L'Ukraine commence à vider les stations-service russes
Après une brève embellie, la Russie est de nouveau confrontée à une crise de l’essence. A la mi-août, selon une analyse du média indépendant Meduza, il n’était possible de faire le plein sans faire la queue que dans environ un quart des stations-service recensées et moins de la moitié d’entre elles proposaient encore de l’essence. Les données font certes état d’une légère amélioration depuis le 20 août, mais il est encore trop tôt pour parler d’accalmie.
L’analyse repose sur près de 500 000 signalements d’automobilistes effectués via l’application «GdeBENZ», auxquels s’ajoutent 3,9 millions de paiements par carte enregistrés dans des stations-service auprès de grandes banques russes. Le recoupement des données le confirme: là où les automobilistes signalent que du carburant est disponible, les pleins sont effectivement plus fréquents – et inversement. La crise ne constitue donc pas un phénomène local, mais touche de vastes régions du pays.
Les pénuries sont provoquées et aggravées par les attaques répétées de drones ukrainiens contre des raffineries de pétrole russes. Entre fin juillet et le 20 août, au moins quinze installations ont été touchées, certaines à plusieurs reprises. Après certaines frappes, la disponibilité de l’essence a nettement diminué dans les régions concernées. Dans certaines zones, la proportion de stations-service approvisionnées est tombée aux alentours de 30%, voire en dessous.
La situation pourrait encore se détériorer en automne
Dans le même temps, les prix ont augmenté. Selon les chiffres officiels, le prix des essences courantes a progressé en moyenne d’environ 7% en juillet. La hausse a été particulièrement spectaculaire en Crimée occupée et à Sébastopol: les prix moyens y ont fortement grimpé et la vente libre aux particuliers a parfois été suspendue. Selon Meduza, des revendeurs ont souvent réclamé plus de 200 roubles (1,87 franc suisse) le litre.
Les données mettent également en évidence d’importantes disparités à travers le pays. Lors de la première phase de la crise, Moscou et Saint-Pétersbourg avaient été nettement mieux approvisionnées, du carburant ayant été spécialement réacheminé vers la région de la capitale. De nombreuses régions plus pauvres et rurales continuaient en revanche de subir de graves pénuries. Cette fois, le problème touche toutefois également les grandes métropoles. Pour de nombreux automobilistes, cela signifie de longues files d’attente, des quantités limitées – voire pas d’essence du tout.
Mais la situation pourrait encore se tendre en automne. La hausse saisonnière de la demande coïncidera alors avec des opérations de maintenance prévues dans des raffineries en Russie et en Biélorussie, qui a récemment contribué à combler une partie du déficit d’approvisionnement. Reste à savoir si les autorités parviendront à stabiliser l’approvisionnement en carburant avant que la demande et les tensions sur le système ne s’accentuent encore. (jse)

