La peur, la fatigue, la douleur, la mort: le coût de la guerre est bien connu et les soldats ukrainiens donnent énormément pour stopper l'invasion russe. Même lorsque les munitions viennent à manquer et que la Russie menace de franchir ses lignes de défense, l'Ukraine tient bon et contre-attaque efficacement, comme récemment dans la région de Kharkiv. Les pertes russes y ont été si lourdes que le Kremlin a dû retirer certaines de ses unités.
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Mais sans le soutien occidental, l'Ukraine n'aurait pas tenu si longtemps. L'Europe et les Etats-Unis fournissent des munitions et des armes, mais se refusent à envoyer des hommes. Le manque de soldats se fait pourtant cruellement sentir. Selon les experts, une nouvelle vague de recrutement devrait bientôt déferler sur le territoire.
Elle celle-ci ne réjouit pas tout le monde, à l'image de Dmytro. «Je veux quitter le pays. Je ne supporte plus d'être prisonnier ici», a déclaré Dmytro dans un entretien avec le journal britannique Guardian. Depuis un mois, ce photographe de 31 ans originaire de Kharkiv se terre dans son appartement. Il préfère éviter de sortir, de peur de se retrouver enrôlé.
L'Ukraine a récemment adopté des mesures supplémentaires de mobilisation de grande envergure. Elles permettront à l'armée d'enrôler davantage et d'imposer des sanctions plus sévères en cas d'objection de conscience. Cela devrait également provoquer une hausse des tentatives de fuite du pays. A l'image de Dmytro, qui a décidé de quitter l'Ukraine pour échapper à la conscription.
Pour le photographe, plusieurs éléments ont guidé son choix:
Mais aussi:
Depuis le début du conflit, des milliers d'Ukrainiens ont déjà franchi illégalement la frontière pour échapper à une convocation. Et ce en dépit d'une interdiction de sortie du territoire pour les hommes âgés de 18 à 60 ans.
C'est là qu'interviennent les passeurs, qui promettent la fuite pour échapper au front. Dmytro veut lui aussi tenter sa chance. Par l'intermédiaire d'amis qui ont fui avant lui, il contacte en ligne des personnes qui lui garantissent de l'aider à sortir d'Ukraine. Une activité qui rapporte: les tarifs démarrent à 8000 euros. Mais pour le trentenaire, cela vaut clairement la peine.
Selon Dmytro, les passeurs reçoivent beaucoup de demandes. Ils viennent d'augmenter sensiblement leurs prix. La conscription en Ukraine est régulièrement critiquée pour son chaos et les soupçons de corruption qui l'entourent. Certains ont ainsi acheté leur désertion.
Au début, des centaines de milliers d'Ukrainiens se portaient encore volontaires pour servir leur pays afin de protéger son indépendance. Mais après plus de deux ans, nombre d'entre eux sont morts, blessés ou tout simplement épuisés. Les troupes ne peuvent souvent pas faire de rotation et n'ont donc pas droit à des permissions de sortie.
Pour maintenir les rangs au front, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé en avril dernier une loi controversée abaissant l'âge de mobilisation de 27 à 25 ans. Selon le Guardian, en vertu des nouvelles directives, les objecteurs de conscience peuvent être sanctionnés, en perdant par exemple leur permis de conduire. On peut aussi geler leurs comptes bancaires et confisquer leurs biens
(Traduit et adapté par Valentine Zenker)