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Les images virales des catastrophes nous feront-elles agir pour le climat?

Olivier Glassey de l'Unil décrypte les images virales de catastrophes environnementales, comme ici au Mexique

Image: Twitter @MLopezSanMartin / DR

Incendies, coulée de boue, explosions, grêlons. Les images des catastrophes environnementales envahissent les réseaux. Auront-elles le pouvoir de pousser à des changements de comportements? L'analyse d'Olivier Glassey, spécialiste des usages du numérique à l’Université de Lausanne.

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Il y a eu les feux au Canada, puis à Chypre, alors que ces pays étouffaient sous une vague de chaleur. L'incendie sous les eaux mexicaines déclenché par une fuite de gaz. La fumée noire de l'explosion d'une raffinerie en Roumanie. Le glissement de terrain monstrueux au Japon.

Les catastrophes environnementales envahissent les fils d'actualité ces derniers jours. Mais ces photos et vidéos virales vont-elles être des leviers d'action écologique chez ceux qui les voient? Olivier Glassey, spécialiste des usages numériques à l'Unil, nous livre son analyse.

Pourquoi ces images deviennent-elles virales?
Olivier Glassey: Il y a plusieurs raisons. La première réside dans leurs dimensions impressionnantes et spectaculaires. Elles frappent l’esprit bien plus que les informations écrites sur la montée des températures, par exemple. Les contenus qui suscitent l’émotion deviennent viraux plus facilement. Il y a aussi la concomitance: ces évènements surviennent dans un temps très restreint et cet enchainement en lui-même est aussi spectaculaire. Ensuite, ces images font écho avec notre réflexion liée à l’avenir de l’environnement:

«L’enjeu est fort, nous nous demandons de quoi ces images sont-elles annonciatrices? Du dérèglement climatique? Cette dimension symbolique contribue aussi à leur prolifération sur les réseaux»

La peur y est-elle aussi pour quelque chose?
Forcément. Ne plus pouvoir sortir de chez soi à cause d’une chaleur extrême (au Canada), ça effraie. Mais cette crainte est sans doute aussi plus diffuse et profonde. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux, mais leur diversité, leur distribution géographique globale, ainsi que leur surgissement dans les fils d'actualité des réseaux sociaux fonctionnent comme autant d’échos inquiétants de futurs possibles.

Qu’est-ce que ces images font à celui qui les regarde?
C’est difficile à mesurer. D’ordinaire, on observe le fait que l’on se sente d’autant plus concerné qu’un évènement se déroule proche de chez soi. Ici, on peut faire l’hypothèse que cet effet du «drame kilométrique» est moins pertinent. On change sans doute un peu d’échelle et on se demande comment les phénomènes météorologiques qui se passent chez nous sont ou non des traductions de ces phénomènes globaux.

Va-t-on alors être poussé à passer à l’action, à adopter des comportements plus écologiques, à s’engager dans des associations?
Je n’ai pas la réponse à cela. La sensibilité aux images peut être très différente d’une personne à l’autre.

«Une prise de conscience n’est pas forcément immédiate ou métabolisée de la même façon par chacun»

Certains vont sans doute considérer ces images comme autant d’éléments à mettre au dossier de la nécessité d’agir le plus rapidement possible. D’autres vont, au contraire, considérer que cette surcharge d’images les dépasse et ne vont rien faire, soit parce qu’ils sont effrayés, soit parce qu’ils ne se sentent pas concernés directement.

La saturation pourrait être contre-productive et «énerver» les gens au point de leur couper l’envie d’agir pour la protection du climat?
Disons que ces images spectaculaires ne se suffisent pas à elles-mêmes. La prolifération des photos de la faim dans le monde, par exemple, a créé beaucoup d’émotion et mobilisé des ressources, mais elles n’ont pas permis d’éradiquer ce type de crises.

«Le risque est que les images de catastrophes naturelles majeures se banalisent en se perdant dans la masse des flux d’images, que nous finissons par les écarter du pouce après quelques secondes à peine de lecture»

Dans ce cadre, on peut se demander si le travail de relai systématique de l’information adopté par certains est toujours efficace. Certains internautes préfèrent en effet couper les liens numériques s’ils se sentent «bombardés» par des amis très actifs qui s’autoproclament avocats de diverses causes.

Vous parlez ici du «slacktivisme», le militantisme par internet, que vous étudiez. Dites-nous-en plus.
Pour le dire un peu abruptement, la question est de savoir dans quelles circonstances et à quelles conditions un acte de partage minimal, comme relayer une information sur les réseaux sociaux, constitue-t-il une forme de mobilisation ou, au contraire, une manière de se donner bonne conscience. Pour les sujets liés au climat, il est aussi intéressant de se demander quelle stratégie de communication numérique adopter, afin que le coût environnemental de ces partages viraux d’images reste cohérent avec les enjeux de la protection du climat.

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source: sda / anthony anex
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