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Un homme roule à vélo devant une maison détruite près de Kharkiv.
Un homme roule à vélo devant une maison détruite près de Kharkiv. image: keystone

3 scénarios pour la fin de la guerre en Ukraine

Un jour ou l'autre, la guerre en Ukraine doit prendre fin. Mais une paix durable est-elle possible tant que le président russe Poutine est au pouvoir? Trois scénarios pour sortir de la spirale de la violence.
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18.04.2022, 16:4919.04.2022, 07:42
Remo Hess / ch media

Il n'est guère possible de faire des pronostics sur l'évolution de la guerre en Ukraine. Une chose est sûre: aucun cessez-le-feu n’est prévu pour l'heure. Dans le pire des cas, le conflit pourrait encore continuer pendant des années, craint-on dans les milieux occidentaux de la sécurité. Pourtant, la paix n'est pas impossible.

L'Ukraine gagne

«La résistance est inutile», tel était le diagnostic de certains généraux et analystes politiques occidentaux à la veille de la guerre. Les Ukrainiens tiendraient, tout au plus, quelques jours. La capitale Kiev tomberait rapidement entre les mains des Russes et le président Vladimir Poutine aurait atteint ses objectifs de guerre. Aujourd'hui, plus de six semaines après le début des hostilités, tout le monde sait que cette lecture était une erreur.

Grâce à leur bravoure, les forces armées ukrainiennes ont pu chasser les Russes dans le nord du pays. La bataille décisive se joue, désormais, à l'est et au sud. Après des hésitations, l'Occident fournit à l'Ukraine des armes lourdes comme des chars et des drones d'attaque. Il devrait le faire aussi longtemps que l'Ukraine le demandera. En pratique, cela signifie se tenir «du côté de l'Ukraine».

La distinction entre armes défensives et offensives a été abandonnée depuis longtemps: tout ce qui est utile contre l'attaque russe a, en soi, un caractère défensif. Personne ne sait si l'Ukraine peut gagner la guerre, mais qu'elle ne la perde pas semble possible au vu des lourdes pertes russes. A court terme, les sanctions occidentales, notamment sur le gaz et le pétrole, ne changeront pas grand-chose aux événements sur le terrain.

La ville portuaire ukrainienne de Marioupol est presque entièrement détruite.
La ville portuaire ukrainienne de Marioupol est presque entièrement détruite.image: keystone

Néanmoins, elles sont indispensables en tant que conséquence contre les actions criminelles du régime de Poutine. C'est comme pour la politique en temps de Covid: il faut un confinement russe douloureux, mais efficace. Associé aux aides militaires, cela pourrait effectivement créer les conditions d'une victoire ukrainienne ou au moins, d'une victoire partielle.

Vladimir Poutine.
Vladimir Poutine.Image: keystone

Il est, en revanche, peu probable que Poutine soit renversé par ses généraux ou par son propre peuple. Tous les opposants importants sont en prison. Poussé par la propagande de guerre, le soutien du président russe a atteint des records au sein de la population, selon les instituts de sondages.

L'Ukraine capitule

Si l'Ukraine veut gagner la guerre, plusieurs milliers de personnes mourront encore, y compris parmi la population civile. Les stocks d'armes soviétiques encore entreposés dans les pays d'Europe de l'Est que les forces armées ukrainiennes peuvent utiliser seront bientôt épuisés. Kiev reçoit, désormais, des systèmes d'armes plus récents et plus complexes de l'Occident. Les soldats sont formés à leur utilisation à un rythme accéléré. Pourtant, les Russes disposent de ressources matérielles et humaines quasiment inépuisables.

L'Ukraine, dans son ensemble, pourrait donc être menacée. En particulier par le sort qui se joue actuellement «en miniature» dans la ville portuaire de Marioupol: une lutte défensive sanglante et coûteuse qui a entraîné d'horribles souffrances pour les habitants. La ville a été rasée et est sur le point de capituler.

Les images glaçantes de Marioupol vue du ciel

Vidéo: watson

Dans ce contexte, certains observateurs affirment qu'il vaut mieux abandonner aujourd'hui que demain et éviter de nouvelles souffrances à la population civile. Pour l'Ukraine, cela signifierait, toutefois, la fin. L'Etat serait démantelé. Le gouvernement du président Volodomyr Zelensky serait exilé ou capturé et la population soumise à un régime d'occupation brutal.

L'instauration d'une paix négociée

En cas d'impasse et si une guerre ne peut pas être terminée militairement, sa fin doit être décidée politiquement. Le président ukrainien était prêt à entamer des pourparlers de paix. Cela alors même que Poutine faisait pleuvoir des bombes sur son pays et que les soldats russes commettaient des atrocités. Zelensky n'a jamais exclu qu'un accord puisse signifier que la Russie conserve la Crimée. Il en va de même pour une possible cession des provinces occupées de Donetsk et de Louhansk.

Même si les conseillers occidentaux considèrent qu'une perte de ces territoires est difficilement évitable, c'est à l'Ukraine elle-même qu'il reviendra d'en décider. Si les négociations ont lieu à un moment où l'avantage militaire penche pour l'Ukraine, Zelensky pourrait éventuellement forcer Moscou à faire des concessions. Mais, il y a de bonnes raisons de penser que Poutine ne pourra pas être arrêté dans son délire impérialiste. Jusqu'à présent, il n'a pas montré d'intérêt pour un cessez-le-feu durable. S’il le fait quand même, il pourrait simplement en profiter pour souffler un peu avant d'attaquer à nouveau l'Ukraine dans quelques années.

Volodomyr Zelensky était prêt à entamer des pourparlers de paix. Cela alors même que Poutine faisait pleuvoir les bombes sur son pays et que les soldats russes commettaient des atrocités.
Volodomyr Zelensky était prêt à entamer des pourparlers de paix. Cela alors même que Poutine faisait pleuvoir les bombes sur son pays et que les soldats russes commettaient des atrocités.Image: keystone

Ce sont les leçons que Kiev a tirées de l'accord de paix de 2014. De plus, les pays d'Europe de l'Est ou les pays baltes se sentent désormais menacés. Avec un Poutine au pouvoir, aucune paix n'est possible à long terme, on le sait là-bas. Et on le sait bien sûr aussi en Ukraine.

(Traduit de l'allemand par Julie Rotzetter)

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