L'ex-avocat de Trump inquiète 1200 professionnels de la Justice
Donald Trump aime s'entourer de personnes qui ne sont pas réellement qualifiées. Ou, comme le formulent les auteurs Jeffrey Sonnenfeld et Steven Tian dans leur livre «Trump's Ten Commandments» («Les dix commandements de Trump», en Français):
Les représentants peu qualifiés occupant des postes élevés au sein du cabinet de Donald Trump sont nombreux, à l'image du ministre de la défense Pete Hegseth ou du directeur du FBI Kash Patel, pour ne citer que les exemples les plus extrêmes.
Pam Bondi, l'ancienne ministre de la justice, en faisait également partie, mais pas son adjoint, Todd Blanche. Il est l'exception qui confirme la règle et, selon la volonté du président, il doit remplacer sa cheffe, entre-temps limogée.
Un brutal changement de cap
Todd Blanche peut se prévaloir d'une carrière impressionnante. Issu d'un milieu modeste, il a gravi les échelons progressivement. Il a commencé en tant que procureur au sein du Southern District of New York, la division du ministère américain de la justice chargée des affaires les plus retentissantes.
Todd Blanche a ensuite rejoint Cadwalader, l'un des cabinets d'avocats les plus prestigieux des Etats-Unis. Sur le plan politique, il penchait alors vers les démocrates.
Puis tout a soudainement changé. Todd Blanche s'est laissé engager comme avocat de Trump, a quitté Cadwalader et est devenu républicain. Un ancien collègue de ce cabinet d'avocats explique au Financial Times:
Lors de l'audition de la commission sénatoriale chargée de statuer sur l'aptitude de Todd Blanche à devenir ministre de la justice, le sénateur Adam Schiff est également revenu sur ce changement de personnalité. «Qu'est-il arrivé à Todd Blanche, le procureur du Southern District of New York?», a demandé Adam Schiff avant d'asséner:
Une confiance solide malgré les échecs
Todd Blanche est arrivé jusqu'à Trump par un détour. Il a autrefois défendu Paul Manafort, l'ancien directeur de campagne de Trump, accusé de fraude fiscale et effectivement condamné pour les faits qui lui étaient reprochés. Malgré cette issue peu favorable, Todd Blanche a su convaincre le président. Ce dernier l'a d'ailleurs choisi pour le représenter dans le procès l'opposant à l'actrice de films pornographiques Stormy Daniels.
Cependant, ce procès-là aussi a été perdu, et Trump a été reconnu coupable sur les 34 chefs d'accusation retenus contre lui. Malgré ce résultat, Todd Blanche avait alors gagné la confiance du président.
En acceptant le mandat de défenseur de Trump dans le retentissant procès Stormy Daniels, il a dû quitter le prestigieux cabinet Cadwalader. Joe Moreno, un ancien collègue de Blanche, explique:
Trois affaires qui font tache
Si le Sénat valide Todd Blanche au poste de ministre de la justice, ce courage aura porté ses fruits. Mais rien n'est moins sûr. De nombreux détracteurs reprochent en effet à cet ancien procureur autrefois respecté d'être devenu un flagorneur sans dignité au service de Trump. Ils avancent trois exemples à l'appui de ce reproche:
- L'affaire Jeffrey Epstein: dans ce dossier tristement célèbre, Todd Blanche, alors encore ministre adjoint de la justice, s'est rendu auprès de Ghislaine Maxwell. Celle-ci était la plus proche confidente du criminel sexuel et a été condamnée à 20 ans de prison pour son rôle de complice. Todd Blanche lui a rendu visite sur son lieu d'incarcération (un fait plus qu'inhabituel) et a mené avec elle un entretien anodin, qui semblait manifestement destiné à disculper Donald Trump de toute accusation. En guise de récompense pour sa supposée coopération, Ghislaine Maxwell a été transférée dans un lieu qui ressemble davantage à un camp de vacances qu'à une prison.
- L'affaire James Comey: Todd Blanche est actuellement ministre de la justice par intérim. A ce titre, il a engagé des poursuites contre l'ancien directeur du FBI James Comey, qu'il accuse d'avoir appelé au meurtre de Trump. Pour justifier cela, il invoque le fait que Comey a publié une photo sur laquelle il aurait formé, avec des coquillages sur une plage, la combinaison de chiffres «86 47». Pour comprendre: le chiffre 86 est utilisé par les employés de la restauration pour désigner une commande annulée, et Trump est le 47ᵉ président des Etats-Unis. En déduire une menace de mort relève d'une thèse pour le moins audacieuse.
- Le fonds d'indemnisation pour l'assaut du Capitole: le plus grave demeure toutefois le rôle joué par Todd Blanche dans l'affaire de l'indemnité que l'Etat doit verser à Trump. Un employé de l'administration fiscale avait transmis au New York Times les documents fiscaux du président, dont il ressortait que celui-ci ne payait pratiquement aucun impôt. En réponse, Trump avait alors poursuivi l'Etat en justice pour un montant de 10 milliards de dollars. Il a toutefois par la suite conclu un accord à l'amiable prévoyant que l'Etat verse 1,8 milliard de dollars dans un fonds destiné à indemniser les participants à l'assaut du Capitole. Todd Blanche n'a pas seulement approuvé ce compromis, il l'a également signé de sa propre main.
C'est notamment pour cette raison que 1200 anciens employés du ministère de la justice ont appelé les membres de la commission sénatoriale à rejeter la nomination de Todd Blanche. Ils mettent en garde contre le risque que l'ancien avocat de Trump ne transforme le ministère de la Justice en une instance servant uniquement les intérêts du président, et non plus le peuple américain.
Et il se pourrait qu'ils obtiennent gain de cause. En raison de la mort récente du sénateur Lindsey Graham, un seul dissident républicain suffirait à faire échouer la nomination de Todd Blanche. Le ministre de la justice par intérim se bat, quant à lui, pour sa réputation et affirme n'être pas un béni-oui-oui. Mais il se bat aussi pour son avenir. Car Trump pourrait, comme il l'a fait pour beaucoup avant lui, l'abandonner froidement. (trad. ysc)
