales, il reprend son discours sur la censure en Europe, affirmant qu’il ne s’agit pas d’un continent de libre expression. Des propos rappelant ceux du vice-président JD Vance lors de la Conférence de Munich sur la sécurité.

Samson veut défendre des «droits naturels» plutôt que les droits humains

Dans ce contexte, Samson évoque la création d’une nouvelle division dédiée aux «droits naturels». Selon le journal, il contestait déjà la présence des «droits humains» dans l’intitulé de son bureau. Ceux-ci seraient, selon lui, une idéologie politique créée par l’homme, tandis que les «droits naturels» seraient d’origine divine. Il affirme vouloir empêcher «que des idéologies politiques déforment ce qui constitue un droit naturel», selon un document interne.

D’après d’anciens employés du département d’Etat, il souhaitait renommer entièrement le bureau en «Bureau des droits naturels». Le nom étant fixé par le Congrès, seule une division interne a finalement été créée. En Hongrie, il explique que cette unité mènera «des actions ciblées contre les autoritarismes traditionnels comme contre les idéologies modernes qui cherchent à saper ces valeurs fondamentales».

Son discours révèle également un ancrage religieux qui lui vaut la faveur de l’administration Trump. Selon le New Yok Times, Samson, fils d’une mère philippine et d’un père américain, est croyant depuis son adolescence. Heidi Altman, qui dirigeait une école catholique près d’Austin où il était bénévole, affirme qu’il était «très engagé dans la construction du royaume de Dieu».

JD Vance aurait facilité son entrée au département d’Etat

Cet engagement l’aurait conduit à Washington. Samson a travaillé près de trois ans pour le lobby American Moment, notamment comme responsable des partenariats stratégiques. L’actuel vice-président JD Vance soutenait cette organisation conservatrice et national-populiste, qui aide de jeunes profils à accéder à des postes politiques. Après la réélection de Trump, Samson a ainsi été nommé conseiller principal au département d’Etat.

Des employés anonymes du ministère indiquent qu’ils ont dû chercher son nom sur internet, ne le connaissant pas. Son lien avec le vice-président via American Moment apparaît comme la principale explication à sa nomination.

Un autre fonctionnaire se souvient qu’il s’est imposé «avec énergie» dès son arrivée. Il affirmait que les Etats-Unis étaient devenus «woke» et qu’il voulait donner une voix aux chrétiens et aux conservateurs. Selon un autre témoin, il a demandé aux équipes de proposer des moyens de sanctionner l’Union européenne pour ses supposées atteintes à la liberté d’expression.

Sarah Rogers prolonge la guerre culturelle en Europe

Mais il n’est pas le seul à multiplier les contacts en Europe. Ces derniers mois, Sarah Rogers, directrice de la diplomatie publique depuis novembre, s’est également illustrée. Elle a notamment reçu mi-décembre le politicien de l’AfD Markus Frohnmaier, candidat aux élections régionales dans le Bade-Wurtemberg en mars.

Elle critique elle aussi les restrictions de la liberté d’expression en Europe. Le même mois, elle se rend à Londres, où elle dénonce, selon des diplomates britanniques, l’ampleur de la migration au Royaume-Uni.

Qu’il s’agisse de Samson ou de Rogers, la ligne du département d’Etat est claire: les groupes défendant l’égalité des genres, les droits des homosexuels et des réfugiés sont considérés comme hostiles. A l’inverse, les groupes religieux et très conservateurs, partageant les vues de l’administration Trump, sont soutenus. Selon ce principe, toutes les alliances avec les Etats européens devraient être redéfinies d’ici 2030. (trad. hun)

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source: corbis news / view press
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