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Ukraine: faut-il interdire aux Russes d'entrer en Europe?

L'interdiction d'entrée aux touristes russes divise l'Europe
De nombreux touristes russes se rendent à Chypre (sur la photo, la station balnéaire d'Agia Napa) mais l'île méditerranéenne fait partie de ceux qui s'opposent à une interdiction d'entrée dans l'Union européenne (UE).image: AP

Faut-il interdire aux Russes d'entrer en Europe? Les pays sont divisés

Plusieurs pays de l'UE durcissent l'octroi de visas Schengen aux citoyens russes. L'Allemagne et d'autres s'y opposent. Il est peu probable que l'on assiste à une interdiction d'entrée dans toute l'Europe.
25.08.2022, 11:4525.08.2022, 12:00
Peter Blunschi
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Après l'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a six mois, l'Union européenne (UE) a imposé une interdiction d'entrée aux Russes proches du Kremlin. Cette dernière pourrait désormais être étendue à l'ensemble des citoyens russes, avec tout au plus des exceptions. C'est en tout cas ce que demandent certains «partisans de la ligne dure» au sein de l'UE.

Dans une interview accordée la semaine dernière au Washington Post, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié la fermeture des frontières de «sanction la plus importante» avec l'embargo sur l'énergie. Les deux ne sont pas entièrement appliquées, a-t-il déploré. En fait, il y a une résistance à l'interdiction totale d'entrée.

De quoi s'agit-il?

Schengen-Visum
Le visa Schengen permet de séjourner jusqu'à 90 jours dans les pays participants.image: Shutterstock

Dans les 26 pays de l'espace Schengen, dont la Suisse fait partie en tant que membre associée (elle a son mot à dire, mais pas vraiment), environ trois millions de visas de courte durée ont été délivrés l'année dernière. Ce document permet de séjourner jusqu'à 90 jours, sur une période de six mois, dans tous les pays de l'espace Schengen et est surtout utilisé par les touristes.

Les Russes constituent le groupe le plus important avec plus de 500 000 demandes. Ils ont été nombreux à se rendre en Europe cet été, bien que les liaisons aériennes et ferroviaires directes aient été supprimées après le début de la guerre et qu'ils aient dû faire des détours par Belgrade, Istanbul ou encore par la Finlande. La volonté de certains pays est de mettre fin à cette situation.

Qui est pour?

Il s'agit des États baltes, c'est-à-dire, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie ainsi que la Pologne et la Finlande. Ils ont vécu des expériences traumatisantes avec la Russie et l'Union soviétique et comptent parmi les plus fervents soutiens de l'Ukraine.

«Visiter l'Europe est un privilège, pas un droit humain», a écrit la chef du gouvernement estonien Kaja Kallas sur Twitter. Depuis jeudi, son pays n'autorise pratiquement plus les Russes à entrer sur son territoire avec un visa Schengen délivré par l'Estonie. Pour l'instant, ceux qui ont un visa d'un autre pays de l'espace Schengen ne sont pas concernés.

De son côté, la Lettonie n'accepte pratiquement plus de demandes de visa de la part de citoyens russes. Les seules exceptions concernent les funérailles d'un proche parent (environ 25% de la population lettone est d'origine russe). Le gouvernement polonais entend décider dans les prochaines semaines de restrictions similaires à celles imposées par l'Estonie et la Lettonie.

Les touristes russes sont particulièrement nombreux à se rendre en Finlande où environ 1000 demandes de visas sont traitées chaque jour. Le ministre des Affaires étrangères Pekka Haavisto a déclaré la semaine dernière que ce nombre devrait être réduit à partir de septembre. La République tchèque et le Danemark sont également favorables à un arrêt ou à une limitation de l'octroi de visas aux Russes.

Qui est contre?

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Lors de sa conférence de presse estivale, le chancelier allemand Olaf Scholz s'est prononcé contre une interdiction d'entrée.image: keystone

L'Allemagne, le plus grand pays de l'UE et de l'espace Schengen, rejette la fermeture des frontières. Le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré avoir «beaucoup de mal avec cette idée» lors de sa conférence de presse estivale. C'est la guerre de Poutine, et non celle du peuple russe. Les partis politiques allemands de la CDU et de la CSU ont en revanche soutenu une interdiction de visa touristique pour les Russes.

La France et les Pays-Bas sont également sceptiques. Il en va de même pour les Etats du sud de l'Europe, qui comptent parmi les destinations de vacances préférées des Russes. Le Portugal et la Grèce sont opposés à une interdiction d'entrée, tout comme Chypre, qui ne fait pas partie de l'espace Schengen, mais qui accueille de nombreux touristes russes.

Quelle est la situation juridique?

L'octroi de visas de longue durée relève de la compétence des États membres, qui disposent donc d'une grande marge de manœuvre. Mais les visas de courte durée ou de tourisme sont régis par l'UE. La Commission de Bruxelles souhaite une «approche coordonnée» mais laisse toutefois entendre qu'elle considère d'un œil critique une interdiction générale pour les Russes.

«Il n'existe jusqu'à présent aucun instrument juridique permettant d'exclure complètement les citoyens d'un Etat de l'espace Schengen», explique le politologue Rapahel Bossong de l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité à Berlin. Les Etats nationaux ont bien une marge d'appréciation, mais il s'agit d'une «zone grise juridique».

A quoi faut-il s'attendre?

Comme chaque demande doit être examinée individuellement, une interdiction générale de visa pour les citoyens russes est difficilement applicable. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE devraient discuter de la demande des «partisans de la ligne dure» lors d'une réunion à Prague le 31 août. L'unanimité étant requise, une interdiction totale d'entrée n'a aucune chance d'aboutir.

...Et que dit la Suisse?

La Suisse applique les règles de Schengen/Dublin. «En font également partie les dispositions communes en matière de visas pour les séjours jusqu'à 90 jours», écrit le Secrétariat d'Etat aux migrations à la demande de watson. Si des adaptations des dispositions relatives aux visas de courte durée pour les citoyens russes devaient être proposées, elles seraient «examinées en temps voulu». Mais jusqu'à présent, la Suisse n'a pas été contactée par l'UE à ce sujet. En d'autres termes, la Suisse attend la suite des discussions.

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