32 mois après le début de l'assaut russe sur l'Ukraine, les positions de Moscou et de Kiev semblent pour l'heure irréconciliables. Les combats font rage et d'éventuelles négociations de paix restent très hypothétiques. Pendant ce temps, au Proche-Orient, la guerre déclenchée à Gaza s'est étendue au Liban, où l'armée israélienne intensifie ses attaques contre le Hezbollah chiite pro-iranien.
Des conflits qui «ont le potentiel de devenir globaux», a mis en garde le président brésilien Lula, intervenant en visioconférence lors de la réunion des dirigeants des Brics, réunis à Kazan.
Dans une déclaration conjointe, les Brics ont appelé Israël à «cesser immédiatement» les attaques contre la force de l'ONU au Liban (Finul) et à «préserver l'intégrité territoriale» de ce pays, tandis que le président iranien Massoud Pezeshkian a appelé ses partenaires à «user de toutes leurs capacités collectives et individuelles pour mettre fin à la guerre à Gaza et au Liban». Parallèlement, le Hamas a annoncé à l'AFP qu'un de ses responsables, Moussa Abou Marzouq, s'était rendu à Moscou pour des pourparlers destinés à «mettre un terme à l'agression (israélienne) et à la guerre à Gaza et dans la région».
Le président chinois Xi Jinping, a lui énoncé trois principes: «pas d'extension du champ de bataille» en Ukraine, «pas d'escalade des combats» et «pas de provocation de la part de l'une ou l'autre partie, afin d'apaiser la situation le plus rapidement possible». La Chine, principal soutien de Vladimir Poutine face à l'Occident, s'est abstenue jusqu'ici de condamner publiquement l'offensive russe en Ukraine.
La veille, le Premier ministre indien Narendra Modi avait exprimé son soutien aux efforts pour «restaurer rapidement la paix et la stabilité». Des offres de médiation de pays partenaires ont été accueillies «favorablement par le président russe», a affirmé son porte-parole Dmitri Peskov.
Ces appels à la paix et aux pourparlers lancés par les dirigeants réunis à Kazan ne répondront toutefois pas au souhait de l'Union européenne, qui les a exhortés à demander à Vladimir Poutine de «mettre immédiatement un terme» au conflit en Ukraine.
L'Iran, accusé d'avoir fourni des drones et des missiles de courte portée à la Russie, est un des adversaires principaux des Etats-Unis sur la scène internationale. Massoud Pezeshkian a loué mercredi devant Vladimir Poutine la qualité d'une relation «stratégique et incontournable» avec la Russie. Xi Jinping et ce dernier se sont par ailleurs entretenus mercredi en marge du sommet, selon l'agence de presse officielle Chine nouvelle.
Kiev a pour sa part estimé mercredi que la Russie n'avait pas réussi à obtenir à Kazan un soutien global pour son offensive en Ukraine.
Jeudi, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres devrait s'entretenir de l'Ukraine avec Vladimir Poutine, selon le Kremlin. Cet entretien serait une première en Russie entre les deux hommes depuis avril 2022. A Kazan, «le secrétaire général réaffirmera ses positions bien connues sur la guerre en Ukraine et les conditions d'une paix juste fondée sur la charte et les résolutions des Nations unies et le droit international», notamment l'intégrité territoriale, a souligné mardi l'un de ses porte-parole, Farhan Haq. Kiev avait de son côté critiqué ce déplacement.
Avec ce sommet, Vladimir Poutine entend démontrer l'échec de la politique occidentale de sanctions économiques et d'isolement diplomatique visant son pays. Derrière la pratique des «sanctions unilatérales», il y a «un fort potentiel de crise», a-t-il mis en garde mercredi. Selon lui, «le processus de formation d'un monde multipolaire est en cours».
La rencontre avec le président vénézuélien Nicolas Maduro, autre bête noire des Occidentaux, tout comme le projet de plateforme de paiement international alternative au système Swift, dont sont exclues les principales banques russes depuis 2022, s'inscrivent dans la même logique de se libérer de ce qui est considéré comme une «hégémonie» occidentale.
«Le Venezuela est l'un des partenaires fiables de longue date de la Russie en Amérique latine et dans le monde, et une coopération mutuellement bénéfique se développe dans tous les domaines», s'est félicité Poutine, en accueillant Maduro à Kazan.
Comptant quatre membres (Brésil, Russie, Inde, Chine) à sa création en 2009 et ayant intégré l'Afrique du Sud en 2010, les Brics (les initiales de ces Etats en anglais) ont été rejoints cette année par l'Ethiopie, l'Iran, l'Egypte et les Emirats arabes unis.
La Turquie, membre de l'Otan, a demandé en septembre à intégrer les Brics. Le président turc Recep Tayyip Erdogan, s'est donc rendu mercredi à Kazan où il s'est entretenu avec Vladimir Poutine qui a fait l'éloge des liens «constructifs et de bon voisinage» avec Ankara. (mbr/ats)