Voici l'homme de l'ombre qui tire les ficelles en Iran
Selon des sources médiatiques, Mojtaba Khamenei, fils de l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors dans une frappe le 28 février, a été désigné nouveau Guide suprême de l'Iran. Que le fils de Khamenei, âgé de 56 ans, lui succède n'a rien de surprenant. Il était depuis longtemps considéré comme une figure importante dans les coulisses du régime des mollahs et était régulièrement cité comme successeur potentiel d'Ali Khamenei.
Mojtaba Khamenei est jusqu'ici resté très discret. Il est le deuxième fils d'Ali Khamenei et entretiendrait des liens étroits avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique. Tout comme son père, cet homme de 56 ans n'est pas un religieux de haut rang et n'a jamais occupé de fonction officielle au sein du régime.
Mojtaba Khamenei est peut-être désormais le Guide suprême de l'Iran, mais, depuis la mort d'Ali Khamenei, c'est un autre homme qui tire les ficelles du pouvoir: Ali Larijani.
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Dans les coulisses du pouvoir
Six jours avant l'attaque américaine et israélienne contre l'Iran, un plan d'urgence avait filtré depuis Téhéran, envisageant le scénario d'une attaque d'Israël et des Etats-Unis. Khamenei avait alors désigné dans le plus grand secret un successeur. Son choix s'était porté sur son conseiller à la sécurité nationale, Ali Larijani.
Larijani est né en 1958 à Nadjaf, dans une famille religieuse. Il est le fils du grand ayatollah Mirza Hashem Amoli. En parallèle d'une formation dans un séminaire religieux à Qom (nord-ouest), il a obtenu un doctorat en philosophie occidentale avec une spécialisation sur Emmanuel Kant. Il a également décroché des diplômes en informatique et en mathématiques.
Sa famille est considérée comme l'une des plus influentes de la République islamique: l'un de ses frères a longtemps dirigé la Cour suprême et le Conseil de la magistrature, un autre a exercé les fonctions de négociateur en politique étrangère lors des négociations nucléaires.
Une figure connue sur la scène internationale
Larijani compte parmi les figures marquantes du système iranien. Au cours des quatre dernières décennies, il a occupé de nombreux postes clés, notamment au sein des Gardiens de la Révolution, où il a accédé au corps dirigeant. Il a ensuite été ministre de la Culture, directeur de la radiotélévision publique, puis président du Parlement.
Dans les années 1980, il a servi comme soldat durant la guerre Iran-Irak. Son engagement à l'époque au sein des Gardiens de la Révolution lui a valu dans les milieux sécuritaires le titre honorifique de «Sardar», signifiant commandant ou général, et lui assure jusqu'à aujourd'hui un soutien solide au sein de l'élite militaire.
En 2005, Larijani s'est présenté comme candidat conservateur à l'élection présidentielle, n'obtenant qu'environ six pour cent des voix. La même année, il est devenu chef négociateur lors des pourparlers nucléaires avec l'UE. En 2007, il a nié que l'Iran ait cherché à se doter d'armes nucléaires. Sur la scène internationale, il a à plusieurs reprises suscité l'irritation, notamment en 2009 lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, avec des déclarations controversées sur la Shoah.
Parallèlement, Larijani est perçu au sein du système comme un diplomate de crise expérimenté. En tant que président du Parlement, il a à plusieurs reprises servi de médiateur entre des factions politiques rivales et contribué à éviter des escalades internes. Il demeure à ce jour l'une des personnalités les plus stables et les plus influentes de la République islamique.
L'organisateur des massacres
Lors de la répression des protestations de 2025 et 2026, Ali Larijani est considéré comme une figure centrale. Des observateurs voient en lui le cerveau de la répression sanglante, au cours de laquelle des milliers, voire peut-être des dizaines de milliers de personnes auraient été tuées. C'est lui qui aurait donné l'ordre de tirer.
Après les massacres de janvier 2026, le gouvernement américain de Donald Trump a inscrit Larijani sur sa liste de sanctions. Il lui est reproché d'avoir ordonné ou du moins cautionné les opérations violentes à l'encontre des manifestants. Des témoins affirment par ailleurs que, dans les périodes de menace existentielle du régime, il s'est toujours rangé du côté des partisans de la ligne dure.
Encore plus de pouvoirs que le président
Ali Larijani a récemment participé aux négociations avec les Etats-Unis et disposait, du vivant même de l'ayatollah Ali Khamenei, d'un pouvoir opérationnel supérieur à celui du président Masoud Pezeshkian.
En tant que directeur du Conseil national de sécurité depuis 2025, il coordonne la stratégie de défense, nucléaire et régionale du pays, y compris la coopération avec les Pasdaran, les Gardiens de la Révolution. Cette unité d'élite des forces armées est directement subordonnée au chef de l'Etat.
Après les récentes frappes, Larijani a endossé un rôle central de gestionnaire de crise. Dans le système politique, il est perçu comme un organisateur fiable, capable de maintenir la cohésion entre différents centres de pouvoir dans les situations exceptionnelles. Son bagage religieux, technique et militaire facilite la coopération avec les institutions cléricales, les autorités étatiques et les appareils sécuritaires.
Sur la scène publique, Larijani adopte un ton de plus en plus combatif. Sur les réseaux sociaux, notamment sur X, il répond aux attaques en termes cinglants et s'en prend ouvertement à Donald Trump.
L'avenir incertain de l'Iran
Traditionnellement, le Guide suprême détient en Iran le pouvoir ultime: il contrôle l'armée, les services de renseignement, la justice et les principales décisions politiques, de manière largement indépendante du président ou du Parlement. Mojtaba Khamenei reprend désormais ce rôle, même s'il n'a pas encore été officiellement confirmé dans sa succession.
Larijani n'ayant aucun rang religieux, la succession formelle au poste de Guide suprême lui était de toute façon impossible. Il assume à la place, durant cette phase de transition, la responsabilité opérationnelle centrale: il coordonne la politique sécuritaire et militaire, maintient la cohésion entre les différents centres de pouvoir et agit de facto comme un chef d'Etat officieux.
Dans cette phase aiguë de guerre et de transition, le centre de pouvoir du Guide suprême pourrait être restructuré en profondeur. La situation en Iran demeure toutefois opaque, au vu du conflit en cours.
