«Rentrez chez vous!» crie un client du casino du Treasure Island Hotel, sur le Strip de Las Vegas. Une poignée d’autres joueurs se joignent à lui. Leurs cris, ce mercredi matin, visent des centaines de partisans de Donald Trump, reconnaissables à leurs casquettes rouges «Make America Great Again», qui traversent le casino après un meeting de J. D. Vance, candidat à la vice-présidence.
Le Nevada fait partie des «swing states», ces Etats américains où l’issue de l’élection présidentielle est encore incertaine. D’après un sondage de la Washington Post-Schar School, Kamala Harris devance Donald Trump de peu dans quatre de ces Etats-clés (Géorgie, Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin). Donald Trump, quant à lui, mène en Caroline du Nord et en Arizona.
Au Nevada, les deux candidats sont à égalité avec chacun 48% des voix, bien que les démocrates aient investi bien plus d’argent dans cette campagne et soient historiquement mieux organisés dans cet Etat. Pourtant, selon Jon Ralston, la dynamique des inscriptions électorales a basculé cette année.
Jon Ralston, rédacteur en chef du Nevada Independent, est reconnu pour ses prédictions électorales précises dans cet Etat imprévisible. Mais cette année, il l’admet: «Ma boule de cristal est cassée». Ce qui change?
Traditionnellement, les républicains votent davantage que les démocrates au Nevada. Mais par le passé, ces derniers compensaient ce désavantage par un nombre d'inscriptions bien supérieur. Cette année, cet écart a considérablement diminué, et les 800 000 électeurs indépendants enregistrés deviennent un enjeu majeur.
Karry Willinski va voter pour Donald Trump. Lors des dernières élections, elle est convaincue qu’elle aurait été «mise à l'écart» si elle avait affiché son soutien au candidat républicain. «Aujourd’hui, je n’en ai plus rien à faire. Nous sommes aux Etats-Unis, le pays de la liberté», ajoute la femme de 56 ans. On s’est cachés assez longtemps, il est temps de faire entendre nos voix».
J. D. Vance, colistier de Donald Trump, partage ce sentiment lors de son discours à Las Vegas: «Nous ne voulons pas juste gagner ici, nous voulons une victoire tellement nette que nous pourrons nous coucher tôt le soir des élections, sachant que nous avons battu les démocrates». Devant environ 1200 personnes, il est régulièrement interrompu par des slogans tels que «Trump, Trump!» ou « JD., JD!». A un moment, un membre du public crie «Kamala est nulle», ce qui fait rire J. D. Vance, qui réplique: «Je suis d’accord».
Pour remporter le Nevada, J. D. Vance exhorte les partisans de Donald Trump à convaincre leur entourage:
Il encourage également le vote par correspondance, un virage pour les républicains qui, jusqu’à récemment, dénonçaient cette méthode comme une source de fraude. «Si l’équipe de Kamala Harris utilise tous les moyens et que nous n’en utilisons qu’un seul, nous serons anéantis», avertit-il.
Le revirement de la méthode de vote est l'une des raisons pour lesquelles les démocrates ne devancent plus aussi nettement les républicains en termes d'inscription sur les listes électorales. Lors des quatre dernières élections présidentielles, le Nevada a toujours choisi le candidat démocrate. Ce qui est important pour les gens ici, c'est avant tout de pouvoir s'offrir une maison – et la situation économique dans son ensemble.
«Nous avons été touchés de manière disproportionnée par la pandémie», confie Jon Ralston, rédacteur en chef du Nevada Independent. Ceci parce qu'un grand nombre de personnes travaillent dans l'hôtellerie. Pour faire baisser les prix du logement au Nevada, J. D. Vance a un plan:
L'idée est bien accueillie lors de la manifestation à Las Vegas. Des applaudissements éclatent, un homme au dernier rang crie «Yeah!» avec un enthousiasme peu contenu.
Le Nevada ne dispose que de 6 voix sur un total de 538 au collège électoral. Les voix sont réparties proportionnellement à la population de l'Etat. A titre de comparaison, la Californie, l'Etat le plus peuplé, a 54 voix et la Pennsylvanie, le plus grand swing state, en a 19. Les candidats ont besoin de 270 voix pour remporter la présidence. Selon le scénario, le «violet» (c'est-à-dire les Etats qui ne sont ni démocrates, ni républicains) pourrait néanmoins jouer un rôle décisif dans l'élection présidentielle. Comme nous le dit Jon Ralston: «We matter», nous comptons.
Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder