«Nous devons le faire»: avec ces juifs qui font la fête sous terre
Les célébrations de Pourim ont commencé lundi dans les abris à Tel-Aviv, quand une alerte aux missiles iraniens a contraint les habitants à se précipiter sous terre à l'heure même du début de cette fête juive, au coucher du soleil.
Tous les rassemblements publics sont interdits en Israël, sur ordre des autorités, mais au niveau moins quatre du parking du Dizengoff Center, un grand centre commercial du centre de Tel-Aviv, des centaines de jeunes se sont réunis costumés, comme le veut la tradition.
Une fête au contexte bien particulier
Pourim célèbre le courage et la ruse d'Esther, héroïne juive qui sauva son peuple d'un plan pour l'exterminer il y a 2500 ans, dans la Perse antique, selon le texte biblique du Livre d'Esther.
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Cette année, cette grande fête joyeuse du calendrier juif a un goût tout particulier, trois jours après le début de la guerre déclenchée par l'attaque conjointe américano-israélienne sur l'Iran.
Maxim Green, 28 ans, raconte qu'il a entendu parler de cette célébration souterraine sur le groupe WhatsApp de sa synagogue:
Des cow-boys, un Peter Pan, un Pikachu et une hôtesse de l'air portant une pancarte sur laquelle on peut lire «Tel Aviv-Téhéran, statut: embarquement» sont rassemblés autour d'un rabbin lisant le rouleau («méguila» en hébreu) biblique correspondant au Livre d'Esther.
Ethan Cohen, un technicien de 26 ans qui a passé une partie de sa journée à travailler comme bénévole pour nettoyer les débris au point d'impact d'un missile iranien, explique qu'il est venu pour écouter la méguila d'Esther avant de faire la fête. Il explique:
Comme les autres années, les fidèles agitent des crécelles à chaque fois que le nom du méchant de l'histoire, Haman, est prononcé, avant de boire et de danser sur de la musique pop.
Le parking souterrain, qui sert d'abri durant les alertes aux missiles, s'est vidé de ses voitures et de nombreuses places de stationnement sont à présent occupées par des tentes.
Vivre sous terre, le temps qu'il faudra
Certains, comme Anna Shilanski, choisissent de passer leurs nuits sous terre, pour éviter d'avoir à se précipiter en bas quand les sirènes d'alerte retentissent au milieu de la nuit.
Cette femme de 32 ans, qui, depuis deux ans, consacrait du temps à aider les familles des otages retenus dans la bande de Gaza, a installé un coin pour prendre le thé avec ceux qui restent dans l'abri, à côté de la tente de camping verte qu'elle partage avec sa mère, son demi-frère et la mère de celui-ci. Un peu surprise, elle accueille avec plaisir la foule descendue dans le parking. Elle confie:
«A un certain moment, tout le monde va aller dormir, et avant ça, on va prendre une tasse de thé», dit-elle, en expliquant que «quand les gens sont stressés, ils aiment donner à manger aux autres».
Lorsqu'on lui demande combien de temps elle pense que la guerre durera, elle répond qu'elle «prend les choses comme elles viennent, sans rien attendre dans l'immédiat».
D'autres abris souterrains accueillent des rassemblements de Pourim, comme le niveau -3 du centre Dizengoff. Mais certains rabbins ont préféré proposer des lectures de la méguila sur des vidéos en ligne, afin de concilier les ordres de l'armée avec les exigences religieuses.
Anat Shamir, une retraitée de 70 ans qui dort de l'autre côté du parking, raconte qu'elle s'est habituée à rester sous terre. Pour cette fervente partisane du premier ministre Benjamin Netanyahou et du président américain Donald Trump, l'action d'Israël contre l'Iran justifie cet inconfort. Depuis son matelas, soigneusement aligné sur les lignes peintes de la place de parking, elle déclare:
