Un double meurtre pousse l'Italie à envisager une loi «Far West»
Le projet de loi déposé dans l’urgence par la Ligue prévoit qu’«aucune réaction» à une attaque armée dans un logement ou un commerce ne soit punie – même lorsque le danger immédiat a disparu et qu’il ne s’agit plus d’un acte de défense. La réaction ne devrait par ailleurs plus être proportionnée. Le parti d'extrême droite réclame ainsi, dans les faits, un blanc-seing permettant aux victimes d’un cambriolage ou d’un braquage de se faire justice elles-mêmes.
L’indignation provoquée par le verdict
Cette initiative de la Ligue fait suite à la condamnation d’un bijoutier, Mario Roggero, qui avait tué de plusieurs balles dans le dos deux braqueurs en fuite, alors qu’ils avaient déjà quitté son commerce. La plus haute juridiction du pays l’a condamné en dernière instance à quatorze ans et neuf mois de prison pour un double homicide volontaire.
C’est précisément pour cette raison que la condamnation du bijoutier a suscité une vive indignation au sein de la coalition italienne, formée par Fratelli d’Italia, la Ligue et Forza Italia. Sur les réseaux sociaux, des dizaines de milliers de personnes ont également manifesté leur soutien à l’accusé de 72 ans, qui avait déjà menacé avec un pistolet le compagnon de sa fille et le père de celui-ci.
Le président de la République, Sergio Mattarella, a interrompu une procédure de grâce lancée par le ministre de la justice Carlo Nordio, mais les partis gouvernementaux ont continué à recueillir des signatures en faveur d’une pétition de soutien au bijoutier.
Un nouveau parti met la droite sous pression
L’opposition accuse la coalition de s’être jetée «comme des chacals» sur l’affaire du bijoutier et de chercher à parler «aux tripes de citoyens inquiets». Le nouveau projet de loi ne résoudrait aucun problème et ferait régner en Italie «la loi du Far West».
Le gouvernement devrait plutôt renforcer la présence policière sur le terrain, remédier au manque de personnel et accorder davantage de moyens financiers aux autorités chargées des poursuites pénales, a réclamé Chiara Appendino, ancienne maire de Turin et membre du Mouvement 5 étoiles.
Les observateurs à Rome sont largement d’accord sur un point: toute cette agitation de la droite doit être interprétée en grande partie comme une réaction à l’ascension apparemment irrésistible du parti de l’ancien général d’extrême droite Roberto Vannacci.
Créé il y a quelques semaines seulement, son parti Futuro Nazionale est déjà crédité de 6% dans les sondages. Cette progression menace en premier lieu le chef de la Ligue, Matteo Salvini. Celui-ci a longtemps courtisé Vannacci, allant jusqu’à le nommer vice-président, avant que l’ancien général ne quitte le parti et ne prenne son indépendance avec Futuro Nazionale.
La solidarité spontanément affichée par la Ligue et Fratelli d’Italia envers les policiers après une intervention mortelle survenue dimanche dernier à Bologne montre à quel point les deux formations se sentent sous la pression de Vannacci et durcissent en conséquence leur ligne sécuritaire.
Pour la Ligue de Salvini, ce nouveau rival à droite est devenu une menace existentielle. Giorgia Meloni risque, elle aussi, de perdre les élections législatives de l’an prochain en raison de la concurrence de Vannacci. Fratelli d’Italia s’est donc immédiatement rallié à cette ligne favorable à la justice privée. Reste cependant à savoir si les deux partis parviendront à contenir Vannacci en reprenant à leur compte ses positions extrêmes. (adapt. dal)
