Un coup de Trump et d'Israël? Le drame de Ceuta nourrit toutes les thèses
Très vite il a fallu trouver des explications à l’inexplicable: comment près de 60 000 Marocains, des jeunes hommes, pour la plupart, ont-ils pu converger au même moment vers l’enclave espagnole de Ceuta, située au nord du Maroc? Le drame migratoire, qui a fait au moins 72 morts par noyade et dans des bousculades jeudi et vendredi derniers, a donné lieu à toutes sortes de théories et supputations.
Avant d’en venir aux dernières informations sur le sujet, voici deux thèses qui continuent de tourner dans une partie des médias comme sur les réseaux sociaux. Pendant ce temps, les ministres de l'intérieur des 27 pays membres de l'Union européenne étaient réunis ce mardi matin «en urgence» et en visioconférence pour tirer les leçons des événements de Ceuta.
Faire payer l’Espagne pour sa visite à Alger
En actionnant le levier migratoire, le royaume marocain aurait voulu donner une leçon au premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui s’est rendu le 20 juillet en visite à Alger pour rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune, une première depuis 2020. Or, le Maroc et l’Algérie sont en guerre froide sur la question du Sahara occidental, dont la souveraineté est revendiquée par les indépendantistes saharaouis avec le soutien d’Alger.
Dans les faits, le Maroc affirme depuis 1975 sa souveraineté sur le Sahara occidental et veut la voir reconnue à l’international. C’est chose faite par les Etats-Unis, la France et l’Espagne, depuis 2022 dans ce dernier cas. Après un précédent afflux migratoire, en 2021, vers l’enclave de Melilla, cette reconnaissance espagnole avait été récompensée par le royaume alaouite, qui avait alors renforcé ses contrôles aux frontières de Ceuta et Melilla pour éviter leur franchissement par des migrants. La visite à Alger aurait été perçue comme un coup de canif dans le «contrat». Les médias espagnols ont évoqué ou repris à leur compte cette thèse de la «punition».
Un coup d’Israël et de Trump
Pour mettre en difficulté le premier ministre socialiste Pedro Sanchez, connu pour son soutien appuyé aux Palestiniens et ses condamnations répétées d’Israël, le gouvernement Netanyahou, avec son allié Donald Trump, aurait fomenté un assaut migratoire vers Ceuta. Dans le but, par ailleurs, de déclencher une crise politique au sein de l’Union européenne.
A l’appui de cette thèse, relayée notamment par le site qatari Aljazeera, un tweet datant de 2019 de Yair Netanyahou, le fils du premier ministre israélien. Accompagné d’une carte de Ceuta et Melilla, ce tweet appelait entre les lignes à marcher en direction de ces deux enclaves:
Le tweet de 2019 de Yair Netanyahou
Citant le tweet de Yair Netanyahou, l’acteur espagnol Javier Bardem, soutien actif aux Palestiniens et ne cachant pas son hostilité à Israël, écrit sur ses réseaux:
La publication de Javier Bardem
Que sait-on des raisons de l’afflux massif?
Selon une enquête de l’agence Associated Press (AP) reprise par le site Euronews et qui n'évoque ni l'Algérie, ni Trump, ni Israël, ces sont des publications virales annonçant l'ouverture de la frontière espagnole à Ceuta, et non pas des réseaux criminels de passeurs, qui sont à l’origine de cette tentative d’exode massif vers l’enclave espagnole.
L'agence ajoute:
Comme l’écrivait watson vendredi, une mauvaise interprétation d’un récent arrêt de la Cour suprême espagnole pourrait avoir amplifié le mouvement, rapporte AP. En juillet, la haute juridiction a statué qu’un migrant arrivé par la nage dans les enclaves de Ceuta et Melilla ne pourrait pas être remis directement aux autorités marocaines, contrairement à un migrant empruntant la voie terrestre. Sauf que, même une fois à Ceuta ou Mellila, les migrants sans visa ne peuvent pas rejoindre la métropole espagnole. Ils ne sont pas formellement dans l'espace Schengen de libre circulation.
Une question centrale toujours sans réponse
Une question demeure sans réponse au terme de l’enquête de l’agence de presse américaine, ce qui ne manquera pas de relancer les rumeurs:
Vendredi, le premier ministre Pedro Sanchez accusait les réseaux de trafic d’êtres humains d'être derrière cette soudaine poussée migratoire.
Des renseignements espagnols défaillants?
Le premier ministre, sous le feu des critiques dans son pays et en Europe, a déclaré que l’Espagne avait subi «une attaque, une violation de son intégrité territoriale», tout en remerciant le Maroc pour sa coopération» – le royaume a repris la quasi-totalité des 60 000 migrants.
Le sentiment partagé par la presse espagnole est que le gouvernement marocain ne pouvait ignorer le mouvement migratoire en préparation. Les renseignements espagnols n’auraient quant à eux pas été à la hauteur de la situation, en ignorant des alertes, ce que le ministre de l’intérieur a démenti, rapporte le site français L’Express.
