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L'équipe Trump sème le doute sur le rôle des Etats-Unis en Iran

Speaker of the House Mike Johnson, R-La., talks to reporters after an intelligence briefing on Iran, at the Capitol in Washington, Tuesday, March 3, 2026. (AP Photo/J. Scott Applewhite)
Mike Johnson
Mike Johnson, président de la Chambre des représentants, ne veut pas qualifier le conflit militaire avec l'Iran de «guerre».Image: keystone

«Plus effrayé que jamais»: les hésitations de Trump inquiètent

Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, fidèle à Trump, refuse de parler de «guerre» contre l'Iran. Il a qualifié le conflit d'«opération». Les déclarations du secrétaire d'Etat Marco Rubio soulèvent elles aussi des questions.
04.03.2026, 11:5504.03.2026, 13:33
Nico Conzett
Nico Conzett

Un journaliste de CNN a interpellé Mike Johnson pour lui demander s'il qualifierait de «guerre» les attaques mutuelles entre les forces américano-israéliennes et l'Iran. Le président de la Chambre des représentants a répondu qu'il pensait plutôt à «une opération». Après une courte hésitation, il a ajouté:

«C'est une opération dangereuse et importante. Nous avons dû agir parce qu'il y avait une menace imminente. Mais il n'y a pas de déclaration de guerre.»

L'administration Trump a été vivement critiquée par les démocrates pour son intervention contre l'Iran; certains républicains et d'autres figures de la mouvance MAGA (Make America Great Again) se sont également joints aux critiques.

Des critiques émanant des deux camps

Une partie d'entre eux rejette l'interventionnisme en lui-même, tandis que les démocrates reprochent surtout à Trump d'avoir agi sans consulter le Congrès. Lors des précédentes guerres américaines en Afghanistan ou en Irak, le Congrès avait été informé et s'était prononcé en faveur des opérations militaires.

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Les républicains favorables à la démarche de Trump n'y voient cependant aucune nécessité; ils renvoient notamment à l'intervention de Barack Obama en Libye sous le régime du dictateur Mouammar Kadhafi. Obama avait alors ordonné des frappes aériennes sans l'accord du Congrès. Si celles-ci ont bien empêché des massacres immédiats contre la population civile dans ce pays d'Afrique du Nord, elles ont en revanche engendré à long terme un immense vide de pouvoir et une profonde instabilité.

Obama a certes qualifié par la suite son intervention en Libye de justifiable, mais a reconnu que l'avoir menée sans plan concret pour l'ordre d'après-guerre constituait «la plus grande erreur» de sa présidence.

Des justifications changeantes

L'absence de plan est précisément le reproche que l'on adresse actuellement à l'administration américaine dans son action contre l'Iran. Des membres du gouvernement et Trump lui-même ont modifié à plusieurs reprises leur présentation des objectifs américains ainsi que les justifications avancées pour l'attaque contre au Moyen-Orient.

Mardi, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio et le président de la Chambre Johnson ont justifié l'attaque en invoquant la détermination d'Israël à agir. Les Etats-Unis auraient ainsi été contraints de frapper «préventivement», car Israël l'aurait fait de toute façon. Ce qui aurait automatiquement entraîné des représailles iraniennes contre des bases américaines, a affirmé Rubio.

Le quinquagénaire a depuis nuancé cette version des faits, créant ainsi une nouvelle contradiction. Dans la nuit de mardi à mercredi (heure suisse), il a déclaré que les Etats-Unis avaient attaqué l'Iran pour protéger leurs propres intérêts sécuritaires, et non en raison des agissements d'Israël.

epa12792901 US Secretary of State Marco Rubio speaks to the media about Iran before a classified briefing with lawmakers at the US Capitol in Washington, DC, USA, 03 March 2026. Iran is warning of an  ...
Selon le secrétaire d'Etat Marco Rubio, ses déclarations sur Israël ont été déformées.Image: keystone

Un enchaînement de contradictions

Il ne s'agissait plus de savoir si les Etats-Unis attaqueraient l'Iran, mais uniquement du moment choisi, a-t-il dit à Washington:

«D'une façon ou d'une autre, cela devait arriver»

Interrogé sur ses déclarations contradictoires antérieures, Rubio a affirmé avoir dit la même chose dès lundi, mais que ses propos n'auraient pas été rapportés fidèlement. Rubio a également souligné que la décision de faire la guerre avait été prise par le président Donald Trump seul:

«Sa décision était que l'Iran ne serait pas autorisé à se cacher derrière son programme de missiles balistiques.»

De plus, il était question que l'Iran ne parvienne jamais à acquérir l'arme nucléaire.

Trump lui-même s'était également contredit après l'attaque, évoquant notamment un changement de régime, mais aussi un «scénario à la Venezuela» comme solution «parfaite» à la situation. Là-bas, le gouvernement en place sous l'ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, a accepté de coopérer avec les Etats-Unis après l'enlèvement du dictateur Nicolas Maduro. Trump a toutefois fini par déclarer closes les négociations avec l'Iran et annoncé des frappes encore plus intenses.

Les développements actuels de la guerre

La durée de la guerre reste toujours incertaine. Trump a évoqué mardi «quatre à cinq semaines» d'intervention. Mais après le briefing avec Rubio, plusieurs membres du Congrès se sont montrés sceptiques quant au réalisme de ce délai. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal a par ailleurs déclaré:

«Je ressors de ce briefing plus effrayé que jamais à l'idée que nous pourrions déployer des troupes au sol»

Le républicain Josh Hawley a abondé dans le même sens en indiquant: «Cette question m'a semblé très ouverte.» Les forces américaines avaient accompli beaucoup avec leurs frappes en peu de temps, c'est pourquoi il espérait que l'on mette rapidement fin à tout cela.

Après les déclarations de Rubio devant le Congrès, il n'a lui non plus pas voulu exclure que l'administration américaine puisse opter pour le déploiement de troupes au sol, ce qu'il soutiendrait difficilement, a précisé Hawley.

Le sénateur indépendant Angus King a qualifié les déclarations de Rubio d'«époustouflantes», selon CNN. King aurait déclaré que Rubio avait «involontairement dit la vérité» dans sa précédente déclaration sur le rôle d'Israël.

Sen. Josh Hawley, R-Mo., speaks during a Senate Homeland Committee hearing on Capitol Hill in Washington, Thursday, Feb. 12, 2026, in Washington. (AP Photo/Tom Brenner)
Josh Hawley
Le sénateur républicain Josh Hawley souhaite une fin rapide à la guerre.Image: keystone

Complété avec des éléments des agences de presse ATS et DPA.

Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
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source: epa / sedat suna
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Une journaliste australienne célèbre la mort de Ali Khamenei
Video: watson
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