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L'Ukraine fait toujours plus mal à la Russie de Poutine

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La «deuxième vague» a commencé et fait souffrir les Russes

Raffineries en feu, files d’attente devant les stations-service, attaques contre les infrastructures d’approvisionnement: la guerre en Ukraine pèse de plus en plus sur le quotidien de nombreux Russes. La nervosité monte sensiblement au Kremlin alors que des élections approchent.
22.08.2026, 07:0022.08.2026, 07:00
Simon Cleven / t-online
Un article de
t-online

La jeune Russe est hors d’elle. «Vous pensiez donc que les files d’attente, c’était fini?», lance cette femme de Nijni Novgorod face à la caméra de son smartphone. «Trop tôt. Les “Hunger Games” continuent.» Un autre Russe jure:

«C’est quoi ce bordel? Ça recommence déjà? Ça doit être une sorte de deuxième vague. C’est vraiment grave. Il n’y a d’essence nulle part. Les files s’étendent sur des kilomètres. Ça ne fait vraiment plus rire.»

Des vidéos de ce type circulent actuellement sur les réseaux sociaux et des plateformes comme Telegram en Russie. En juillet, le Kremlin semblait avoir surmonté la crise du carburant du début de l’été. A l’époque déjà, des files de plusieurs kilomètres s’étaient formées devant les stations-service et certaines disputes à la pompe avaient dégénéré en bagarres entre clients. La crise avait été provoquée par les attaques ukrainiennes contre des raffineries de pétrole en Russie. Le Kremlin avait tenté d’y remédier en important du carburant. Mais l’Ukraine a ensuite commencé à attaquer les pétroliers le transportant.

L’armée ukrainienne porte la guerre en Russie – et sur plusieurs fronts. Le pays est confronté à de multiples crises: la pénurie de carburant frappe les Russes en pleine saison des vacances, tandis que Moscou connaît désormais aussi des coupures d’Internet et d’électricité. Le secteur bancaire est également touché: depuis début juin, les Russes auraient retiré des milliards en espèces. La nervosité ne cesse de croître dans le pays, tandis que le moral continue de se dégrader – à environ un mois des élections à la Douma.

Des coupures d’Internet et d’électricité bien au-delà de Moscou

Les incidents survenus mardi à Moscou ne devraient guère contribuer à améliorer l’humeur des Russes. Plusieurs quartiers du district Gagarinski de la capitale ont été touchés par une panne d’électricité, qui a également perturbé les transports publics. Elle aurait été provoquée par un incendie dans une centrale thermique. Dès le matin, une importante attaque de drones ukrainiens avait entraîné une coupure de courant touchant quelque 10 000 foyers.

Les conséquences de l’incendie de la centrale survenu dans la soirée se sont fait sentir bien au-delà de Moscou. Plusieurs services en ligne comme Discord, Steam et Telegram, mais aussi des boutiques en ligne, sont soudainement devenus inaccessibles pour des millions de personnes. Même des utilisateurs de Saint-Pétersbourg ont signalé des problèmes similaires mardi. La panne d’électricité à Moscou avait paralysé un nœud de communication entier qui hébergeait ces services pour le «Runet», la partie russe d’Internet. Le portail SecurityLab.ru a qualifié la panne de «K.-O. épique du réseau».

La crise du carburant gagne à nouveau du terrain en Russie

Mercredi, nouvelle mauvaise nouvelle pour les habitants de la capitale russe: plusieurs exploitants de stations-service de Moscou et de sa région ont imposé des restrictions sur les achats de carburant. Les médias russes parlent d’une «deuxième vague» de la crise du carburant. L’exploitant Gazprom Neft, par exemple, a limité la vente d’essence ordinaire à 60 litres par client. Début août seulement, l’entreprise avait levé des restrictions similaires dans treize régions du pays. Chez le groupe de matières premières Tatneft, les clients ne peuvent pour l’instant faire le plein que jusqu’à 50 litres.

Les dirigeants du Kremlin tentent déjà de réagir à la crise dans les stations-service. Selon le vice-premier ministre Alexander Novak, la Russie, l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde, importe désormais davantage de carburant de l’étranger, notamment d’Inde et du Maroc. Alexander Novak n’a fourni aucune indication sur les volumes ou les autres pays d’origine. Le Kremlin estime par ailleurs que plusieurs raffineries pourront reprendre prochainement leur activité après des opérations de maintenance. L’offre dans les stations-service russes devrait alors s’améliorer.

Mais les observateurs s’attendent à ce que la crise se poursuive au moins jusqu’à la fin de l’été et de la saison des voyages. En cause: les attaques de drones ukrainiens contre les infrastructures pétrolières russes. Depuis le début du mois d’août, des drones ukrainiens ont attaqué onze des 34 plus grandes raffineries du pays. La majorité d’entre elles avaient déjà été visées auparavant. L’Ukraine applique toutefois désormais une nouvelle tactique dans ses attaques, destinée à mettre les installations hors service plus longtemps, notamment en sélectionnant mieux ses cibles.

Les chiffres du ministère russe de la Défense donnent une idée de l’ampleur que représente désormais la menace des attaques de drones ukrainiens en Russie. Mardi, des agences de presse proches du Kremlin ont indiqué, en citant le ministère, que plus de 1600 drones ukrainiens avaient été abattus en l’espace de 24 heures. Ria Novosti a même évoqué la plus importante attaque de drones jamais menée contre la Russie. Ces informations ne peuvent toutefois pas être vérifiées de manière indépendante.

Les Russes retirent massivement des espèces

L’incertitude générale provoquée par les attaques de drones ukrainiens augmente donc sensiblement, comme semblent également l’indiquer les évolutions observées dans le secteur bancaire russe. Citant la Banque centrale à Moscou, le Washington Post rapportait récemment que, depuis le début du mois de juin, les Russes avaient retiré l’équivalent d’environ treize milliards d’euros en espèces.

Le journal citait un cadre dirigeant de Sberbank, la plus grande banque privée de Russie. Selon lui, les retraits effectués cette année ont été deux fois plus importants qu’en 2022, lorsque la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Cette année-là, les Russes avaient retiré de leurs comptes l’équivalent d’un peu plus de 21,1 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année.

Certains observateurs voient dans l’ampleur de ces retraits un signe de la peur qui gagne la population russe. Alexandra Prokopenko, ancienne conseillère de la Banque centrale, l'a expliqué au quotidien américain:

«Cela signifie que les gens n’ont pas confiance dans le système bancaire russe ni dans le système financier russe»

Tout cela serait «la conséquence de la crainte que le gouvernement prenne des mesures dans le système bancaire et puisse nationaliser les dépôts». Avant que le Kremlin ne leur prenne leur argent, les Russes semblent donc préférer le mettre à l’abri sous forme d’espèces.

Mais lorsque les citoyens retirent massivement leur argent de leurs comptes, cela peut aggraver les difficultés du secteur bancaire. Même des établissements financiers par ailleurs solides peuvent alors rencontrer des problèmes de liquidités. Si le phénomène se généralise, il peut entraîner tout le pays dans une crise. En juin, l’économiste et spécialiste de la Russie Janis Kluge nous expliquait que les banques russes restaient rentables. Le Spiegel rapporte en outre que les dépôts bancaires représentent toujours plus de 800 milliards de dollars.

L’économiste finlandaise Heli Simola a affirmé au magazine que les informations faisant état d’une ruée sur les banques russes étaient «assez largement exagérées». La demande d’espèces a certes globalement augmenté en Russie au cours des dernières années de guerre, mais cela s’expliquerait plutôt, selon elle, par des raisons pratiques – elles aussi liées aux attaques de drones ukrainiens.

Les Russes apprécient en effet les paiements sans espèces et règlent fréquemment leurs achats par carte bancaire ou téléphone portable. Mais les attaques de drones ukrainiens perturbent régulièrement Internet et, parallèlement, les autorités russes ont déjà restreint à plusieurs reprises et temporairement l’Internet mobile dans certaines régions. Le sujet avait particulièrement préoccupé les Russes au printemps, autour du «Jour de la Victoire»: craignant manifestement des attaques ukrainiennes contre la parade militaire de Moscou, le Kremlin avait alors coupé préventivement l’Internet mobile pendant plusieurs semaines.

La cote de popularité de Poutine recule nettement

Le climat général morose qui règne en Russie se reflète aussi dans les sondages. L’institut russe indépendant de recherche sur l’opinion Levada a récemment publié les résultats d’une enquête menée dans tout le pays: 57% des Russes jugent la situation dans leur pays «tendue», soit dix points de pourcentage de plus qu’en mai 2025.

La situation s’assombrit également pour le maître du Kremlin. Même l’institut FOM, proche du pouvoir, a indiqué à l’issue d’un sondage que le taux d’approbation de Vladimir Poutine était tombé à 66% en juillet – son niveau le plus bas depuis l’invasion de l’Ukraine. Le chiffre réel pourrait être nettement inférieur: en Russie, les sondages n’ont souvent qu’une portée limitée. Par peur de la répression, de nombreux Russes ne donnent pas leur véritable opinion.

Pour Poutine, le moment tombe mal: du 18 au 20 septembre, la Russie élira un nouveau Parlement. Les élections russes ne sont certes ni libres ni équitables, mais elles sont malgré tout considérées par le Kremlin comme un baromètre public de l’opinion. L’exclusion du parti Iabloko, qui s’oppose ouvertement à la guerre en Ukraine, montre que Poutine ne veut rien laisser au hasard. Car si plus de 60% des Russes continuent de soutenir la guerre, ils sont presque aussi nombreux à souhaiter des négociations de paix avec l’Ukraine.

A l’approche du scrutin, Poutine tente donc une offensive de charme et cherche à afficher sa proximité avec la population. Ces dernières semaines, il s’est rendu dans six villes russes. Depuis le début de l’année, le maître du Kremlin n’avait pratiquement plus été vu en public, et encore moins en dehors de Moscou. Partout où Poutine s’est rendu, les prix à la pompe ont baissé comme par magie. Il ne s’agissait toutefois guère d’un cadeau à la population, mais plutôt d’une manière de donner autour de Poutine l’image d’une prétendue normalité: dès que le président repartait, les prix repartaient en flèche. (trad. hun)

Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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Ce hamster parcourt 70 km par semaine et devient une star sur Strava
Video: watson
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