«Pas la marionnette de Trump»: cet homme veut prendre la tête de la Fed
Kevin Warsh a cherché mardi à convaincre les sénateurs américains qu'il n'est pas «la marionnette du président». Il a assuré qu'il comptait défendre l'indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), s'il est confirmé à la tête de l'institution. La chambre haute doit valider sa nomination pour qu'il succède à Jerome Powell dans un mois , mais la date du vote n'est pas encore connue.
Son audition a montré des sénateurs divisés de manière partisane, avec un clair soutien de républicains envers Kevin Warsh, alors que les démocrates ont questionné l'évolution de ses positions pour les faire coller à celles du président américain.
Kevin Warsh s'est appliqué à défendre sa volonté d'être un «acteur indépendant», rejetant l'idée qu'il puisse s'engager auprès de Donald Trump sur le fait d'abaisser les taux de la Fed: «je ne m'y suis pas engagé», a-t-il assuré.
Grosses attentes de Trump
Lors d'une interview accordée à CNBC, avant le début de l'audition, Donald Trump n'a pas caché ses attentes, assurant qu'il serait déçu si Kevin Warsh, une fois à son poste, n'abaissait pas fortement les taux directeurs de la Fed.
Dans sa déclaration préliminaire, Kevin Warsh a assuré qu'«une politique monétaire indépendante était essentielle». Cette indépendance «dépend avant tout de la Fed» elle-même, selon lui, ajoutant:
Une référence claire aux commentaires de Donald Trump, qui considère que la banque aurait d'ores et déjà dû largement abaisser les taux directeurs afin de soutenir sa politique économique et accuse sans arrêt Jerome Powell d'agir trop peu et trop tard. «Nous devrions avoir les taux d'intérêt les plus bas du monde», a-t-il répété mardi.
Les propos introductifs, notamment de la sénatrice démocrate Elizabeth Warren rappelant que «tous les démocrates de cette commission avaient demandé de retarder l'audition» tant que les poursuites visant Jerome Powell n'étaient pas abandonnées, ont donné le ton.
L'intéressé s'est défendu de cette présentation, en assurant que ce ne sera «absolument pas» le cas.
Blocage
En face, et c'est assez exceptionnel, le camp présidentiel ne présente pas un front uni, le sénateur de Caroline du Nord Thom Tillis ayant déjà prévenu qu'il ne voterait pas pour Kevin Warsh dans l'immédiat.
Durant son intervention, Thom Tillis a rappelé que les états de service du candidat désigné – il a été l'un des gouverneurs de la Fed de 2006 à 2011 et est un candidat sérieux aux yeux des républicains – n'étaient pas en cause, mais bien la procédure judiciaire qui plane au-dessus de Jerome Powell, avec l'aval de Donald Trump.
En cause, les travaux engagés au siège de la Banque centrale, dont les coûts ont explosé mais que Thom Tillis a défendu durant son intervention. La majorité présidentielle est ténue au Sénat et un seul membre républicain de la commission des affaires bancaires peut bloquer la nomination.
De plus, l'éventuelle entrée en fonction de Kevin Warsh risque d'intervenir dans un contexte complexe, alors que la guerre au Moyen-Orient a faire repartir les prix à la hausse aux Etats-Unis, à quelques mois d'élections de mi-mandat qui pourrait offrir le Congrès à l'opposition démocrate.
Le chef de l'Etat rêve depuis des mois d'accélérer le départ de Jerome Powell, dont le mandat prend fin le 15 mai. Or, tant que Kevin Warsh n'est pas confirmé, ce dernier peut rester à la tête de la Fed.
La banque centrale des Etats-Unis est considérée comme la plus puissante du monde, ce qui fait peser une lourde responsabilité sur son président, nommé pour quatre ans. Quand il faisait campagne pour le poste à coups d'interventions dans les médias, l'ancien gouverneur s'était montré plutôt «colombe», comme sont désignés les banquiers centraux plus soucieux de soutenir la croissance que de lutter contre l'inflation. (mbr/ats)
