Les prix flambent en Russie. Rien qu'en octobre, l'inflation a atteint 8,6%. Un aliment de base est particulièrement touché: le beurre. Depuis décembre 2022, son prix a augmenté de 25,7%, selon les données de l’office russe des statistiques.
Cette hausse des prix entraîne une recrudescence des vols dans les supermarchés. Pour y remédier, certains magasins conservent désormais le beurre dans des réfrigérateurs situés près des caisses, tandis que d’autres le rangent dans des boîtes antivol ou sous clé. Ils utilisent pour cela les emballages sécurisés, normalement réservés aux lames de rasoir.
Russians have moved on from shoplifting vodka, to nicking butter. Stores are now putting butter in anti-theft boxes. In an effort to curb butter prices, Russia's started importing butter from UAE and Turkey. Butter prices have increased by 25.7%, with sanctions limiting import… pic.twitter.com/shTJXZmOYp
— Glasnost Gone (@GlasnostGone) November 3, 2024
Pour contenir la hausse des prix, la Russie importe désormais du beurre des Emirats arabes unis et de Turquie. Le principal fournisseur de beurre du pays, la Biélorussie, a également augmenté ses exportations vers la Russie. Cependant, les importations en provenance d’Amérique latine ont diminué, en partie à cause des sanctions occidentales, selon les autorités russes.
Le phénomène n’est pas limité à la Russie: dans de nombreux pays européens, les prix du beurre atteignent également des sommets. Une des raisons avancées est la baisse de la teneur en matières grasses dans le lait cru, qui complique la production de beurre. Les experts évoquent plusieurs causes possibles: une alimentation plus riche en concentrés et plus pauvre en herbe, le stress des animaux, les températures élevées, ou encore une augmentation de la productivité des vaches, ce qui pourrait affecter la qualité du lait.
Pour freiner l’inflation, la Banque centrale russe a relevé son taux directeur à un niveau record de 21% en octobre. Mais l’inflation reste alimentée par la hausse des salaires. Le Kremlin injecte des milliards dans l’industrie militaire et mobilise des millions de soldats, ce qui pousse les entreprises non liées à la défense à augmenter les salaires pour retenir leurs employés. Ces hausses de coûts se répercutent sur les prix.
Malgré les sanctions internationales et les dépenses militaires croissantes, l’économie russe reste étonnamment résiliente. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 3,6% pour 2024, un taux supérieur à celui des Etats-Unis. Cette performance s’explique principalement par les exportations de pétrole et de gaz, l’augmentation des dépenses de consommation et les hausses de salaires liées à l’économie de guerre.
Cependant, la situation reste fragile. La pénurie de main-d’œuvre, le déclin démographique et les conséquences à long terme de la guerre posent des problèmes croissants. Selon des experts cités par CNN, la Russie n’est pas encore confrontée à une crise aiguë, mais elle est en proie à un lent déclin économique qui pourrait, à terme, fragiliser le Kremlin.
Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder