La majorité des Russes soutiennent leur président. C'est ce que révèle un sondage de l'institut Chronicles, relayé par les journaux d'opposition russes. Selon ce sondage, 78% des citoyens interrogés sont satisfaits du gouvernement de Vladimir Poutine.
Bien qu'il ait fait envahir l'Ukraine, qu'il oriente de plus en plus son pays vers une économie de guerre, qu'il persécute violemment les opposants et les critiques et qu'il limite à l'extrême la liberté d'expression en Russie, une majorité des Russes approuve les agissements de l'autocrate du Kremlin.
Le politicien de 71 ans continue donc de jouir du soutien de ses compatriotes. C'est ce qu'écrivent les journaux Meduza et Current Time en se référant à un sondage réalisé entre le 10 et le 17 septembre par l'institut de sondage indépendant russe Chronicles.
Mais le mécontentement grandit également. Il y a manifestement des critiques (discrètes) à l'encontre du président autoritaire. Ainsi, de nombreuses personnes interrogées souhaitent que Poutine s'occupe davantage des intérêts de ses citoyens. Elles estiment notamment qu'il faut une meilleure gestion des problèmes sociaux et économiques à l'intérieur du pays (83%), une négociation d'un traité de paix avec l'Ukraine comprenant des concessions réciproques (61%) et le rétablissement des relations avec les pays occidentaux (43%).
Poutine a de facto transformé l'économie russe en une économie de guerre, même si le Kremlin le dément. Rien que pour l'année prochaine, l'autocrate russe a fait approuver par le Parlement une augmentation du budget de la défense de 68 à 80%. La Russie dépensera alors l'équivalent de 96 milliards de francs suisses pour l'armée, soit près d'un tiers du budget total et plus que jamais depuis l'effondrement de l'Union soviétique.
«Poutine aura à terme de grandes difficultés économiques», a récemment expliqué Christoph Heusgen, ancien conseiller de Merkel et chef de la Conférence sur la sécurité de Munich, dans une interview accordée au RND.
Selon le sondage, les Russes souhaiteraient que l'accent soit davantage mis sur la politique sociale à la place de se concentrer sur la défense et la sécurité nationale. Ils seraient également nombreux à souhaiter la fin de la guerre en Ukraine. Tant que celle-ci se poursuit, ils soutiennent néanmoins leur président.
Poutine a récemment montré à plusieurs reprises qu'il n'était pas intéressé à faire des concessions à l'Ukraine. Selon le Kremlin, il n'est prêt à négocier que si Kiev accepte en contrepartie les conditions russes. Celles-ci équivaudraient toutefois à une capitulation de l'Ukraine.
Selon les analystes politiques de l'Institut d'études de la guerre, Poutine s'assure le soutien des Russes en se mettant en scène en patriarche entreprenant. Il prend ainsi publiquement ses distances avec les fonctionnaires prétendument incompétents et corrompus de l'administration russe.
Au lieu de cela, la propagande du Kremlin le présente comme un leader attentionné, capable de résoudre rapidement et sans bureaucratie les problèmes des Russes moyens. Pour cette raison, la plupart des Russes lui pardonnent apparemment d'avoir conduit le pays à la guerre et d'avoir drastiquement restreint leurs libertés.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci