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Voici pourquoi le risque de guerre civile est bien réel au Liban

Des hommes à Dahiyeh, au sud de Beyrouth, devant une fresque représentant Hassan Nasrallah et d'autres membres du Hezbollah.
Des hommes à Dahiyeh, au sud de Beyrouth, devant une fresque représentant Hassan Nasrallah et d'autres membres du Hezbollah.Image: Nael Chahine / Imago

Ce traité avec Israël pourrait plonger le Liban dans la guerre civile

L'accord entre Beyrouth et Jérusalem place l'armée nationale libanaise devant une mission presque impossible: désarmer les «groupes armés non étatiques», dont le Hezbollah.
01.07.2026, 11:2801.07.2026, 11:28
Michael Wrase, Limassol / ch media

Le député libanais Hassan Fadlallah avait salué comme une «grande victoire pour la République islamique» le mémorandum d'entente signé en Suisse, au Bürgenstock (LU), entre l'Iran et les Etats-Unis. Puisque cet accord inscrivait le retrait israélien du Liban, avait argumenté ce parlementaire proche du Hezbollah, des négociations directes entre Beyrouth et Jérusalem devenaient superflues.

En réalité, l'accord du Bürgenstock n'engage que les Etats-Unis et l'Iran à mettre fin aux combats «sur tous les fronts, y compris au Liban», sans qu'Israël ou le Hezbollah, véritables belligérants sur le terrain, soient parties au texte, et sans qu'un retrait concret de l'armée israélienne y soit fixé.

Une clause difficile à honorer

Afin d'obtenir un retrait complet de l'armée israélienne des territoires occupés dans le sud du Liban, des représentants des gouvernements libanais et israélien ont donc signé vendredi dernier à Washington un document distinct, censé combler cette lacune. Le traité prévoit un «processus séquencé» dans lequel l'armée régulière libanaise doit rétablir «l'autorité souveraine effective sur l'ensemble du territoire national libanais».

Le texte précise toutefois que cela ne sera possible qu'une fois atteint un «désarmement vérifié des groupes armés non étatiques»: une formule visant le Hezbollah, que l'armée de l'Etat libanais doit désarmer dans les mois à venir.

Si cela échoue, «nous resterons au Liban», a prévenu le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Pour lui, l'accord avec Beyrouth constitue également une réussite parce qu'il pourrait priver l'Iran de l'influence sur le Liban que Téhéran venait tout juste de s'assurer par le biais du document du Bürgenstock.

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Un risque réel de conflit interne meurtrier

La principale victime de ce rapport de force est la République libanaise. L'accord entre Beyrouth et Jérusalem, souligne le portail d'information américain Axios, constitue certes «une percée diplomatique». Mais on ignore encore quelle part de cet accord pourra un jour être réellement mise en œuvre.

Dès le printemps, le service de recherche du Parlement britannique (House of Commons Library) avait averti que l'application d'un ordre de désarmement du Hezbollah pourrait déboucher sur une guerre civile dans le pays du Cèdre. Une analyse du Washington Institute estime elle aussi que «le risque d'un conflit confessionnel meurtrier est bien réel».

Un partisan du Hezbollah, le visage recouvert de terre de Karbala, participe aux célébrations chiites de l'Achoura à Dahiyeh, au sud de Beyrouth.
Un partisan du Hezbollah, le visage recouvert de terre de Karbala, participe aux célébrations chiites de l'Achoura à Dahiyeh, au sud de Beyrouth.Image: Hussein Malla / AP

L'armée libanaise, chargée de désarmer le Hezbollah, est officiellement considérée comme le ciment de l'unité nationale. Mais en réalité, comme toutes les institutions étatiques du pays, elle souffre fortement des clivages confessionnels qui le traversent. L'état-major est réparti selon une clé confessionnelle fixe entre les différentes communautés religieuses, ce qui fait planer le risque de conflits de loyauté dès que l'armée doit intervenir dans des conflits armés ou politiques.

La position des chiites

Il pourrait alors se produire que les soldats chiites, qui constituent, selon les estimations, une part importante des quelque 60 000 militaires actifs du pays, refusent d'obéir à l'ordre, voire rejoignent le Hezbollah, organisation exclusivement chiite. Il existe au Liban de nombreuses familles dont un fils appartient au Hezbollah et un autre à l'armée libanaise. Qu'ils se tirent dessus en cas de crise grave paraît hautement improbable.

Il est bien plus probable, soulignent des observateurs à Beyrouth, qu'ils s'allient. Dans un tel scénario, l'armée libanaise se scinderait vraisemblablement en brigades chiites et en brigades chrétiennes maronites, ce qui pourrait, dans le pire des cas, déboucher sur une nouvelle guerre civile.

Des think tanks, comme la Brookings Institution américaine, mettent en garde contre toute instrumentalisation de l'armée libanaise à des fins de désarmement du Hezbollah. Le rétablissement de l'autorité étatique sur les armes ne peut être obtenu par la contrainte, estime l'Arab Center de Washington, mais seulement par un consensus politique et un renforcement des capacités de l'Etat.

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source: sda / michel euler
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